‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 118 sur 288 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

pédition échoua. La justice historique fait la part de chacun des croisés ; Robert d'Artois et le comte de Poitiers, à Mansourah, compromirent en grande partie le succès par leur fougue ; et il est certain que, malgré la défaite, le chef des croisés montra, en ce qui lé concernait, dans les combats de 1250, un courage héroïque, digne d'un résultat meilleur. Le dénoûment, qui aurait précipité dans l'extrémité de l'abaissement le vaincu de Minieh, s'il eût ressemblé au commun des hommes, lui donna au contraire une nouvelle auréole ; il n'y a pas dé meilleure fortune, pour les historiens de saint Louis qui ont le sentiment des grandes situations, que d'avoir à montrer leur héros dans ce glorieux épisode de sa vie, alors que, prisonnier des Sarrasins, il était plus grand dans les fers que sur le pont de Taillebourg. Sa majesté et sa sérénité dans le malheur étonnèrent et subjuguèrent ses farouches vainqueurs : et rien ne prête au sublime de l'épopée, autant que l'impassible intrépidité de saint Louis captif des féroces émirs, et se refusant, malgré les menaces, à souscrire une formule de serment discutée pour sa rançon, parce qu'il la jugeait incompatible avec sa dignité personnelle.

Lorsque saint Louis retourna de la croisade en 1254, son règne atteignit son apogée ; le monarque revenait sacré par l'héroïsme et par le majheur; le merveilleux qui s*attachait à la^guerre sainte avait entouré son front d'un lustre nouveau. Sadignitédecaptifavaitrévélé sa puissance morale. Ce devait être aussi l'apogée du développement de l'abbaye de Hoyaumont. A peine saint Louis eut-il remis le pied sur la terre de France, que ses empressements et ses vieilles fidélités envers l'abbaye de sa fondation se firent jour. Le confesseur de la reine Marguerite, qui a noté les moindres démarches du saint roi, commence la plupart de ses chapitres, dans sa Notice sur la vie de Louis IX, par une sorte de formule qu'il répète sans cesse : « Li

benoiez roys visitoit souvefit Vabeie de Roymmoni^. »Màis il précise une date pour 1254, année même du retour de ' la croisade ; il nous apprend que la première année que saint Louis revint d*outre-mer, il vint à Royaumont, notamment la veille dé Noël 1254.

Il se rendit de grand matin au monastère, et annonça qu'il voulait assister à ce qu'on appelait dans Tordre « la prononciation de la Nativité de Notre-Seigneur, » et s'y trouver dès le commencement. On voit, en toutes circonstances, que les pratiques intérieures de ce monastère, les petits événements de ce monde solitaire, pi^occupaient le saint roi, qui en épiait en quelque sorte la moindre solennité pieuse. Le chroniqueur raconte en quoi consistait la séance pour laquelle on vit arriver le roi de France, au cbàteau royal d'Asnières et à Royaumont, à lafm de décembre 1^4. C'était la coutume que le père abbé et tous les moines qui y pouvaient venir s'assemblassent en chapitre, la Teille de Noël. Un des moines, se plaçant au milieu de rassemblée, disait avec un respect profond ces paroles : t Jém- Christ^ le Fils de Dieu^ est né en Bethléem de Judée*- LorsquUl avait prononcé ces paroles sacrées, le père abbé et tous les religieux s'étendaient à terre, et de mouraient ainsi prosternés en prière, jusqu'à ce que le père abbé se levât. Le bon roi, dit le chroniqueur, ^iot donc au chapitre à cette heure , et s'assit à côté de Tabbé pour la prononciation. Quand elle-fut faite, il s^ baissa humblement et se prosterna à terre comme Tabbê et les moines, et quand il fut de la sorte couché sur les dalles du chapitre et plongé en oraison, il y resta immiv bile jusqu'à ce que le père abbé lui dit de se lever. « Efl « cel an que il revint d outre-mer à la première foii, dit It « chroniqueur, icil benoiez roys vint la vegile de Noël bieu < matin à Tabeie de Royaumont de Tordre de Ciliau\,de

* Édit. de 1761.

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