LIVRE QUATRIÈME
a la dyocèse de Biauvez, et dist que il vouloist estre à la «prononciation de la Nativité de Nostre-Seigneur, qui a « esté accoustumé a estre fête par tout l'Ordre à heure a de chapitre, et s'assemblent les moines à celé heure en a chapitre. El l'ordonnance de l'abeîe est tele que en cele « heure l'abé et touz les moines qui i pueent venir, s'asa semblent èl chapitre, et uns moines en estant el millieu « du chapitre, dit ces paroles entre les autres : Jhém-Crist a U filz Dieu est nez en Bethléem de Judée; et quant il a a ce dit, li abès et les moines se jettent à terre, et gisent a einsi en oroisons jusques à tant que li abés se liève. « De quoi li benoiez sains Loys vint en chapitre en cele a heure et s'assist delez le dit abé à la prononciation ; et a quant ele fu fête, il se mist à terre eslendu ainsi a comme li abé et comme li autre moine, humblement et « dévotement. Et quant il fu ilecques estendu en oroisons, c( il i gut jusques à tant que li abés li fist signe de soi « lever et lors il se leva ^ »
le chroniqueur précise une autre date, celle de la Saint-Michel, pour rappeler la nuance des fréquentes apparitions que saint Louis faisait à Royaumont. Un historien dit en effet : a On rapporte que, dès que Louis IX pouvait se dérober aux affaires et aux réceptions, il s'échappait de sa capitale pour voler vers sa fondation favorite ; déposant alors tout insigne royal sur le seuil du cloître, il exigeait qu'on l'y traitât comme un simple moine, mangeant au réfectoire, dormant au dortoir, travaillant au jardin, suivant enfin tous les exercices de la communauté*. » Les monuments écrits du treizième siècle sont la preuve de cette assertion. A Tépoque de la Saint-Michel, d'après le confesseur de la reine Marguerite, Louis vint d'Asnières à Royaumont, la vigile de cette fôte du saint. Le P. abbé et les moines chantaient Matines Irès-solennel-
* Vie desaini I^uiSt édit. de 1761, p. 315.
^ Ilist. de suint lumiSf par M. de ViUeneuve-Trans, t. lU.
214 HISTOIRE DE ROYiUMONT.
lement; il y avait beaucoup de lumière dans le sanctuaire; le bon roi entra à l'église, s'assit à côté de l'abbé, et demeura tout le temps des matines^ on disait dix-Huit psaumes, douze leçons et douze répons. Quand on chantait les répons, le bon roi quittait sa stalle, prenait sa petite lanterne sourde et allait au pupitre. Après cela, saint Louis alla se reposer un peu ; il devait se rendre, le matin, à Paris, centre des affaires et du gouvernement. « Et vint une foiz, « dit le chroniqueur, à Tabeie de Roiaumont, la vegile « saint Michiel, là ou il jut celé nuit (où il coucha); el a comme li abés se fust levez celé nuit à Matines, les « clercs du benoiez foys avoient ja presque dites les <r Matines du dit saint roy, où il avoit grant luminaire, «( et les chantoient moult solempnebnent. Le benoiei « roy entra à l'église et s'assist delez Tabë, et fu touziors a as Matines des moines, là où l'on dit dix-huit psaumes «( et douze leçons et douze respons; et quant Fen « chantoit les respons, li benoiez roys descendoit de « Testai et prenoit Tesconce et la lumière et aloit au livre « et rcgardoit dcdenz. Et après ce, li benoiez roys tou- (c loit un petit reposer, car il devoit aler en cel matin à c< Paris*. »
Saint Louis avait sa chambire au dortoir des moines, pour les jours où il voulait assister aux piières et aux offices delà nuit. Le dortoir des religieux était undescorp' principaux des bâtiments monastiques ; il n'y régnait que deux étages à égales dimensions. Le dortoir se développais sur 66 mètres de longueur, et sur une largeur de ^3•,^^• On se représente le grand eflet de ces salles immenses, toujours à voûtes cintrées, dont la hauteur de 6",^' offrait une proportion harmonieuse. Tel le rez-de-chauss»*»', tel le premier élage. Le dortoir était éclairé par seize feutres au levant et autant au couchant; il avait aussi deu>
* }iiâ de saint I/fùis, par le confesseur de la i*eine Marguerite, p* '^^* (Mit. 1761).