LEVRE QUATRIÈME
fenêtres au sud, avec balcon en fer ouvragé et chiffré. La chambre de saint Louis, qui existe encore % était à Textrémité du dortoir et se trouvait contiguê au mur du transsept méridional de Téglise; elle communiquait avec les cellules des moines, mais elle était séparée d'elles par un gros mur, l'intention de Tarchitecte ayant été d'Isoler la ceUule royale; un bel escalier, dont on voit encore les dimensions et les débris, conduisait dans rintérieur .de Téglise par la chapelle, où fut plus tard le mausolée des princes de Lorraine. La chambre de saint Louis avait de magnifiques voûtes. Sa hauteur était de 6", 30; sa forme était presque carrée; elle avait en longueur 6", 40, et 6 mètres en largeur. On n'a pas touché à la physionomie de cette chambre historique, où sont encore deux fenôlres, dont l'une plongeait dans l'intérieur de la basilique, étant pratiquée dans le mur de Tun des transsepts ; Tautre avait vue sur la campagne.
C'est l'heure d'indiquer la gloire de Royaumont, et le point où doit résider sa légitime fierté comme abbaye. Pour mesurer Timporbnce d'une institution, d'un corps, d'un monument quelconque du passé, on demande ce qu'il a produit, quel homme remarquable il a enfanté, de quelle idée utile il a doté le pays. Cluni, foyer de lumières, asile de vertus, avait donné Grégoire VII, Urbain II, Pascal II et Calixte II. Clairvaux, pour ne nommer qu'une seule éclatante figure, et la plus éclatante de toutes, produisit saint Bernard. L'abbaye de Royaumont eut aussi, et dès son origine, sa grande place dans le monde. Son titre devant riiistoire est sa fusion même avec saint Louis; 1 honneur de Royaumonf, c'est d'avoir fourni à la poitrine de saint Louis l'air respirable dont il avait besoin ; c'est d'être l'explication suprême et finale de cette haute personnalité. Il y a un fait d'où sort un problème et une question;
* L'înteiition des nouveaux possesseurs de Royaumont est de rétablir la chambre de saint Louis aveo son ancienne voûte.
c'est le grand ascendant exercé par Louis IX, après son retour de sa première croisade, en 1254. Récemment arriTé d*une expédition qu'il avait commencée, entouré déplus de quarante mille soldats, et qu'il acheva solitaire et vaincu, la France le vit agir comme nul conquérant n'avait osé, s'entourant d'hommes nouveaux, organisant son royaume sur des bases nouvelles, et achevant, par des dispositions législatives savamment combinées, la soumission des remuants barons, dont les sables d'Egypte avaient bu le sang et l'or. Comment ces choses se sont-elles trouvéespossibles, et d*où vient que Louis IX ait plus consolidé la puissance royale, le lendemain de la reddition de Damiette, que son aïeul après la victoire du pont de Bouvines 7 — C'est un fait qui ne parait pas avoir été compris par les historiens, et dont il était réservé à des modernes de soulever le problème et de tenter l'explication^
On rapporte au prestige de la sainteté de saint Louis et & la popularité de sa piété, l'universelle influence qu'il exerça sur ses contemporains, les grands travaux de législation qu'il osa entreprendre, les résultats considérables qu'il obtint de la société féodale, en substituant à la justice seigneuriale le droit romain, et la monarchie judiciaire à la monarchie tumultueuse et fragmentée des barons. On no peut contester que saint Louis ait été un homme d'une grande activité, d'une activité non-seulement guerrière, chevaleresque, mais politique, intellectuelle même, il pensait à beaucoup de choses, était fortement préoccup* de l'état de son pays, du sort des hommes ; il avait besoin
1 M. Louis de Carnë, de l'Acadéaiie française, est un des premiers qui >:' Tivement senti tout ce qu'il y a d'originai et d'étrange dans l'attitude pit*-' par saint Louis au retour de la croisade, et dans le rôle de rëgénéntiitpolitique et sociale qu'il mena avec une vigueur qu'on croirait iinpcfe>ii^ après les malheurs de l'expédition. îx Correspondant a publié en lXi5 ut* solide étude de H. de Carné à ce sujet. Nous n'y regrettons que le taL4rutrop bombre qu'il a tracé du treizième siècle. Le béat Filheau de la Oat^ n'a pas un seul mot, sur la circonstance saillanle que nous signalons, ds<t> ses deux gros tomci* écrits au dix- septième siècle.