LIVRE QUATIUÈME
Et ce n'était pas une action de routine officielle que saint Louis accomplissait en ce moment, par la pure idée qu'un prince devait donner l'exemple de l'Évangile pratique, et sans que son cœur fi)t pour rien dans son œuvre de compatissance et de soulagement donné à un malheureux. Des paroles vivement sympathiques tombaient de ses lèvres royales ; elles réconfortaient le lépreux, ce déshérité du premier bien de ce monde. Il en -appelait à ces puissantes diversions que la théologie suggère, quand on est dans l'étreinte actuelle et fatale de la douleur : « Et «( avecques tôt ce li benoies rois confortoit le dit malade a et li disoit que il soufrist en bonne patience celé mala- « die, et que c'estoit son purgatoire en cest monde, et que a il valoit miex qu'il soufrist celé maladie ici que il sou- « frist autre chose el siècle avenir. » Saint Louis ne quittait pas le lépreux qu'il n'eût aidé à son entier repas, lui servant à boire, tenant la coupe avec amour. Le saint roi se recommandait ensuite aux prières du lépreux, et pre« nail congé de lui.
Ce que le. saint monarque fit ce jour-là, il le répétait quand il y avait lieu : « et eijisi visitoit-il souvent le dit malade, dit le confesseur de la reine Marguerite, et disoit souvent as chevaliers : a Alon visiter notre malade. » Mais on ne l'accompagnait pas, observe le chroniqueur, jusqu'à la chambre du lépreux ; il n'y avait que l'abbé ou le prieur de Royaumont qui pénétraient avec Louis jusque chez le malade. Témoin un jour de cette scène, ajoute un iisloricrij Fabbc de Royaumont ne pouvait, dit-on, souenir un spectacle qui lui causait comme de l'épouvante-*, n même temps que des larmes « d'attendrissement et 'admiration cheoient de ses yeulx. )» — Cest mon léretijc j — disait le monarque ;. et le plus affreux des lalheurs avait trouvé une consolation, avait entrevu une
*■ Tillemont ne trouve pas édiiiaQte Thorreur que la lèpre inspirait à )i>bé <te Boyaumont.
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lueur d'espérance sur la terre. La chronique religieuse deRoyaumont ajoute que a le lépreux de Louis » se IrouM ^uéripar l'attouchement du prince*-
Reprenons le récit de la plume môme des contemporains de saint Louis : a Et en l'abeie de Roiaumont avoit « un moine qui avoit nom frère Legier, et estoil diacre ea « l'ordre qui estoit mesel" etestoit enune mëson desseuré' c( des autres, qui estoit si despiz * et si abominables que « pour la grant maladie ses ieux estoient si degastez que c< il ne veoit goûte, et avoit perdu le nea, et ses \hsm « estoient fendues et grosses, et les periuis des ieux es- <x toient rouges et hysdeux à veoir. Et doncques comme li a benoiez Rois fust venu un jour de diemenche eatourb « feste saint Rémi à la dite abeie de Roiaumont eteusUi « ilecques plusieurs messes si corn il avoit acoustuméi' « estoit avecques lui li cuens de Flandres et plusears au- « très gentilz hommes; et quant les messes furent dites il « issi de Téglise et ala vers l'enfer merie à la mésonoùli « moine demouroit einsi mesel ; et quant il i volt aler, i « commanda a un de ses huissiers que il fei^t cels qui t^ « toient avecques lui trère arrière et einsi il prist Tabt' ^' « Roiaumont, et li dist que il vouloit aler au lieu où litiî^ « mesiax demoroi t , que il avoit autre foiz vcu , et le voul * ' « visiter. En après li abbés ala devant et li benoieiR^^ « ala après, et entra en lieu ou li malades estoit, e( « trouvèrent menjant à une table assez courte ctmenjo^' « char de porc ; car einsi est la coutume des mesiai v a Tabeie que il menjuent chars; et li sainz Rois saluait « malade et li demanda comment illi estoit ets'agcnoailJ
1 Le fait était rapporté dans les mémoires de dom Dauvray. réU' de Royaumont au dii-septième siècle. Selon Le Nain deTtllemoiit,<^-' n'était pas assez entouré de témoignages : c Je ne trouve point dans ^- • ' ciens, dit-il, ce que dit le P. Dauvray que le lépreux soigné par satat U ' recouvra la santé par son allouchement. » {Vie de iamt Umé$t 1. 1**,^ ^^
* Mesel, du latin misellus, nuser^ malade souffrant. ' Séparé.
* Hideux, dégoûtant,