LIVRE QUATRIÈME
ment de Frédéric II déclaré déchu*; et', dans la question des excommunications, il modère la sympathie qui l'entraînait vers les évoques, et il veut connaître de la sentence d'excommunication et de son objet, avant de rien décréter contre les excommupiés *. C'est pourquoi l'histoire n'associe si étroitement la physionomie du roi saint Louis au sort d'une abbaye qu'il se complut à fréquenter, que parce que saint Louis, plus que tous les héros de l'histoire, est un de ceux dans lesquels Thomme privé explique Thomme public. Il n'aurait eu que des vertus politiques, elles auraient été biert branlantes, bien éphémères ; elles ne subsistent que parce que la gloire et le bruit les suivent de près. L'amour de la patrie est sans doute poétique en soi, mais il se renforce de l'amour de la gloire, avec lequel il s'identifie au point qu'on les confond. Royaumont est une sorte d'assurance historique que Louis IX ne se persuadait aucunement que Téclat de r activité politique puisse remplacer et suppléer l'absence des vertus du père, du mari, du fils, du citoyen, du chrétien.
Ces liens étroits de saint Louis avec Royaumont et la légitime influence du monastère sur son fondateur ont été trop éclatants, pour que les âges suivants aient gardé le silence sur cette connexité ; un discours célèbre, prononcé à l'Académie française, en 1782, fait allusion au rapport fécond de l'abbaye de Royaumont avec le génie de saint Louis. Le docte abbé de Boulogûe' prononçait le panégyrique du saint roi devant les deux Académies royales des belles-lettres et des sciences ; les idées qu'il exprima parurent un peu théocratiques au dix-huitième siècle; mais d'AIembert et Beaumarchais* ne pouvaient
' MaUhieu Paris in Henric. III ad. ann. 1259. — Daniel, Hist, de France, t IV, p. 326,
* JoinvUle, Hist ie saint Louis, édition Kalh. de W*ailly,cliap. xiii et cxxxv. 3 N. de Boulogne devint évèque de Troyes, sous la restauration.
* Beaumarchais disait de ce discours qu'il y trouvait la force de Bossuet.
être d'un avis opposé à M. de Boulogne, lorsque ce dernier affirmait que dans le vertueux saint Louis, sa haute piété n'était qu'une idée plus haute de ses devoirs de roi, et que son exquise pureté de cœur influa sur la droiture de son âme, et l'équilibre de ses passions sur l'équité de ses jugements. On ne peut s'empêcher de citer un passage de ce discours, dont la sensation fut immense; la forme oratoire mise à part, on y trouve un aveu solennel des rapports intimes de Louis IX avec l'abbaye de Royaumont. « Croit-on bien, demandait cet observateur exercé, « croit-on bien qu'ils soient perdus pour le bonheur des a peuples, ces moments qu'emploie le prince à se pèné- « trer devant Dieu de l'étendue de ses obligations, et à « contempler le modèle éternel dont il est l'image vice vante? Croit-on qu'ils fussent inutiles à la prospérité c< de l'État, ces jours que saint Louis passait, dans la so- « litude de Boyaumont, à se rendre compte à lui-même « de l'usage de son pouvoir, en attendant de le rendre c( un jour à l'Arbitre suprême ;. à repasser dans un ausc( tère recueillement l'emploi de ses journées; à gémir « sur ses fôutes les plus légères, à se punir sincèrement c( de ses moindres faiblesses ; à expier, par de rigou- « reux exercices, les erreurs inséparables de l'adminis- « tration ? Ah I bien loin de regarder la piété comme peu « digne du rang suprême, disons plutôt qu'elle est la « première vertu des maîtres de la terre, parce qu'elle c( seule soumet les passions hautaines, commande les sacri- « fices, inspire le courage des vertus; et, imprimant bien a avant dans le cœur des rois le sentiment de leurs misères, « leur montre nuit et jour le grand Dieu sur leur té(e ^ »
I D'Alembert, coBsulté aussi sur le discours du jeune de Boulogne : « Ce
1 jeune homme, dit-il, a mérité un évôché pour le premier point et la Bas-
I tille pour le second. » De Boulogne froissait, dans ce second poinr, le-
systèmes philosophiques du temps.
I ' Panégyrique de $ainl ïjom^, I'* partie, p. 193, dans la suite d'une Tu
de iaint LouU, in-12, publiée en 1825. Paris, Mtel Palatin.