‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 131 sur 288 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Un historien moderne,* qui a médité sur les faits du treizième siècle et sur la personnalité de saint Louis, a constaté également les rapports entre les nuances de nos sentiments et le théâtre de notre existence, pour en faire l'application au séjour du saint roi à Royaumont ; a Louis Xlll avait ordonné, dit-il, par son testament, que le prix de ses bijoux frtt employé à fonder un monastère. Son fils exécuta fidèlement ses volontés ; il fit bâtir avec la somme léguée, qu'il augmenta beaucoup avec ses libéralités, la célèbre abbaye de Royaumont ; quelquefois même autant par dévotion que par délassement, il se joignait aux ouvriers pour travailler à la construction de Téglise. Ce lieu devint pour lui, dans la suite, une retraite où il allait de temps en temps respirer cette liberté innocente, celte solitude délicieuse qui plalt tant à ceux dont Tesprit est fatigué du fracas des passions et du tumulte des affaires. Là, saintement occupé de son Dieu, il implorait avec larmes son secours et son appui. Le jeûne, la prière et les mortifications y faisaient ses délices ; mais le bien de l'État ne souffrit jamais de son amour pour la retraite ; on le vit à la tête des armées avec toutes les qualités des héros ^ »

Cependant l'on vit bientôt Royaumont se révéler sous un nouvel aspect, et le monarque s'^y rendre pour un ordre nouveau d'intérêts. On remarquait à l'abbaye, de l'an 1255 à Tan 1264, un personnage qui n'était pas du monastère. A cause de ses fréquents et longs séjours, il avait sa cellule à l'abbaye. 11 n'était pas dans les dignités ecclésiastiques, il avait embrassé cependant les ordres sacrés. Beauvais le revendique comme une illustration du Beauvaisis, et Royaumont peut s'en enorgueillir. Il eût été rival de saint Thomas d'Aquin, si l'esprit généralisateur de l'immortel auteur de la Somme théologique pouvait avoir des rivaux ;

* Viede$aint louis, écrite en 1825, d'après l'abbc de Choisi et les autres travaux historiques du dix-septième siècle.

mais à coup sûr il était l'égal de Roger Bacon, pour les sciences physiques et naturelles. Les longs labeurs, la justesse de Tesprit appliqué au domaine de la science, une grande activité intellectuelle, une volonté vigoureuse el soutenue finissent par créer du génie à ceux quitfontque du bon sens.

Sa cellule à Royaumont était encombrée délivres, épars çà et là, avec ce désordre apparent qui se remarque dans le lieu d'étude dé la plupart des savants. Il faisait de Iongués stations sous les cloitres, dans, les allées des jardins, à la bibliothèque surtout du monastère. On le trouvait de longues heures prosterné sur le pavé de Féglise, allant alternativement de la science à la prière, et de la prière au travail scientifique : double activité qui se féconde l'une l'autre, l'instruction et la piété d,'un homme vertueux! Cet hôte de Royaumont dormait peu ; sorte d'existence qui se réduisait presque entière à l'état d'esprit Cet homme de science et de piété, cet homme du doitre. cet homme du sanctuaire, cet homme des bibliothèques, a ce dévoreur de livres, » comme les contemporains l'appelèrent, aussi étonnant par sa prodigieuse érudition qu'admirable par ses vertus, se nommait Vincent de Beauvais. 11 y a de ces amis du foyer qu'on adopte comme siensy quoiqu'ils ne soient pas absolument de la famille; l'identité des sentiments et des pensées, Télévation de Tàme, la distinction totale de la personne, font que Ton naturalise ces êtres de prime abord, et que la communauU de toit, de maison, d'existence, leur est cordialement et spontanément offerte. Tel fut Vincent de Beauvais pour Royaumont. Quand le roi de France venait à Tabbayo, Vincent était toujours prêt à monter en chaire. Sa l^l'î était un monde, sa plume valait un sceptre. Doii venail-iH 11 n'est point inutile de signaler*, en cet endroit, !<* bourg de Boran, dans le voisinage de Royaumont et sur l riv^droite de l'Oise. Est-ce aux antiques origines de ft»-

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