‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 132 sur 288 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

ran que l'on attachera ici le lecteur ? Rcmontera-t-on au septième siècle, au temps du roi Thierry, quand Boran, villa Baudrinum, appartenait à un seigneur appelé' Ermentée? Faut-il rappeler que Boran, au huitième siècle, était une dépendance de la grande seigneurie de Precysur-Oise? faut-il ajouter qu'il y eut une famille, tirant son nom de cette localité, qui était considérée comme ancienne au douzième siècle; qu'il est mention, dans un titre de 1 1 70, de Pierre de Borrenc, dont les descendants s'établirent en Normandie, dès le temps des ducs? — Quelque chose est plus urgent à considérer dans cet antique bourg. Boran a une église d'un certain intérêt, son clocher élancé est haut de 50 mètres, à contre-forts angulaires, montrant deux étages de niches de la renaissance, puis deux longues ogives à moulures anguleuses, et une corniche de pampres. Une pyramide octogone, un peu courte, garniede crochets, terminela tour, qu'on aperçoit à plusieurs lieues de distance et dont l'effet est gracieux dans la longue étendue des plaines. iMais là n'est point la particularité la plus saillante de Boran.

Il y a des personnages d'histoire qui se présentent à Tétât de sphinx. On ne sait pas précisément Tannée de leur naissance ; on ignore de quel pays ils sortirent, lis jouèrent cependant un grand rôle au milieu de leurs contemporains, et leur vie est un mélange d'éclat et d'inconnu. Il en serait ainsi de Vincent de Beau vais, sans Boran et sans Royaumont. Vainement on chercherait d'où venait cet homme qui fut un prodige du treizième siècle, tenant à la fois de Buffon, de Pic de la Mirandole et de Ilumboldt. Vainement on demanderait quels sont les collaborateurs modestes et obscurs qui travaillèrent à l'encyclopédie laissée parce savant, et impossible aux forces d'un seul homme... Ces problèmes seraient bien obscurs, bien difficiles à résoudre, si de telles questions ne se liaient à la grande époque des splendeurs de Royaumont, si cette

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sainte abbaye n'était, comme foyer de lumière et d'ttuie, la réalisation d'une pensée spéciale de saint Louis, si enîm la forte trace de Vincent de Beauvais ne devait pas être cherchée à Boran et à Royaumont.

Des opinions différentes ont été avancées sur la pairie de Vincent de Beauvais. On Ta fait naître en Bourgogne\ à Auxerre', à Belvoir*, à Beauvais*, et plus récemmenlà Boran*. De l'étude sérieuse de ces opinions, onsorttrfeincliné vers l'avis des savants modernes, qui placent le Jieu de naissance de Vincent de Beauvais dans la proVuvw du Beauvaisis, nommée jadis Bellovaciy Belvaci^ depuis h conquête par les Belges, et qui déterminent dans ceWe province le bourg de Boran aux portes de Royaumont.

Quant à l'origine bourguignonne, les écrivains el les géographes modernes la repoussent gënëralenient, et ik

* Saint Ântonin est le premier qui, en 1410, ait donné à Vincent pi'f: patrie la Bourgogne ; là seulement commence la tradition suivie dep^i par les biographes et les bibliographes, Trithëme, Philippe de Bei-g^nri Schedel, Vossius, Labbe, du Boulay, Noël- Alexandre, Ihipin, Cave, 11ot>l et Brucker.

* Selon Lebeuf, Vincent de Beauvais serait un écolâtre de iVd'Âuxerre, engagé ensuite dans les frères prêcheurs et surnommé deV vais, ou bien pour avoir résidé dans cette ville de Picardie, ou bien h* être né en quelque lieu appelé Beauvais, en Nivernais* ou en Bourg>;i

' Bullet a essayé de concilier l'opinion qui fait naître Vincent & Bel vais, et celle qui le fait Bourguignon ; Bullet le fait naître à BeUerm*' Belvoir, village de Franche-Comté, nommé, dit il, Bellovacum^ dai chartes du douzième siècle. Plusieurs auteurs, entre autres Grappin i ■on Hûi. abrégée du comté de Bourgogne ^ ont adopté cette hypolbèso

^Le nom lui-même de BellovacensU ou BelvacensU ajouté, dau< N les éditions, au nom de Vinccntius a fait croire naturellement qu'il de Beauvais.

> L'opinion qui déclare Vincent de Beauvais originaire de Bor^i^, ^ par le docte M. Graves, un des hommes de ces derniers temps les w initiés aux antiquités du Reauvaisis et du département de l'Oise, a Tavai de préciser l'épithète de Belvacensis. On ne désignait guère, dans le i ftge, un homme, par un autre nom que celui d'un chef-^lieu de dioiN d'une ville assez importante. Gomment alors le nom de BeliaviacmsU été donné à un homme natif d'un village de la Bourgogne supêrieti Franche- Comté? Il est plus raisonnable de se ranger & l'avis dt^ i qui placent le lieu de sa naissance dans le Beauvaisis jadis novvkM lovaei : par conséquent Boran, localité du Beauvaisis, a pour lui 1 > bilité.

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