‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 133 sur 288 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

disent que Burgundio sera le nom d*une famille de Beauvais au sein de laquelle Vincent sera né. Les écrits de Vincent suffisent pour écarter l'origine tirée de la Bourgogne; il prend toujours lui-même le titre de Bellovacensis et jamais celui de Burgundus; et c'est la première qualification que lui appliquent toujours ou ses contemporains ou ses successeurs, les chroniqueurs du treizième et du quatorzième siècle, Martin de Pologne, Tolornée de Lucques, Bernard Guidonis, et même encore au quatorzième Laurent Pignon et Louis de Valleoleti . La Bourgogne écartée, Tautorité si considérable des écrivains de VHistoire littéraire de la France^ se prononce pour la province de Beau vais comme patrie la plus probable de Vincent; ils font observer que dans les derniers siècles, les dominicains Altamicera, Quétif, Jacques Echard, l'historien Fleury, Loisel, Fabricius, n'hésitent point à déclarer que Vincent n'appartenait aucunement à la Bourgogne. On pense que Tauteur italien, saint Antonin, qui parle le premier de la Bourgogne, n'avait qu'une notion vague et confuse de la géographie de la France, et que, vivant à une époque où le duc de Bourgogne possédait la Belgique et administrait la Picardie, il ne savait pas assez distinguer ces provinces les unes des autres. Enfin dom Grenier, l'homme le plus versé dans les antiquités de la Picardie, ne faisait point difficulté, au dix-huitième siècle, itit' sur l'origine de Vincent : « Vincent de Beauvais, natif de ^ Borrent en Beauvaisis, » disait-il •; et il s'appuyait de Loisel ci de P. Louvet, antiquaires de la fin du seizième siècle.

Vincent de Beauvais était né vers H84 ou H94, il gran-

lèrc \ t Commencée par les bénédictins, interrompue en 1763, continuée en l'i^f^;, 1808 par M. Daunou,

i>*^'^^. ' Manus. Bibl. imp., vol. 195, ^257. Un liistorien circonspect qui a écrit ■'r'^Vl récemment sur Beauvais, expose sans conclure : c Vincent dit de Beauvais,

^ ^ f ^ parce que c'est dans le diocèse de Beauvais qu'il a composé ses ouvrages, i\: j^j :^ était originaire de la paroiiU de Baran, selon les uns ; selon les autres il était â?-"^ " né en Bourgogne. » [Hiêtoire du diocèse de Beauvais, t. II, p. 520.)

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dissait pendant l'épiscopat de Godefroi de Clermont de Nesle, évêque de Beauvais. Dieu lui avait donné un amour instinctif de la science, et ses goûts pour l'élude se montrèrent dès son enfance. Boran, qui était le lieu présumé de sa naissance*, n'avait pas précisément d'établissement universitaire.Beauvais, centre d'études, pouvait au contraire attirer les regards du jeune Vincent : mais c'est Paris qui le vit accourir auprès de ses professeurs renommés, les Alexandre de Haies, Albert le Grand, etc. Tel était le tempérament intellectuel du précoce enfant de Boran, que, devenu jeune homme, il se mit à rechercher, apprendre par cœur et analyser tous les ouvrages anciens et modernes dont il pouvait comprendre le texte ou se procurer des versions. Son ardent amour pour la science le porta à prendre l'habit religieux dans Tordre de Saint* Dominique, où il se distingua par des talents peu ordinaires ; ce qui le fit envoyer en qualité de docteur et de régent, au couvent de Beauvais, pendant l'épiscopat de Guillaume de Grès.

La présence fréquente et simultanée de saint Louis et de Vincent de Beauvais à Boyaumont, à partir de Tannée 1254, est un point certain ; et cette époque coïncide avec un double mouvement scientifique, .Tun à Tintérieur de Tabbaye de Boyaumont, Tautre au dehors dans les couvents cisterciens en général. On a dit que saint Louis, à son retour VTOrient, conçut le projet de former des bibliothèques à Tusage du public, de faire copier dans les abbayes les exemplaires les plus corrects des livres de religion et de science; il en aurait pris l'idée à Tôtranger, à Texemple des princes orientaux. Il est inutile d'aller chercher cette initiative hors de la France. On oublie que

* Vincent de Beauvais naquit 4 Borun, bien qu'on l'ait prétendu originaire de Bourgogne, dit un document orficiel du déparlement de l'Oise; il prit son surnom de sa résidence trés-lougue au couvent des Jacobins de Bean* vais dont il fut sous-prieur. La note est du regretté M. Graves, si comp^ tcnl sur les antiqtiités de l'Oise.

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la France et l'Oécident n'avaient pas besoin de demander des modèles aux autres nations. Mais comment ces deux personnages, Louis IX et Vincent de Beauvais, furent-ils misen rapport ? Qu'est-ce qui fit deviner Vincent, Thommedévoreur de livres, librorum helluo^ par saint Louis? Gomment le roi et le savant se rencontrèrent-ils? Les chroniques élant demeurées silencieuses sur ce point, la solution de la difficulté, outre la réputation naissante de Vincent do Beauvais, ne serait-elle pas peut-être dans une de ces circonstances banales qui jouent un rôle si grand dans les affaires humaines, comme par exemple, le fait du voisinage? Combien de fois, dans l'histoire, une simple question de géographie n'a-t-elle pas pesé sur une destinée individuelle ! Comme Boran, patrie de Vincent de Beauvais, est à une demi-lieue de Royaumont et d'Asnières, il n'est pas étrange que, pour saint Louis, Tidée de son abbaye se soit mêlée à celle de l'illustre savant.

Cependant Louis jouissait des loisirs de la paix fructueuse qu'il avait procurée à la France par sa politique loyale, progressive et conciliatrice ; il développait efficacement ce large système de nationalité .pratiqué par Philippe Auguste, qui tendait à miner la féodalité dans ses fondements, à empêcher toute funeste transmission de fiefs à l'étranger, à centraliser l'autorité monarchique, et à faire servir à Tagrandissement du domaine royal, nonseulement les ressources de l'État, mais la rébellion, la félonie, les fausses démarches des grands vassaux ; la situation d'ailleurs, depuis la croisade, avait pris une assiette définitive. Nous voyons désormais Louis IX, le maître et le régulateur de son siècle, exercer sur tous une domination incontestée, irrésistible, et je ne sais quel prestige, dont les écrivains contemporains, en y comprenant les historiens arabes, rendent tous témoignage, et qu'il n'avait conquis que par ses vertus. Or, que devenait, pendant ces années pacifiques et fécondes, la famille

royale, peuplée déjà de plusieurs^ princes? Marguerite de Provence, dont la force morale s'était révélée pendant toute la campagne d'Orient, et qui, à l'époque de sa première jeunesse, avait accordé protection aux lettrés et aux poètes provençaux de la cour de son père, était fière de voir croître son fils aine au milieu du mouvement littéraire et scientifique auquel saint Louis et Vincent de Beauvais devaient attacher leur nom*.

Vincent de Beauvais fut, h cette époque, investi d'un double titre ; par lun, il se rattache à la famille royale^ en qualité d'inspecteur des études des jeunes princes;

* L'union du roi et de Margueriie de Provence, était restée plusieurs annôes stérile, au grand chagrin de la reine, qui commençait à désespérer, lorsqu'un premier enfant naquit le 12 juillet 4240. C'était une fllle nominér Blanche, mais qui ne vécut que trois ans (morte le 29 avril 1243). Vinrent ensuite Isabelle, née le 18 mars 1242, depuis reine de Navarre en 1255 : Louis, né le 25 février 1244; Philippe, qui fut Philippe l!l, le Hardi, né le 50 avril 1245, marié en 1262 à Isabelle d'Aragon; Jean, mort en bas âge, le 10 mars 1248 ; Jean Tristan de Damiette, né dans cette TUleau roots d'avril 1250, et marié en 1266 à Yolande de Bourgogne, comtesse de ^levers. d'où son titre de comte de Nevers; Pierre, comte d'Alençon, né également pendant la première croisade de Louis IX, en 1251, marié en 1272 ^mariage déjà arrétéep 1264) à Jeanne de Chfttillon comtesse deBlois et de Chartres; Blanche née en 1253, comme les deux précédents en Orient, mariée en 1269 à Ferdinand, prince héritier de Caslille; Marguerite, née en 125 i. mariée en 1270, avant le départ du roi, à Jean, duc de Brabant ; Robert, comte de Glermont en Beauvaisis, né en 1256, marié en 1272 à Beat nx de Bourgogne qui lui apporta la seigneurie de Bourbon, mort enlôl8;c'p>t de lui que sort la maison de Bourbon, qui monta sur le Irône, troi^ siècles plus tard, dans la personne de Henri IV ; enfin Agnès, née le 9 avnl 1260, mariée en 1279 à Robert II, duc de Bourgogne.

'Saint Louis, dit H. Villemain, a plus fait comme hmnme qu'il n'a laissé de monuments comme roi; mais ce qu'on lui doit surtout, ei ce qu'on a moins vu, c'est le mouvement qu'il a donné à re>pht > son peuple. Cela ne saisit pas, pour ainsi dire, cela ne se constate pas dao$ un acte particulier; mais prenez la France avant Louis IX, regarrki la France après lui; il semble que ce soient d'autres hommes ; les esprit^ se sont élevés. C'est à dater de ce prince que la civilisation française t commencé, que le talent, et nous ne le comptons ici que comme expresmoo du dé \eloppei lient national, &e caractérise et fait entrer la langue et ô« productions françaises dans le trésor commun du génie de TBurope. ^J après avoir lu les fabliaux du douzième siècle, vous prenez Joiuvîlle, il sembi que plus d'un siècle ait sépare ces écrits. Il n'y a dans l'intervalle que lpassage d'un grand homme et le mouvement d'idées «|u'il a fait nalli e [l'aàleautle la Ultérature au moyen âge,i.l",p. 288.)

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