LIVRE QUATRIÈME. Ul
par Taulrë, il avait une fonction d'enseignement à l'abbaye de Royaumont. Fleury, qui n'a touché que rapidement et en passant plusieurs particularités du treizième siècle, parce qu'elles ne rentraient pas dans les grandes lignes de son Histoire générale y effleure à peine la personnalité deVincent de Beauvais et ses rapports avec Royaumont : a Vincent était né à Beauvais, dit cet historien, et entra dans l'ordre des frères prêcheurs dès le temps de son institution. Il s'appliqua principalement à la lecture et à la composition, et sa réputation vint jusqu'au roi saint Louis, qui le prit en affection et le fit venir à Royaumont où il se retirait souvent. Vincent faisait auprès de lui la (onction de lecteur et avaitinspection sur les études des princes ses enfants. Peut-être aussi faisait- il des leçons ou des conférences aux moines de Royaumont ^ » Un érudit du dix-septième siècle, qui avait plus approfondi la question historique du personnage de Vincent de Beauvais, le docte Oudin *, ne doute aucunement de la fonction exercée par Vincent à l'abbaye de Royaumont. D'après lui, le savant dominicain faisait un cours de théologie aux jeunes moines. Son habitation, son séjour ordinaire à Royaumont, avait pour objet d'enseigner la science en vogue à cçtte époque. « En 1260, dit Oudin, Vincent de Beauvais lisait ou expliquait encore la théologie scolastiquc à l'abbaye de Royaumont, de Tordre de Citeaux, pendant qu'il écrivait son opuscule de la Consolation, à l'intention de la reine Marguerite*. » Un ouvrage de Vincent de Beauvais lui-même contient l'indication de ses
< NUtoire ecclésiastiqite, 1. LXXXUI^édit. de Nîmes de 1779, t. XII, p. 181.
■ Oudin, né en 1638,- ancien moine de Prémontré, mort en 1217 : Lector in theologia maneàai.., Legebat theologiam scoiasticam anno 1260 apud Hegalis montée Abbatiam.,. c'est ainsi qu'il qualilie Vincent, "et il pense que lorsqu'il professait à Royaumont, il n'avait pas encore acquis l'entière célébrité que lui donna son Spéculum : et que s'il eût été tnuUis operibuê coUectis, GaUixjclarui, il n'aurait pas accepté occuUum magiêterium Iheologicum,
' Voyei Comment, de Scriptorib. eccles., t III, p. 451, par Oudin : Leipzig,
fonctions à Royaumont ;• on lit dans le prologue du livre sur l'Instruction des enfants des princes (de Eniditione puerorum regalium) ce passage : « A serenissime et revc- « rendîssime Altesse Msirguerite, par la grâce de Dieu, « reine des Français, frère Vincent de Beauvais, leeteur « au monastère de Royaumont^ etc. , lorsque y d'après « Tordre royal, j'habitais le monastère de Royaumont pour « exercer la charge de lecteur... *. » Une charge de lecteur à Royaumont ne pouvait être qu'une fonction de professeur en théologie, puisque Vincent de Beauvais bous apprend que cet office nécessitait son séjour continu dans i abbaye célèbre : lector in theologia manebat, dit Oudin.
VHistoire littéraire de la France ne semblerait pas admettre cette charge de Vincent a notre abbaye; elle cite Fleury qui se borne, selon -elle, à dire que peut-être* Vincent de Beauvais a exercé la fonction de professeur de théologie à Royaumont ; elle allègue ensuite Touron, qui, dans son Histoire des hommes illustres de tordre de saint Dominique *, ne sait ni nier ni afiQnner la fonction pédagogique de Vincent à Royaumont. L'Histoire Uttéaire^ continuant de motiver son opinion, ajoute : « On a lieu de croire que s'il y avait eu dès lors un cours d'études réglées dans le couvent de Royaumont, renseignement y aurait été confié par les cisterciens à des maîtres qu'ils pouvaient trouver au sein de leur ordre ; saint Louis ne les eât pas forcés d*en prendre un chez les frères prêcheurs. Les écrits même où Vincent fait mention de son séjour à Royaumont, ne le représentent pas comme ayant eu de pareilles relations avec les moines de l'abbaye. On y voit, au contraire, qu'il n'habitait point leur monastère; il dit qu'après Tinhumation du jeune prince Louis
' c Quum juita beneplacitum veslrum in tnonasterio Regalis VonUs. »d eiercendum lectorisofflcium, liabitarem, dit Vincent de Beauvai». (Commemt de script, eccleê., t. III, p. 456. Oudin.»
* Histoire ecclésiastique, I. LXXXIV. 5.