LIVRE QUATRIÈME
tut de 1254, une des conditions importantes dans le choix de Pabbé d'un monastère, était celle de posséder une instruction étendue. C*est surtout eu plein règne de saint Louis que les tendances des bernardins sont plus accusées. En d244, Tun des abbés de Tordre de Clteaux^;^ sortant far un coup hardi de l'ornière battue, fonda pour les moines de son ordre le collège de Saint-Bernard de Paris*. L'élan était imprimé; mais qui en avait donné le signal ? Royaumont fut enveloppé dans le mouvement général ; mais Royaumont était-il entraîné, ou bien est-ce lui qui était entraînant, est-ce de lui que venait rimptitsion? Le collège de Saint-Bernard à Paris, créé par les religieux bernardins, comme un foyer de lumière, devenait florissant. Outre cette ressource, on songeait à faciliter pour les moines l'instruction réclamée par le progrès des études, sans qu'ils fussent obligés de se dé* placer et d'aller gagner les grandes villes ; le chapitre général de l'ordre cistercien avait imaginé, dès 1245, d'établir une école de théologie dans une abbaye de chaque province*; et, quelques années plus tard, le chapitre général des cisterciens admettait la création d'un cours nonseulement de théologie, mais même d*une autre faculté, dans toute abbaye ayant huit moines au moins, et il permettait d'envoyer à ces cours les étudiants des autres abbayes, à leurs frais, il est vrai*. Le mouvement intelleTctuel des bernardins au treizième siècle est donc historique. Outre le collège de Saint-Bernard de Paris*, les
* C'était Etienne I*', Anglais de nation, abbé de Giairvaux.
* Cette fondation était une innovation capitale. l\ fallut se faire autoriser parle pape Innocent IV, et couvrir par la dispense pontificale ce qui était une infraction aux primitives constitutions de la réforme cistercienne.
^Apud. Martène, Anecd., IV, p. 1384.
* Statut du chapitre de Tan 1281.-- Martène, IV, Anecdoi,, 1475.
' f.e collège Saint-Bernard fut placé dans le quartier Saint- Victor, dans m lieu dit Chardonnet, à cause du nombre de chardons qui y croissaient, c collège Saint-Bernard y subsista jusqu'à la révolution. Il y a encore la ue des Bernardins à côté de l'église Sainl-Micolas du Chardoûnet.
258 HISTOIRE DE ftOYAUMONT.
cisterciens fondèrent d'autres collèges qui eurent de Téclat dès le treizième siècle, tels que ceux de Montpellier, d'Oxford, de Toulouse, de Pampelune, et plus tard ceux de Salamanque, de Metz , de Bologne, de Prague, de Cologne * . Et c'est au milieu de ce déploiement d'activité intellectuelle et scientifique des bernardins, que Von vit s'élaborer le Spéculum majus ou Bibliotheca munâ, le Grand miroir ou Bibliothèque de FuniverSj à laquelle Vincent de Beauvais a attaché son nom*. Cet ouvrage, qui ne comprend pas moins de dix volumes grand in-folio, qui se divisent en quatre-vingts livres et en neuf mille huit cent quatre-vingt-cinq chapitres, n'est autre chose que la \9s\e Encyclopédie du treizième siècle. On ne fait pas $eul une encyclopédie gigantesque de tout le savoir humain; il but être multitude, et il n'est pas besoin de chercher pémUement les modestes travailleurs qui durent être les collaborateurs de Vincent de Beauvais et qui lui pr^rèrenl les matériaux et les détails, pour Toeuvre colossale î laquelle il donna l'unité. Le seul rapprochement des cir- . constances simultanées, soit de la confection du Orani ni* roir et des fonctions de Vincent de Beauvais à Tabbave de
Royaumont, soit du mouvement d'étude qui se manifesta au milieu du treizième siècle à Royaumont, et même des séjours prolongés et continus que Vincent de Beauvà faisait à cette même époque à cette abbaye royale, ce seul rapprochement, disons-nous, révèle le lieu silendeu^*^ recueilli où l'encyclopédie du treizième siècle fut yvt ment poussée, continuée et menée à bonne fin.
L'œuvre de Vincent de Beauvais est grandiose, et ce n'est pas en diminuer la grandeur et l'originalité que dtn trouver l'éclosion et la paternité dans l'abbaye royale d^
«Hartène,ilfU!odo IV, 1598,1418, 1478, 1619. -.Ap. Nam.dsi,^'^' Ubellu» novellarum definUionum, Ord. cist. dlst. IX, cap. V.
' Le Spéculum majus ou Bibliotheca mundi, fut imprime pour la prco^^ fois à Strasbourg, en 1415. On imprima aussi les quatre paities séfsreo: r à Venise, à Mayence, à Bftle, à Douai, à Nuremberg.