LIVRE QUATRIÈME
Notre-Dame de Royaumont. C'est déjà un pofint immense de conœvoir le plan et l'unité d'une œuvre colossale. Vincent de Beauvais divisa le répertoire universel des connaissances humaines au treizième siècle, qui est écrit en latin , en quatre grandes divisions ou quatre parties principales. Il plaça en tète le Spéculum naturale ou le Miroir naturel, qui est le tableau des principaux faits de la nature dans ses différents règnes ; il mil en seconde ligne le Spéculum morale, le Miroir moral (du moins, il voulait mettre * ), c'est-à-dire le tableau des lois morales qui gouvernent les volontés des agents libres de l'univers ; le troisième tableau , Spéculum doctrinale ou Miroir scientifique, était celui des connaissances humaines, philosophiques, littéraires, morales, politiques, mathématiques, méca. niques, artistiques; enfin Vincent de Beauvais complétait son encyclopédie par le Spéculum historiale*, Miroir historial, qui était l'exposé des développements historiques des activités libres, ou le résumé de l'histoire universelle. Cette classification honore l'esprit généralisateur et méthodique de Vincent de Beauvais ; elle se motivait trèslogiquement : il fallait d'abord poserl'existence des êtres, les compter à l'état brut, il fallait dire là création entière, les espèces, les unités, les lois fatales de reproduction et de perpétuité ; c'e^t à cette première et nécessaire description générale des faits ou phénomènes que l'Encyclopédie du treizième siècle consacrait la première division du travail, le Spéculum naturale. Immédiatement, après avoir pour ainsi dire fait l'appel de tout ce qui a été convoqué à l'existence et qui compose la création , l'Encyclopédie devait aller au but , et consacrer la deuxième branche de son travail à la déclaration des lois morales qui sont le
' On croit, d'après de récents travaux, que Vincent de Beauvais n'est pas l'auteur du Spéculum morale ^ et que cette partie est restée en projet.
* Le Spéculum hûtariale, a été traduit en français sous le titre de Mirtrif hi^iarial. Paris, 5 volumes in-folio, année 1495-90. La bibliothèque Sainte* Geneviève en possède un exemplaire.
code de la volonté. Nos notions inlellectuelles sont de deux sortes : les unes sont, en partie du moins, la découverte et la conquête de rintelligence humaine; tandis que d'autres notions sont à la fois antésieures et supérieures à notre intelligence. Telle est la science morale. La morale préexiste à la naissance et aux développements de rame humaine, tandis que la poésie, l'éloquence, la médecine, les arts, sont sous un aspect des inventions de rhomme.el quoique fondés sur des règles immuables, sur des principes qui nous sont antérieurs, ces sciences et ces arts nous appartiennent à un certain degré, comme découverts et formule^ par nous. Qui oserait dire que la morale nous appartienne, puisqu'au contraire c'est nous qui relevons d'elle, et qui sommes ses sujets? Voilà pourquoi rencyclopédiste de Royaumont mettait la morale dans la deuxième division de son travaiU immédiatement après avoir constaté le fait brut de tous les individus composant, comme membres, le grand congrès de la création. Une troisième catégorie dans la classification de rencyclopédiste de Royaumont, revient aui arts et aux sciences, qui sont en grande partie le produit de nos labeurs et de nos facultés intellectuelles, depui> les sciences physiques et mathématiques jusqu*au\ sciences de Tordre moral et social. Enfin, Tbistoire universelle, ou le récit des développements et des maniresU* tiens diverses de Tactivité aux prises avec d'autres activités, trouvait sa place légitime après les trois tableaui précédents. C'est ainsi que le docte précepteur des enrant' de saint Louis avait parfaitement systématisé sa classification. On vient d'y voir la gradation qui est remarquable at treizième siècle. « C'était déjà un pas immense que â-' commencer la classification sur des bases nouvelles, f d'avoir réuni, dans la division des produits intellectueiN les beaux-arts et les sciences d*une part, les arts manuc^ et rindustrialisme de l'autre. Par là surtout, Vincent ofieauvais se montre, au milieu d'un siècle barbare et J^