I.XTÎI INTRODUCTION
faîres avec Philippe duc de Bourgogno, oui connaissance des noies ramassées par Egidius de Roya, el elles lui parurenl devoir être uliles à Thisloire. Egidius se. diminuail lui-même en voulanl s'effacer derrière Brandon ; car il y a une empreinte réelle de son labeur el de son individualité dans les annales qu'il a retracées.
Faut-il présenter l'écrivain annaliste de Royaumont, Egidius de Roya, comme ayant la valeur de Jean Froissart, de Valenciennes et de Philip|>e do Commines, qu'on range parmi les noms glorieux de lii littérature bdgp, au quinzième siècle; l'un, peintre brillant et f^r:u:knx de la chevalerie; l'autre, portraitiste di* lÀHiiH \I, historien sagace et profond, qui sut développer les ressorts de la politique de Louis XI? Nul besoin d'exagérer son mérite littéraire el sa |>orU5e comme historien. Egidius de Roya s'est peu <Mifoncé dans la diplomatie. Il a raconté les guerns iUi quatorzième et du quinzième siècle, notamment CÀ'H guerres communales du quatorzième siècle, dont la Flandre fut le principal théâtre, et où l'on vil les grandes villes se dresser tour à tour pour comlialln' et pour régner. Egidius de Roya a donc abordé im âge de la Belgique, qui est la plus remarquable époque de ce pays; il avait à dire les mouvements du peuple brisant les fers de la patrie ou le joug des \oK d'affreuses convulsions, des guerres acharnées, el, a» milieu de cela, de grands exemples d'énergie el de patriotisme, les efforts héroïques et les souffrance^ elles-mêmes du pays relevant l'éclat du caraclère
INTRODUCTION. i.xxm
n.itional. Il est loin d'avoir la prolixité cxoossivo de Louis Van Veltcm, qui écrivait au commencement du quatorzième siècle, et qui continua le Mij'oir historique de Van Maerlant. Du reste, c'est en latin qu'il a écrit, et non en langue flamande; cet idiome s'éclipsait dans les cours de Brabant et de Flandre a l'époque des ducs de Bourgogne. Toutefois, Égidius de Roya n'en a pas moins peint, avec précision, la grande lutte dont Pierre de Koninck et Jean Breydel donnèrent le signal à Bruges, et qui souleva les Flamands contre Philippe le Bel. Lorsque Adrien de.Budt veut désigner les écrits historiques de Gilles de Roya, il appelle cet écrivain du quinzième siècle, vir eximise liHeraturx. Swertius le caractérise, comme d'autres chroniqueurs de la même époque, longe elegarUius loquentem narrantemqiie gesta [Dedkatioj p. 3). Aux Dunes, on disait d'Égidius, accemus studiorum igniculo.
. On ne veut pas dire que les Annales Belgidy rédipféos par l'abbé de Royaumont du quinzième siècle, aient aujourd'hui le degré d'importance qu'ont, pour d'autres périodes de l'histoire, des documents plus récents, tels que les Papiers de Granvelle^ la Correspondance de Charles-Quint y du docteur Lanz ; les Archivesde la maison d'Or ange-Nassau j les Documents de M. Mignet sur la succession d'Espagne. Mais il est probablequeles savants belges, MM.Cornélissen,Rapsaet, Kervyn de Lettenhove, Saint-Génois, Lenz, de Gerlache. Voisin, etc., qui ont fait des recherches sur le rôle et le caractère de Van Artevelde, le célèbre capi-
Lxxiv INTRODUCTION.
taine gantois, âme, on le sait, des événements des Pays-Bas, de 1337 à 1545, ont mis à contribution le travail d'Égidius de Roya. M. Kervynde Lettenhove a pu lui faire des emprunts pour sa savante Histnii^e de
Flandre, ainsi que M. Moke, pour son Histoire de la Belgique. La maison de Bourgogne-Valois n'a vécu que depuis les dernières années du quatorzième siècle jusqu'à la fin du quinzième; toutefois, nous croyons que les Annales Belgici peuvent jeter quelque lumière sur la nature de la participation de Philippe le Bon à rinfâme traité de Troyes, qui vendit la France el sa couronne à l'Angleterre. Si Égidius de Roya est rapide et concis dans son récit pour les périodes depuis le huitième jusqu'au commencement du quatorzième siècle, en revanche, au quatorzième siècle et au quinzième, on sent qu'il écrit une histoire dont il est contemporain; on sent qu'if a vécu dans la période bourguignonne. Il ne traite pas l'histoire do Belgique, comme, par exemple, M. Jules Van Praet, chez qui dominent les préoccupations diplomatiques, Égidius de Roya s'occupe peu de l'action gouvernemenlale ; il n'en est pas moins utile, parce qu'il entasse avec abondance les faits de guerre, les luttes d'intérêts commerciaux, les rivalités d'uno ville à l'autre, qui remplissent tant déplace dans les annales de la Flandre. Vivant dans le cœur des Flandres, dans la ville de Bruges, on dirait que cet érudit du quinzième siècle, sorti du cloître de Royaumonl, s'était identifié au génie des affaires qui distinguo les Pays-Bas. La niéthodo d'Égidius est la concision.
tnTRODDCTlOK. mr
Il ne divise pas par livres et chapitres, Il indique les années à la marge des pages. Il se borne presque aux faits militaires et politiques, pour les huitième, neuvième, dixième siècles; mais, arrivé aux croisades et ù la lutte des Flamands contre Philippe le Bel, son rt^cît met de l'ampleur et s'enrichit de réflexions. Les provinces de la Belgique avaient pris, depuis Godcfroy de Bouillon, la forme et l'attitude qu'elles devaient conserver ; la Flandre, le Brabant, avaient délimttéleurs frontières, ainsi que les autres États qui s'étaient élevés sur les débris de l'ancien duché de lorraine. Si la formation provinciale était " accomplie, l'organisation Intérieure n'avait pas la même stabilité. L'histoire de la Belgique prend alors de l'intérêt; et, d'autre pari, on s'aperçoit que Ëgidius de Roya, par le large qu'il se donne, a été témoin des événements qu'il raconte. Particularitrsingulière! la copie niamiscrite des Âminlrx tie Delfjvjue, par l'abbé deltoyaumont, qui était à la Biidio- Ihèque impériale, rue lUclielieu, jusqu'en 18-18, appartient aujourd'hui, après des ventes successives, aune bililiotliéque privée en Angleterre (celle delordAsh...)!
Parmi les diverses particularités que cette histoire amènera sur notre passage, on remari|uera une circonstance qui rappelle les modernes investigations relatives au rapport du caiiOÈi et de la uuirailie cuirassée. Lorsqu'il s'est agi do détruire la basilique (leRoyaumonlà la lînde 1791 ou au commencement (le 1799, on se trouva ariiHé par la solidité excep-
uxvi INTRODUCTION.
lionnoUo de cet c'dilico: On ne s'était pas encore occnpé de la transformation de notre artillerie, comme on y a travaillé dans ces dernières quarante années ; on n'avait ni les obusiers de gros calibres, dits à la Paixhans, ni Tartillerie rayée. Nous dirons le mode spécial de destruction qu'on employa en 1792 contre l'église gothique inaugurée en 1235 à Royaumont par saint Louis, et qui forme un assez original épisode. Il n'y eut pas équilibre en 1792 entre la force offensive et la force défensive; on avait tellement assuré la solidité de ce navire blindé du .treizième siècle, que les démolisseurs de 1792 demeurèrent un instant étonnés devant ces mystérieuses plaques protectrices, devant le blindage invisible qui empôchaitd'entamer l'invulnérable cathédrale de Royaumont. C'est là surtout qu'on aurait eu besoin des effets destructeurs de canons, avant au moins le poids de 20 tonneaux, et de projectiles oblongs de 200 et même de 300 kilogrammes.
Le nom du marquis de Travannet se rattache à la triste circonstance de la démolition de l'église si remarquable de Royaumont, au commencement de 1792. On s'expliquera, en temps et lieu, sur les circonstances de cette démolition ; mais il est juste de reconnaître ici que le marquis de Travannet est le conservateur d'un monument de Royaumont, qui compte ajuste titre parmi les productions importantes de la sculpture française au dix-sepliéme siècle. A certains égards, et sous ce point de vue, M. de Travannet, qu'on serait tenté de blâmer comme un
INTRODUCTION. lxxvii
démolisseur passionné, fut V Alexandre Lenoir de Royaumont. L'Assemblée législative vit monter à la tribune, le 19 juin 1792, un homme considérable, un savant, une lumière, le marquis de Gondorcet lui-même, celui qui avait proclamé Tidée de la perfectibilité indéfinie de notre espèce. Que demanda cet utopiste? de brûler tous les papiers des bibliothèques et des archives, de détruire les généalogies, les titres de familles. Révolutionnaire trois fois absurde, comme l'observait un archiviste au ministre Garât, puisque, si ces papiers anciens et gothiques n'eussent été en effet que des titres de féodalité, c'eût été une raison de les conserver comme des monuments propres peut-être à faire aimer la révolution. Est-ce que d'ailleurs, comme dit Dulaure, il n'y avait pas dans ces dépôts les vérités de l'histoire, les secrets de la monarchie, les excès de la féodalité ?
Alexandre Lenoir fut un de ces artistes modestes qui, au péril de la vie, sauvèrent de la destruction bien des œuvres glorieuses du passé. On salue en lui le fondateur du Musée des monuments français, qu'il installa au cloître des Petits- Augustins, où la république entassait et empilait les dépouilles des églises, des maisons royales et des châteaux.
Il fallut au marquis de Travannel un peu de courage, mais surtoutde l'adresse et de la ruse, pour conserver le beau mausolée du comted'Harcourt. Les agita teurs de Luzarches et d'Asnières-sur-Oise ne vinrent
Lxxvm INTUODUCTiON.
pas rechercher, au nom du comité de salut public, si l'acquisition du marquisde Travannel, propriétaire de Royaumont depuis 1791, renfermait du bronze, propre aux canons dont la république avait besoin. Toutefois, il fallut user d'une fraude innocente pour dérober à la mutilation un chef-d'œuvre delà sculpture française. Alexandre Lenoir, suivant une heureuse inspiration, avait couvert d'un ton jaunâtre tous les bronzes du musée des Augustins pour leur donner Tapparence de la pierre. Grâce à cet habile stratagème, la belle figure du cardinal de Birague, par Germain Pilon ; la Renommée, de Guillaume Berthelot ; les bas-reliefs du tombeau de Thou, par François Anguier, purent échapper aux impitoyables exigences des agents du comité de salut public. Le marquisde Trdvannet, sans s'exposer à la guillotine, sut soustraire au vandalisme le mausolée du comte d'IIarcourt, une des belles œuvres de Coysevox. On raconte qu'il éleva comme une montagne de pierres et d^ décombres, sous lesquels il ensevelit momentanément le monument, le cachant ainsi derrière un voile épais de poussière et de roche. Qui peut répondre de ce qui serait arrivé dans un temps où le peuple subissait bêtùe et barbarie j comme dit M. Ernei^l Vinct, avant de se régénérer? La république n'avaitellc pas détruit stupidement, d'après M. deLaborde, près de 10 millions pesant de papiers et de parchemins, intéressant l'histoire nationale? Ne se seraitil point rencontré plus d'un sans-culotte qui aurait liH)uvé ce splendide mausolée du comte d'Uarcourl-
INTRODUCTION. Lxm
Lorraine par trop aristocratique et souverainenicnt contraire^à Tégalilé ?
Les temps étaient changés soixante et dix ans après; et Ton a vu dans ces dernières années la cité d'Asnières-sur-Oise engager une lutle et commencer une émeute pour soutenir un rôle de conservation en faveur du monument de Royaymont. Il se produisait, il Y a trois ans, à Asnières-sur-Oisc, le même mouvement qui s'est manifesté cette année (1867) dans l'Anjou. Comme il était question de céder à l'Angleterre les quatre statues des Plantagenels que possède la célèbre abbaye de Fontevrault,les vives réclamations des^ Angevins leur ont obtenu de conserver leur cher trésor, qui est un monument de l'histoire nationale. On se présentait pareillement, au nom de Li maison de Lorraine, pour enlever le monument des d llarcourt-Lorraine, estimé l'un des beaux morceaux de sculpture de Royaumont depuis le dix-septième siècle. Asnières a prolesté, et ses revendications énergiques, dont l'historique se retrouvera dans notre récit, ont obtenu satisfaction. Et quand . Asnières protestait, on remarquera que l'Autriche n'avait pas reçu les amoindrissements infligés par Sadowa ; et la couronne allemande, qui a passé de la maison de Charlemagne à celle de Saxe, de la dynastie de Franconie à celle de Souabe, de là famille de Luxembourg à celle de Habsbourg, ne menaçait pas de passer de la maison de Lorraine à celle de HohenzoUern, Mais pour se borner à la question, à (jui la pensée viendrai t-efle de donner au musée
Lxxx INTRODUCTION.
de Londres la Vénus dé Milo ou VAiitiope du Ck)rrége, demande M. Beulé, de Flnstilut? Asnièressur-Oise continuait donc en 1864 le rôle du marquis de Travannet, en opposant à l'omnipotence de la maison de Lorraine, soit le droit de priorité, soit le titre d'une sorte de dépôt national.
Après les personnes, venons aux explications sur les choses. On a dû élaguer quelquefois des documents dont l'aridité aurait pu fatiguer le lecteur et dont l'importance n'était pas grande; on y gagnait pour la célérité elle-même du récit, qui, moins chargé de détails, marchait avec plus de rectitude et de rapidité dans les grandes lignes du courant général. C'est ainsi que, dans le livre XIII de cette histoire, on a supprimé quelques notes accessoires relatives aux divei'ses opérations légales par lesquelles on procéda, vers 1702, à certaines divisions des biens et des revenus de Tabbave de Rovaumont. L'introduction des abbés^ commendataireç à Royauroont y amena, comme dans la plupart des monastères, la séparation (les intérêts. Il n'y a pas l^même inconvénient à reproduire dans cette introduction les actes de ce , partage, d'après la procédure du temps.
Partage fait des biens et domaines de l'abbaye royale de Notre-Dame de Royaumont entre Monseigneur François Artnand de Lorraine abbé commendataire de ladite abbaye et les religieux prieur et couvent d'icelle par-devant monsieur le lieutenant général du bailliage de Senlis le 29 décembre 1702 en con-
INTRODUCTION. lxxxi
séquence de Yaire$l du grand conseil du 31 et dernier aousl an 1 702 ainsy quHl en suit :
Extrait des registres du greffe du bailliage de Senlis.
c< LOUIS par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Savoir faisons comme par arrest ce jourd'huy donné en notre grand conseil entre les religieux prieur et couvent de l'abbaye de Royaumont, ordre de Citeaux, demandeurs suivant la requeste par eux présentée à notre conseil le 24 janvier 1705^et exploit fait en vertu d'ordonnance d'iceux du 30 dudit mois controUé à Paris le dit jour, à ce qu'il soit ordonné que partage sera fait des biens de la dite abbaye on la manière accoutumée, auquel effet les parties conviendront d'experts devant le juge qui par notre conseil sera commis, lesquels experts visiteront les domaines et autres biens appartenant à la dite abbaye dont les titres, papiers et enseignemens leurs seront remis es mains par les parties, en composeront la mas^, feroiH l'estimation et la distribu: tion d'iceux en trois lots, dont l'un demeurera aux demandeurs franc quitte et exempt de toutes charges, un autre aux deffendeurs cy-après nommés, et le restant affecté aux charges, réparations et autres destinations à quoi ce doit être employé. Desquels lots les parties seront chacune en iceluy qui leur écherra mise en possession par le dit sieur commissaire, et au surplus pour raison des circonstances et dépendances feront les dites parties devant luy
Lxxxii INTRODUCTION.
telles demandes et contestations qu'elles aviseront et seront ses ordonnances exécutées sans préjudice de rappel à notre conseil ; et condamner le dit sieur deffendeur aux dépens d'une part, et messire François Armand de Lorraine abbé commandataire de la dite abbaye de Royaumout, deffendeur d'autre, après que M... pour les dits religieux de Rovaumont à conclu en sa demande, voire pour le dit de Lorraine abbé du dit Uoyauniont... notre dit grand conseil ordonne que dans trois mois par-devant le premier de nos conseillers.de notre conseil trouvé sur les lieux et en cas d'absence, refus ou légitime empêchement...
« Par-devant le lieutenant général de Senlis que notre conseil a commis et menacé à cet effet, partage et division sera faite des biens, domaines et revenus de ladite alibaye par experts dont les parts conviendront par-devant le dit commissaire. Sinon en sera par luy pris et nommé d'office, en trois lots égaux, dont l'un sera pour l'abbé, Taulre pour les religieux franc et quitte de toutes charges ordinaires et extraordinaires, par-devant lequel commissaire les parties pourront faire telles demandes, et contestations qu'elles aviseront et qui sera par luy ordonné, sera exécuté nonobstant oppositions et appellations quelconques et sans préjudice d'icelle dépens compensez. Si donnons en mandement au premier des huissiers de notre conseil en ce qui est exécutoire en notre dite cour et snilte et hors ce d'icelle au dit huissier ou autre noire huissier ou ses gens sur ce requis cju'à
INTftOOlJCTlON. LxxxHl^
la requête des dits religieux de Royaumont, le présent arrest il mette à lui et entière exemption selon sa forme et teneur de ce fait te donnons pouvoir, sans pour ce demander placel ny pareatis. Donné à notre dit conseil à Paris le 3i aoust Tan de grâce 1702 et de notre règne le 60*. CoUationné et sur le reply... écrit par le roy à la relation^es gens de son grand conseil. Signé Soufflot et scellé de cire jaune et au dos vu le 2 septembre 1702 signiffié et baillé copie à M* Michel Yosse procureur de partie averse en son domicile par moi huissier soussigné signé Bamart.
A Momieur le lieulenanl général de Sentis commissaire député par arrest du (jrand conseil du 51 aoust
« Supplient humblement les religieux, prieur et couvent de l'abbaye de Royaumont ordre de Giteaux, (lisans que par Tarrest cy-dessus datlé rendu entre les supplians et M. Armand François de Lorraine abbé commendataire de la dite abbave de Rovaumont, il est ordonné que dans trois mois par-devant vous que le conseil a commis à cet effet partage et division sera faitte des biens, domaines et revenus de la dite abbaye par experts dont les parties conviendront •.. par vous nommez d'office en trois lots égaux, dont l'un sera pour mon dit sieur abbé l'autre pour les suppléans franc et quitte de toutes charges, et que le 3* demeurera affecté aux charges ordi-
Lxxxiv INTRODUCTION.
naires et extraordinaires, que par devant vous les parties pourront faire telles demandes et contestations qu'elles aviseront et que ce qui sera par vous ordonné sera exécuté nonobstant oppositions ou aj)pellations quelconques. Les suplians désirans faire le dit partage ont recours à vous.
« A ce qu'il vous plaise, monsieur, en acceptant la commission portée par Tarrest sus datte et cyattaché ordonner que le dit sieur abbé de Royaumont sériai assigné par-devant vous à tel jour qu'il vous plaira, pour nommer et convenir d'experts, pour être procédé au partage et division de tous les biens de la dite abbaye en question au désir du dit arrest et que votre ordonnance sera exécutée nonobstant oppositions ou appellations quelconques? et ferez bien. Signé F. Jean Duru et Kegnard et scellé à Senlis le quinze septembre 1702. Reçu 5 s. signé Fortier. Et à côté est écrit est acceptée par nous la commission portée au dit arrest, sera le dit sieur abbé de Royaumont assigné par devant nous à samedy huit heures du matin aux vus de la requête le 13 septembre 1702 signé Daraine.
« L'an mil sept cent deux, les 25, 26, 27, 28, 29 et 50 septembre, 1*', 2, 3, 4, 5 et 6 octobre, j'ay Denis Bergeron receveur de la terre et seigneurie de Puisiere paroisse de Saint-Martin de Bethîsy expert nommé d'office par monsieur le lieutenant générai de Senlis en exécution de l'arrest de nos seigneui^s du grand conseil du 31'' aoust dernier rendu entre les religieux, prieur et couvent de l'abbaye de Royau-
INTRODUCTION. wxxv
mont, et très-haut et très-puissant prince M. Armand François de Lorraine abbé commendataire de la dite abbaye de Royaumont en suitte de l'affirmation par moy prêtée et que le dit arrest, les derniers baux avec la déclaration des biens de la ditte abbaye et les autres pièces nécessaires m'ont été mises entre les mains, me suis exprès transporté sur les lieux où sont situés les dits biens, où après m'estre informé d'iceux , et en avoir examiné les valeurs, et considéré toutes choses, j'ay premièrement fait l'estimation de tous les dits biens pour ensuite en composer trois lots égaux, pour des dits lots au désir du dit arrest en estre choisy un pour le dit seigneur abbé, un pour les dits religieux, et le dernier demeurer affecté pour l'acquittement de toutes les charges en conformité du dit arrest aquoy j'ay procédé ainsi qu'il en suit, etc. »
Le public n'a point à se préoccuper de savoir si la recherche des matériaux pour un ouvrage a du coûter des fatigues à l'auteur; le public ne regarde qu'aux résultats, se servant de ce qui paraît utile, et jouissant de ce qui est agréable, peu lui importe la peine qu'ont eue les historiens pour aller glaner dans la poussière des vieilles chartes et des antiques parchemins de chétifs documents. Quoi qu'il en soit, on s'abuserait si on pensait que la tâche de l'historien de Royaumont a été aisée et facile en tous points. On en jugera, rien que par la manière peu claire dont quelques copistes conventuels reproduisaient,
Lxxtvi INTRODUCTION.
au quatorzième et au quinzième siècle, des pièces relatives à l'abbaye de Royaumont.
L'abbaye de Royaumont fleurissant en plein moyen âge, du moins au commencement de la seconde période du moyen âge, il sera naturel de retrouver dans le cours de ses annales divers épisodes de cette vie de débats perpétuels pour sUjet de vicinalité, de ces questions de contentieux soulevées par les multiples affaires relevant du droit féodal. Ainsi, à la fin du quatorzième siècle, ce que l'on appelait la haute, moyenne et basse justice sur un domaine nommé les sept arpens du Val Milon ou du Val des Fourches, entre Gouvieux et le Lys, était adjugé à l'abbaye de Royaumont contre la puissante abbaye de Saint- Denis. Mais en rapportant ici le titre qui constate, pour notre abbaye, sa mise en possession de ce droit, en le reproduisant d'après le cartulaire de Royaumont, qui le fait précéder et suivre de formules en langue latine, on se fera l'idée de cette littérature des affaires qui ne s'inquiétait pas de la construction et de l'euphonie des phrases :
« Karolus, Dei gratia Francorum rex, universis présentes litteras inspecluris, salutem. Notum facimus quod de licontia et auctorilate nostraB parlamenti curiaj inlcr partes infra scriptas seu earuni procuratores tractatum concordatum et paciûcaluiii extitit, prout in quadam cednla per procuratores dictarum partium inferius nominatos dictas nosti'îe curiœ unanimiler et concorditer tradita continotur ; cujus cedulx ténor sequitur: surcodiscord mil et
INTRODUCTION. . lxxxvii
pendant en cas de saisine et de nouvelleté en la cour de parlement entre les religieux, abbé et couvent de Saint-Denis en France à cause de leur hôtel et châtellenie de Montméliand, demandeurs d'une part; et les religieux, abbé et couvent de l'église de Notre- Dame de Royaumont deffendeurs d'autre part, pour cause de ce que iceux de Saint-Denis à cause de leur dit châtel et châtellenie se disoient et disent être en possession et saisine d'avoir et exercer toute justice et seigneurie haute moyenne et basse féals et pour le tout en vue d'une pièce de terre appelée les sept arpens du val Milon ou autrement du val des Fourches séant entre Gouvieux et le Lys, joignant du costé de vers Gouvieux aux hoirs feu Pierre Prégigoux et aux hoirs Pierre Noël, et au terroir de la dite ville de Gouvieux et du costé du Lys aux dits religieux de Royaumont, sans ce que les dits de Royaumont eussent au dit lieu aucune justice ou seigneurie et que ce non obstant iceux de Royaumont par eux , ou leurs gens et officiers de par eux avoient en icelle pièce de terre fait mettre, et dresser une fourche ou
gibet en signe de justice, et au-dessous les dites
fourches ou prés d'icelles avaient fait enfouir une femme vive pour crime de larcin ou autrement par manière de justice, et en justifiant au préjudice et dommage des dits de Saint-Denis et en les troublant et empeschant en leur dite possession et saisine à tort et sans cause induement et de nouvel si comme ils disoient; les dits de Royaumont disans et proposa ns le contraire et qu'ils éloient en saisine et pos-
LxxxTiii INTRODUCTION.
session de la dite pièce de terre et étoit leur en fonds et propriété et en icelle et au lieu dessus dit auraient toute justice et seigneurie haute moyenne et basse seuls et pour le tout et y auroient fait et exercé par eux et leurs officiers tous exploits de haute moyenne et basse justice, et proposofent toutes possessions et saisines contraires à celles des dits de Saint-Denis, et pour ce en usant de leurs possessions et saisines y auroient fait des exploits dont s'estoient dolens et complains iceuxdeSaint-Dçniset autres. Finallement icelles parties pour bien de paix et pour esquiver toutes matières de plaids, après que chacune partie s'est informée du droit qu'elle pouvoit avoir en ce que dit est, sont d'accord, et s'il plaît à la cour, en la manière qui s'ensuit. C'est à sçavoir que les dits de Saint-Denis se désistent et départent de tout celle complainte qu'ils auroient faitte et intenté au dit cas contre les dits de Rovaumont, et à icelle ont renoncée et renoncent du tout au profit de iceux de Royaumont et de leur dite église et seront tenus et gardez les dits de Royaumont en leurs possessions saisines par eux maintenues cy dessus et parmy ce, la main du roy notre sire, qui pour le droit des dites parties est mise es choses contentieuses comme souveraine, est et sera levée au profit des dits de Royaumontet partant se départiront les dites parties de cour sans aucun dépens rendre l'une partie à l'autre, et y seront condamnés par arrest du dit parlement: ad quodquidem accordum, ac omnia ot siugula in supra scripta cedula contenta tenenda.
INTRODUCTION. lxxxix
complenda ac firmiter et inviolabiliter observanda, dicta curia noslra partes prasdictas et earum quamlibet, quatenus ujiamquamque ipsarum tangit seu tangere potest, ad requestam et de consensu fratris Ëgidii supra dictorum religiosorum abbatis et conventus sancti Dyonisiî in Francia ex una parte, et magistri Pétri dictorum religiosorum abbatis et conventus de Regali Monte ex altéra procuratorum per aiestum condenxnavil et eondemnat et ea vi arrestum ejusdem curias teneri compleri et observari ac execulioni demandari voluil, et praecepit, manumque noslram in rébus contentiosis de quibus superius sive mentio propter dictarum partium debalum appositum levavit atque levât dicta nostra curia per praesentes ad utililatem dictorum de Regali Monte juxta dictaBcedulaecontinenliam et tenorem.Incujus rei testimonium praesenlibus lîtteris nostrum jussimus apponi sigillum. Datum Parisiis in parlamento nostro, die septima Julii anno Domini millesimo trecenlesimo septuagesimo septimo et regni nostri quarto decimo. »
En écrivant sur Royaumont, on devait toucher a l'histoire des pays immédiatement circonvoisins, et qui forment avec Royaumont une même unité territoriale et un tout identique. La ville de Senlis a vu naître en son sein un comité archéologique, dont nous avons l'honneur d'être membre, qui explore vaillamment, d'une manière utile et avec compétence, les antiquités locales.
L'honorable M. Graves avait déjà fouillé avecpa-
xc INTRODUCTION.
tionco les antiquités du département do rOise. Cambry l'avait précédé dans le même ordre de recherches, comme il a laissé après lui des émules, dont les sociétés scientifiques de Senlis et de Beauvais révèrent les noms et les travaux.
La ville et le comté de Beau mont-sur-Oise ont suscité, pour leur historien, M. Douetd'Arcq, de l'École des chartes, un des hommes considérables de nos sociétés savantes, qui a livré au recueil des Anti- (juaires de Picardie ses belles recherches sur ce comté, dont nous avons fait largement notre profit personnel. On retrouve, à un haut degré, dans ces investigations de M. Douet d'Arcq sur Beaumont, cette haute intelligence des procédés historiques, cette patience infatigable, et ce génie de l'orientation à travers les labyrinthes du passé, qui distinguent l'époque moderne.
L'ile-Adam et Pontoise se recommandent assez par leur rôle historique ; ils ont leurs annalistes. Mais le bourg de Boran méritait une page de souvenir; outre que, dans les temps modernes, Boran a vu des notoriétés de différentes sortes : le marquis d'Ardoncourt, désigné seigneur de Boran dans un acte de 1693 (archives de l'Empire) ; le fameux Régent, duc d'Orléans ; et la famille illustre des Parabère, Boran a aussi des antiquités; et, selon une opinion assez plausible, Boran serait le berceau d'une illustration de Rovaumont, du célèbre Vincent de Beauvais.
Kt le bourg d*Asnières-.sur-Oiso, dont il est ques-
INTRODUCTION. • xci
tien en l'an 760? Ne fallait-il pas en identifier Tliisloire avec celle de Royaumont, puisque l'un a engendré l'autre, et qu'Asnières possède encore le château qu'occupaient la reine Blanche et saint Louis pendant la construction de Royaumont ?
Viarmes, connu au douzième siècle ; Noisy-sur- Oîse, mentionné en 1166; Saint-Leu, Saint-Martîndu-Tertre, emplacement d'une ancienne chapelle, pays fondé par Mathieu de Beaumont, après 1153; Précy, qui a inspiré des recherches à M. l'abbé Quertier; Seugy, le Lys, avec leurs monuments et leurs antiquités des périodes gauloise ou romaine ; Gouvieux, avec son camp de César, devaient solliciter également la plume de l'historien.
Creil, qu'une plume féminine (madame Desnoixdes- Vergues) a récemment célébré, avait son importance particulière par ses souvenirs de Charles YI, de Louis XI, de Marguerite d'Écoss.e, de Commines, de Catherine dePise. Hier à peine, Victor Hugo grimpait aux soixante et dix marches très-hautes de la grande tour hardie, crevassée, enlacée de la végétation des ruines, qui forme le clocher de l'église de Creil, pour inscrire sur la pierre son nom, au milieu de noms obscurs de voyageurs. Et autrefois, la maréchale de Berwick, se rendant à son château de Filz-James, s'en allait verser et briser son carrosse, non loin de Creil, à la montagne des Fées, si fatale aux voyageurs d'autrefois. La maréchale, femme intrépide, n'eut que de la colère; elle accusa la maladresse du cocher et menaça de faire pendre son premier
xcii INTRODUCTION.
écuyer, M. de Saint-Jean, parce qu'il n'avait pas de cordes sur lui, pour tirer le carrosse d'embarras, toutefois, Creil n'est ni systématiquement ennemi du repos des vivants, ni inhospitalier à la cendre .des morts; on peut voir encore, au sortir du chemin de fer, à droite, un tombeau séculaire qui se cache, dit M"*' des Vergues, comme effrayé des bruits du jour, sous quelques arbres épargnés par la hache du progrès, et qui porte ces mots : Les communes de Creil ^ Montataire et NogentleS'Vicrges^ à la mémoire de Béatrix de Bourbon de Bohême^ leur bienfaitrice^ décédée le XXV- MCCLXXXV.
Chantilly a eu son historien dans Ife docte abbé Charles-François Afforty, docteur de la Faculté de Paris et prêtre deSenlis, mort en 1786, en laissant 25 volumes in-folio de manuscrits précieux que possède la ville de Senlis. M. A. Rousseau-Lerov donnait aussi naguère, sur ChPantilly, une notice substantielle et élégante. Vicissitudes étranges I La révolution n'a laissé subsister de l'ancienne splendeur des Condé, que les fastueuses écuries. En voyant ces galeries des écuries en marbre, le chenil pour le grand équipage du cerf, celui du sanglier, de la grande meute, de la petite meute, quel beau sort ! repètet-on, de figurer parmi les chevaux ou les chiens de monseigneur le duc de Bourbon I
Que l'on ne soit pas inquiet de la ville de Luzarches. Le docte abbé Lcbeuf en a longuement parlé dans son Histoire du diocèse dé Paris; mais
INTRODUCTION. xciii
surtout, M. Alexandre Hahn, membre de plusieurs sociétés savantes, livrera bientôt un grand travail historique, fruit de patriotiques et intelligentes recherches, propre à faire revivre les intéressantes antiquités de cette cité si gracieuse de Tlle- de- France, ses vestiges gaulois et romains, son vieux château de Saint-Côme, son château de la Mothe, résidence de Jean de Ccnesme, seigneur de Luzarches, sous François P*^ ; les diverses vicissitudes de Luzarches pendant les périodes successives de la monarchie française ; enfin ses enfants célèbres : Tarchilecte Robert de Luzarches; Henri de Luzarches, aumônier de Charles I*^ d'Anjou ; Nicolas de Luzarches, évoque d'Avranches; David de la Corbinière, prévôt des marchands de Paris ; Tardif, ingénieur, maréchal de camp des armées du roi, etc.
Il est toutefois nécessaire de noter ici une localité, faisant partie de la commune d'Orry-la- Ville, voisine de Chantilly, qu'pn laisse au sudouest, et qui est à 55 kilomètres de distance nord-est de Paris; oïl s'enfonce, en quittant la station du chemin de fer d'Orry-la-Ville, dans la forêt de Coye; on gagne les délicieux étangs de Comelley et après avoir parcouru trois kilomètres d'étangs par des sentiers que nos romanciers appelleraient adorables, on se trouve devant d'antiques constructions, que nous désignerons du nom d'abbaye de Comelle. A peine avons-nous mentionné dans le cours de cette histoire les ruines de cette abbaye; et cependant les reliques considérables de cet anti-
xciv hNTRODUCTION.
que établissement, la grandeur elle caractère de ses restes, la poésie de sa position, nous imposent de ne pas les passer ici sous silence. Comme antiquités, on touche, dans cette histoire, à des monuments celtiques, tels que celui de la forêt de Carnelle, ainsi qu'à des vestiges de la domination romaine. Pourquoi ne pas réserver une place, dans cette introduction, à quelques pages sur l'ancienne abbaye de Comelle? On aurait d'autant plus le droit de nous reprocher cette lacune, que les origines de Royau- . mont lui-même se rattacheraient, s'il fallait en croire une opinion, à l'abbaye de Comelle elle-même, dont l'âge est inconnu.
Il est remarquable que, dans un temps de recherche historique comme le nôtre, où pas un recoin du sol ne demeure inexploré, où l'on rencontrerait dinîcilement un endroit des antiquités nationales qui ne soit sillonné en tous sens par les soldats de la science, il est remarquable que jusqu'ici l'archéogie et l'histoire aient paru ignorer l'existence ellemême des ruines de l'abbaye de Comelle. Aucun livre ne mentionne Comelle. Aucun manuscrit n'v fait allusion. On interroge vainement les traditions locales ; nul ne répond. Nul ne sait dire quand a commencé Comelle, quand il a fini, de quelle époque date sa destruction, quels étaient les moines qui l'habitaient, quel rôle a joué cette abbaye. Conçoiton qu'on puisse occuper la scène du monde pendant quelques siècles, pour ne laisser absolument latraœ de son existence dans aucun souvenir, au point que
INTRODUCTION. \cv
tout soît un problème, votre âge, votre nom, votre costume, votre physionomie ? Ni le docte Lebcuf, dans son Histoire du diocèse de Paris^ qui s'étend sur Luzarches; ni Cambri, dans sa Description du département de rOise^ où il raconte son excursion aux étangs de Comeiie ; ni Pierre Louvet, dans son Histoire et Anti(juitez du pais de Beauvaisis^ où il a un chapitre sur la fondation de Royaumont (t. T", p. 591, édition de 1651), ne paraissent soupçonner qu'il ait existé une abbaye de Comelles. 11 y a pourtant, dans ces ruines, une indication suffisante d'un passé qui doit tenter toute curiosité scientifique et stimuler les archéologues.
Qu'était-ce que Comelles?
Selon une opinion émise, en 1818, par un ancien moine de Royaumont, par l'ex dom Canonne, les premiers moines de Royaumontauraient été amenés de Comelles par saint Louis, ce qui indiquerait -que Comelles était une abbaye, et qu'ensuite c'était un monastère de bernardins. Mais pour qu'une assertion soit recevable, il faut qu'elle soit appuyée de preuves ; et l'absence de toute mention de l'abbaye de Comelles dans les monuments écrits, l'impossibilité de trouver la moindre indication sur ses habitants, produisent un argument négatif qui devient embarrassant.
Les bénédictins de la Gallia christian'a^ qui se livrèrent à tant de recherches, se bornent à dire eu général que saint Louis peupla Royaumont de moines venant de Clteanx. Voici conunent ils s'ex^
xcvi INTRODUCTION.
primaient, eu 1751, sur le compte de Royaumonl: « Célèbre inibi ordinis Cisterciensîs monasterium Ludovicus IX propriis ipse manibus extruxit, quod Regalem-Montem appellari voluit. Opère absoluto, monachos e Cntercio acciiit piissimus princeps [GaUia chiistianay t. IX, p. 842) .» Voilà combien peu les bénédictins sont explicites; et, si Comelles avait fourni nos premiers moines, il est probable que cette abbaye aurait été nommément désignée dans le chapitre des origines de Royaumont.
Même silence chez Le Nain de Tillemont, qui causa avec les pères, les chroniqueurs eux-mêmes de Royaumontau dix-septième siècle, avecIeR.P. Dora Dauvray, par exemple, moine de Royaumont et rédacteur des annales égarées de Tabbaye. Nulle part les religieux de Comelles ne sont mentionnés par Le Nain de Tillemont. Que si l'on ouvre le vaste in-folio de Gaspard Jongelin, qui donne la notice sommaire et le répertoire de toutes les abbayes cisterciennes répandues dans le monde entier, et qui fut imprimé à Cologne en 1640, on y remarque la môme abstention. Bien plus, Jongelin, loin de laisser entendre que Royaumont dérivât de Comelles, compte l'abbaye de Royaumont comme la /î//e (/îrectede la maison mère deClteaux {Gasparis Jongelini nolitia abbatiarum ordin. Cisteixiemis per tolum orbein. In-fol., Colonia;1640). Enfin, un remarquable et très-érudil écrit, publié de notre temps (en 1846) sur l'abbaye de Solesmes, énumère Rovaumont comme « une des plus illustres Eglises abbatiales de la règle de Saint-
INTRODUCTION. xcvii
Benoit, » ainsi queClairvaux, Saint-Ouen de Rouen, Saiul-Remi de Reims, le monlCassin,les Dunes, etc. (page 16); mais le nom de Comelles ne figure en aucune sorte. ^
On a cru remarquer des analogies d'appellation entre le mot de Comelles, le chapitre de Saint-Cosme qui étaitàLuzarclies,et l'un des fiefs d'Asnières-sur- Oise qui porte le nom de la Comerie. L'analogie littérale est incontestable. Y avait-il, n'y avait-il rien de commun entre l'établissement de Comelles, la Comerie et la collégiale de Saint-Cosme de Luzarches ? On peut se livrer à cet égard à des suppositions permises, probables peut-être, mais qui n'auraient aucune valeur pour les antiquaires , parce qu'on n'indique rien dans les titres, pour donner à de simples hypothèses un caractère de réalité.
On a dit aussi que Comelles était un prieuré dépendant d'Hérivaux. Nous voyons bien dans Lebeuf, qu'avant H88,révêque de Paris, Maurice de Sully, avait doté Hérivaux qui est près de Luzarches, du même institut que l'abbaye de Saint-Victor, c'est-àdire de la règle des chanoines de l'ordre de Saint-Augustin. On trouveaussi qu'en 1490, un Montmorency, prêtre, maître es arts, et protonotaire du saint-siége, fut pourvu, en qualité d'abbé commendataire, de l'abbaye d'Hérivaux. Quatorze années auparavant, en 1476, il est rapporté que les religieux d'Hérivaux, qui étaient au nombre de sept, se plaignirent au vicaire général de l'évêque de Paris de ce que leur
xcnii INTRODUCTION.
dernier abbé régulier, Jean Cirel, retenait pour lui les fruits d'un, prieuré dépendant de la maison. Quel était ce prieuré? il n*est pas dit que ce fût Gomelles, dont Lebeuf n'articule pas le nom. Sur quoi donc se fonder pour chercher un lien entre Ilérivaux et le monastère de Gomelles ? Il n'y a là qu'une allégation tague, complétenient dépourvue d'autorité.
On a des documents relatifs au prieuré de Nointel près Beaumont, que les comtes de Beaumont avaient fondé sur leur domaine. Les religieux de ce prieuré, étant de temps immémorial en possession de la dime deBeaumont,et Ansculphe, seigneur d'Hénonville, les en ayant violemment dépouillés, il y eut une plainte portée devant l'archevêque de Rouen ; il y eut une excommuniation lancée, puis levée. Barthélcmi de Montcornet, évêque de Beauvais, donnait, en 1170, h Beaumont même, une charte qui constatait et couiirmait les droits du prieuré {Gallia chnstiana ySamimart., t. II, p. 589). On sait que, dans le douzième siècle, deux seigneurs laïques, Nivelon dePierrefonds et son fils, possédaient et tenaient en fief la cure do Viarmes, qui relevait de Renaud, comte de Clermont. On sait aussi que ces possesseurs, qu'on no réussissait pas à convaincre de la nullité de leui-s droits et à faire renoncer a ces bénéfices, finirent par céder, en 1127, aux pressantes sollicitations de Mgr Pierre de Dammartin, évêque de Beauvais, el consentirent à donner cette cure de Viarmes à l'aln baye de Saint-Martin des Champs (Louvel, t. 1,
INTRODUCTION. xcix
p. 139). La date de la fondation de l'abbaye de Froidmont, peu éloignée de Comel les, est connue (Fan 1 i 34) elle était de l'ordre de Cîteaux {Annal, cisterc.^ 1. 1, p. 400. — Louvet, t. I, p. 575). Dès celte époque, il est question du prieuré de Boran, établi par l'abbaye du Paraclet, sur la rivière d'Oise, non loin de Royaumont ; l'évêque de Beauvais , Barthélemi de Montcornel, se rendit, en 1170, à ce prieuré de religieuses, qui était dans une extrême pauvreté, pour faire la bénédiction de leur cimetière ; sa présence au prieuré y attira une partie de la noblesse des environs, et l'appel du pontife adressé à la charité publique ne laissa pas insensible Matthieu, comte de Beaumont, qui assigna au prieuré une rente annuelle et perpétuelle, consistant en un muid de vin, avec la dîme des agneaux, du lin et du chanvre, sur toute l'étendue du territoire de Boran. {Beauvais^ par M. Delettre, t. II, p. 154.)
Les chroniques ont également transmis la date de la fondation du prieuré de Beaumont-sur-Oise. Vers 1185, Matthieu, comte de Beaumont, achevait la construction du château de Beaumont et en même temps une église en l'honneur de saint Léonore, dans l'enceinte même du château, pour y mettre un prieuré ; il attacha à ce prieuré des religieux de l'ordre de Cluny, auxquels il assigna pour dotation la terre de Fresnoy-en-Thelles (Louvet, t. I, p. 656). On n'ignore pas que l'abbaye de Précy-sur- Oise était fort ancienne, qu'elle fut fondée dans le
c INTRODUCTION.
septième siècle, vers 678, et que Farulphus, Farulphe ou Faroult en était abbé en 690 [Diplomatie. , 1. 1, p. 472). On sait qu'à cette môme époque, Charderic, abbé de Saint-Denis, fonda sur une de ses propriétés, dans le ressort du comté de Chambly, une abbaye dans un lieu nommé Tusson-Val. On présume que ce monastère existait vers le lieu où fut bâtie plus tard Tabbaye de Notre-Dame-du-Yal, près de TUe- Adani, et qui avait des pressoirs à Noisy-surOlse [Annal, benedict.^ 1. 1, p. 542). Mais comment, pour les ruines de Comelles, en est-on réduit à une absence totale de documents, à Timpossibilîté d'asseoir la moindre conjecture, faute de la plus mince mention dans les vieux titres? La vieille abbavc de Tusson- Val, fondée au septième siècle, avait sans doute disparu dans la suite des Ages, comme celle de Comelles a disparu. Mais, du moins, l'on a eu quelque notion concernant les choses et les personnes de Tusson- Val. Cette abbaye était placée sous l'invocation de saint Denis et de saint Marcel; Magnoald en fut un des premiers abbés; le monastère jouissait de grands privilèges qui furent confirmés en 695 par Chîldobertlll, et donnèrent lieu deux ans après à un procès (lue le même Childebert eut à juger pendant qu'il éliiit à Compiègnc [Diplomatie. , t. I, p. 479). Pour Comelles, silence absolu dans les vieilles chartes. On dirait une de ces frégates errantes, dont parle un écrivain, (|u*on rencontre quelquefois avec stupeur dans les mers du Sud, et sur laquelle on cherche en vain des êtres vivants, ou du moins un registre
INTRODUCTION. ci
mortuaire pour indiquer quel équipage montait la frégate.
Je ne doute pas que le comité archéologique de Senlis ne dirige ses investigations sur ce sujet intéressant de Comelles et n'arrive à nous rcstituer.quelques notions historiques sur cet antique établissement. En attendant, il est utile de constater ce qui reste de Comelles, et de donner la description et la physionomie des constructions subsistantes. Nous les avons mesurées avec l'honorable M. Charles Vander Mersch, notre compagnon d'exploration, si amoureux de recherches relatives à la circonscription territoriale de Royaumont, et si versé dans les particularités de Royaumont lui-même, relatives aux dernières cinquante années de notre dix-neuvième siècle. C'est que M. Charles Vander Mersch pratiquait déjà Royaumont en 1816; il lui est arrivé, étant alors âgé de quinze à seize ans, de louer pour une journée d'excursion, aux écuries de Morfontaine (dont la propriété était encore à la famille Bonaparte), le cheval de bataille de Joseph Bonaparte, roi d'Espagne. M. Charles Vander Mersch a noté bien des observations depuis cinquante ans, et nous tenons a le remercier ici du concours empressé qu'il ne nous a jamais refusé.
Le terrain de l'abbaye énigmalique de Comelles, encore aujourd'hui complètement clos de murs, est de l'importance de 7 hectares, en forme de carré, toutefois en carré long, dans le sens du sud au nord. Cet antique monastère se trouvait dans un isolement