LIVRE QUATRIÈME
vait pas ne pas faire appel à une activité collective, pour décrire complètement, les plantes, leur germination, leur naissance, leur développement, la fructification des végétaux, les fruits et le suc des arbres.
On possède^ à la Bibliothèque impériale de la rue Richelieu, un exemplaire splendide du Spéculum naturale^ imprimé en 1473, sur un magnifique parchemin ^ La beauté artistique et intrinsèque de cet ouvrage, que les imagiers et les enlumineurs ont embelli d'ornements gothiques, doit frapper les connaisseurs ; une auréole bien méritée a été mise à Tun des plus étonnants monuments de la patience et de la constance de Fesprit humain. Mais lorsque nous avons parcouru nous-mêmes ce Spéculum naturale ^ c*esl le dedans, c'est la moelle de ce livre, qui tout à la fois nous étonnait, nous ravissait et nous rendait fier, pour le treizième siècle, pour Pabbaye de Royaumont, pour saint Louis, pour Vincent de Beauvais, pour Boran, sa patrie. Quand nous eûmes feuilleté les soixante pages grand in-folio de la seule table des matières, avec le titre très-abrégé, en latin, des chapitres du Spéculum, trois souvenirs , trois mémoires se levaient rayonnantes devant notre esprit. .Nous savions oublier toute préoccupation du moment pour n'apercevoir que saint Louis, le royal instigateur des études, Vincent de Beauvais avec son application passionnée au travail littéraire, Tabbaye de Royaumont avec ses soldats obscurs de la science. Nous nous souvenons que, nous étant arrêté au chapitre intitulé : Du rôle du soufre dam la médecine, nous nous demandions instinctivement quel était le moine qui avait dû rechercher les traditions de la chimie an-
dêrniers venus, toutes choses égales d'ailleurs, ont toiJ^ours l'avantage sur les anciens dans les sciences d'ordre expérimental.
* Par suite de la dispersion de la bibliothèque de Royaumont en 1701, cet exemplaire viendrait-tl de notre abbaye? Cependant, on ne le voyait pas figurer dans les catalogues. Oom Hartène et dom Durand n'en parlent pas en 1713.
cienne à ce sujet et les enseignements de la chimie du moyen âge. Etait-ce Adam de Saint-Leu, père abbé de Royaumont en 1256? Était-ce Robert II, septième abbé, qui gouverna Tabbaye de Royaumont depuis 1258, jusques après la mort de saint Louis? En 1251, frère Guido, frère Nicolas Angelicus', frère Radulphe Bailet, frère Guillaume Lévèque*, étaient religieux de Royaumont. Etait ce leur plume qui avait écrit ce chapitre sur les propriétés médicinales du soufre ? n'était-ce pas eux qui avaient fait les recherches dans les manuscrits et dans les livres ?
Ainsi, dans la deuxième période du treizième siècle, Royaumont, qui était charité, devenait lumière, sanctuaire de science; et c'est dans un de ses bâtiments, dans quelqu'une de ses salles que furent méditées, élaborées, proposées bien des pages de P Encyclopédie du moyen âge. Ce qu'on appelle le cloître joue un grand rôle dans b lieux réguliers des monastères; le cloître était, à proprement parler, le séjour et Thabitation du moine. Âus.^i c'était là que le bernardin de Royaumont faisait ses lectures, ses méditations, étudiait les divines Écritures, s'occupait d'exégèse, de théologie scolastique, d^antiquitè chrétienne et païenne : on pouvait le voir alors gravement assis entre deux colonnes, le capuce ramené sur sa tête. Le Siyeculufn naturale de TEncyclopédie de Vincent de Beauvais a plusieurs chapitres (depuis le xvi* jusqu'au xxu') pour ce que nous appelons aujourd'hui la zoologir, et Ton a plus d'une fois remarqué que cette partie de l'Encyclopédie du moyen âge était fort curieuse, et surtout le livre qui la termine intitulé : De la nourriture^ dM mouvement, de la génération et des humeurs des animaux. C'est peut-être dans le beau cloitre de Royaumont, que le moine, chargé de la préparation de ce travail, avait
* Tous deux moines (Cartulaire de Hoyttummt, 1. 1^.
' Tous deux frères convers (Cartulaire de Royaumont ^ t. I*'].