LIVRE QUATRIÈME
analysé ladmirable Histoire des Animaux^ par Aristote. On n'a pas, de nos jours, une idée très favorable des sentiments des pères bernardins sur Ja culture des lettres et des sciences ; et si Ton étudiait cependant quels fuient les premiers développements des bibliothèques cisterciennes, peut-élre y reconnaîtrait-on, dit un écrivain compétent *, qu'ils étaient moins dépourvus de sens littéraire et de goût pour l'étude et la science, qu'on n'a Tair de le croire généralement. Laissons parler un bernardin luimême : « 11 est sûr, dit-il', que dès les premiers temps nos pères s'occupèrent avec activité de la transcription des manuscrits. Les règlements même qu'ils firent à ce sujet, les privilèges accordés aux écrivains nous prouvent toute l'importance qu'ils attachaient ^ ce travail. Moins soucieux de la forme que du fond, ils s'occupaient moins de lettres enluminées, d'arabesques aux*marges, enfin de miniatures et d'enjolivements ; ils tenaient davantage à la netteté de l'écriture, à la beauté et au fini des caractères; ils ne se contentaient pas du rôle de copistes, ils collationnaient entre eux les divers manuscrits et apportaient à leur correction un jugement et une sagacité auxquels la plus sévère critique ne saurait trouver à reprendre, témoin l'exemplaire précieux de la Bible écrit par un père cistercien*, par l'abbé de Citeaux, écrit de la main même de saint Etienne, et qui se conservait si religieusement à Citeaux avant la révolution française *. »
* L'auteur des Annales d*Aiguebelle.
* Le même. ^ •
* Il est ai\jourd'hui à la bibliothèque de Dijon.
* On n'a qu'à voir le catalogue des livres que renfermait la bibiothèque de €lairvaux ; M. d'Arbois de Jubainville, archiviste-paléographe, l'a donnée dans ses Études cisterciennes. On y verra que, contrairement au dire de M. Libri, les moines bernardins étaient fort loin de vouloir rester étrangers aux chefs-d'œuvre de l'antiquité, à l'histoire de l'Église et du moyen ftge, et à la renaissance des lettres : < Laboureurs, défricheurs de nos forêts, les moines cisterciens, ajoute le docte M. Maxime de Mont-Rond, ancien élève de l'École des chartes, furent souvent encore des hommes d'étude et de science, s (Fleurs numastiques^ p. 35i ) Esl-il besoin de rappeler l'aveu
366 HISTOIRE DE ROYÂUHONT.
De tous les usages des siècles primitifs il n'en était pas de plus suivi que les lectures communes sous lesdoitres^ En tous les âges, les abbés, vivement pénétrés de l'idéal monastique, tinrent à maintenir cette coutume, qui était ancienne dans Tordre cistercien ; et les chroniques du treizième siècle racontent que saint Louis, quand il se trouait à Royaumont, aimait à se rendre à ces lectures du monastère : « Comme un mestre de divinité*,» eipliquait le Psautier eii Fabbaye de Royaumont, quand le roi y était, il s*y rendait bien des fois, dit le chroniqueur, quand il entendait sonner la cloche du naonastère, aux heures qu'on sonnait, a quant les moines dévoient s'as- « sembler pour aler. as escoles ' ; saint Louis venoit à d l'escole et seoit ilec entre les moines ainsi comme « moine, as piez du mestre qui lisoit* et l'ooit* dili- €( gaument. Et ce fist le benoiez Rois par plusieurs ton *. >
Un double attrait d'édification et de lumière s'attachait à ces lectures en commun, à ces leçons studieuses qui avaient lieu dans le cloitre de Royaumont. a On y voyait
fait par tous les érudit^ compétents ? « Quiconque est ayec la ci?ilisatica. dit H. Litiré, de l'Institut, doit être à cette époque (du moyen-àge) <^ l'Église et avec les moines, milice de l'Église, v (Journal des Savautt^ 1S6'2 1". 1863, à propos de l'ouvrage de M. de Montalembert sur les moines.) M. Guitt dans son Histoire de la civilisation en France, dit au tome l*', p. i36 a L'esprit humain proscrit, battu de la tourmente, se réfugia dansiez églises et dans les monastères, jusqu'à ce que des temps meilleurs lui permissent de reparaître dans le monde. » — Enfin M. Migne^ajoute : c L'espn! n'avança point, mais il se débarrassa de sa récente barbarie et nrpr>' possession de ses anciennes connaissances. C'était beaucoup. >^ 'btn>) p. 151.)
^ Les premières constitutions des chanoines de Saint-Victor •-' Paris , la Vie de saint Vitalère, abbé de Meitros en Ecosse, la Vie à saint Pierre, archevêque de Tarentaise, enfin un canon du concile tn-à Meaux, en 845, attestent qu'il était ordonné aux chanoines réguîi^ comme aux moines de se rendre sous les cloîtres pour la lecture en cov mun.
* Docteur en tbéolo^e.
' Conférences spirituelles ou théologiques.
* Expliquait.
* L'écoutait.
*Yoir la Vie de saint IjmUs, par le confesseur de la reine Margutu' édité en 1761, sur lesmanusc., Bibliothèque impériale.