UVRE QUATRIÈME
les supériears assidus autant que cela leur était possible ; on y \oyait des vieillards yënérables, les uns de soixante ans, les autres de soixante-dix, les autres de quatre-vingts ans y courir comme les plus jeunes profès et s*y tenir dans des postures qu'il semblait que leur âge et leurs infirmités ne pouvaient plus leur permettre. 11 y en avait qui, étant aveugles, ne laissaient pas de se rendre sous les cloîtres et ne cherchaient pas dans leur cécité des excuses pour s'en absenter et se retirer dan^ leurs cellules*. Les postulants et les novices qui se mettaient vis-à-vis d'eux en étaient pénétrés jusqu'au fond du cœur^ » Et l'on doit comprendre l'attrait de tels spectacles pour le vertueux monarque; par sa présence il témoignait à la fois et de sa sainte avidité pour la lumière, et de son respect pour cette lumière, qu'il voulait en lui et dans les autres.
Ce n'est pas seulement le cloître de Royaumont qui réveille des souvenirs scientifiques du treizième siècle; les religieux se réunissaient, comme dans tout monastère, à certaines heures, dans la salle capitulaire ou salle du chapitre, soit pour avouer en public leurs fautes publiques, les manquements dont ils étaient coupables envers la règle, soit pour entendre une exhortation, un entretien fait par le révérend père abbé. La salle capittUaire de Royaumont est une brillante pièce dont les voûtes cintrées sont supportées par deux colonnettes gracieuses, au pied desquelles saint Louis s'est assis, comme nous rapprennent positivement les chroniqueurs du treizième siècle; l'élévation de la salle du chapitre mesure 7 mètres; elle est longue de 21",10 et large de 13'",o0: deux portes gothiques introduisaient dans la salle du ciiapitre ; Tune était plus rapprochée du logis de Tabbé, Tautre servait probablement aux moines. La salle capitulaire recevait
* Dom Pierre Le Nain, dans la Vie de Rqneé. Paris, 1134.
principalement le jour, au sud, par deux grandes fenêtres ogivales. Saint Louis vint souvent dans cette sali capitulaire; il y faisait parler d'habitude son secrétaire, inspecteur des études de ses enfants, le docte Vincent de Beauvais. « Et moût de foiz il vint au chapitre de Boyau- « mont quant les moines estoient ilecques assemblei et « se seoient ilecques en leurs sièges; là ou li benoiez (c Rois fesoit proposer la parole de Dieu, et seoit delexua (( piler \ qui est en mi le chapitre, et seoit le saint Roy « sus fuerre' qui ilecques estoit mis, et les moines €( seoient haut sur leurs sièges'. »
Cet ancien chapitre à colonnes * et à voûtes croisées est encore à peu près intact. On n'y voyait alors ni portraits d'abbès, ni de vieux bahuts, ni tapisserie, ni chaises gothiques et fauteuils, ni pendules d'Allemagne. L'abbé et les moines suppliaient saint Louis, quand il y venait, de prendre place aux stalles ; mais le pieux monarque aimait mieux, par un sentiment de modestie et d'humilité, rester assis par terre. « Et ja fust ce que li abbés et le^ moines « le semonsissent et priassent que il alast haut as sièges, (X il ne voloit; ainçois se seoit a terre tant que li sermons « fust finez'. » On restaure, de nos jours, cette salle capitulaire qui mériterait, à elle seule, un {>èlerinage. Lintérét que saint Louis inspire sous le chêne de Vincennes quand il rendait la justice, n'^t pas amoindri à Royau* mont quand il s'assied sur un peu de paille fraîche à côté de l'une des colonnettes gothiques, pour écouter dos dissertations scientifiques ou des discours de piété et <l? morale. Là donc écoutait celui qui ne laissa pas tomber
' Derrière un pilier.
* Sur de la paille fraîche.
' Vie de saiiU IjouiSt pai* le confesseur de la reine Marguerite, p. '^^' édit.de 1761,
* Deux colonnes, ayant, chacune, uue circonférence do S»,!©, partie'* la salle capilulaire en deux nefs. Ces colonnes ont S",80 de hauteur de 1* }j:tse au chapiteau.
' Vie de saint Ijouîè^ par le oonf., etc., p. 359.