LIVRE CINQUIÈME
splendeur de Royauiiiont. Raconter quelle quantité de vie, quelle vie riche coula dans les veines de Thumanité, à tel point de l'espace et du temps, tel est le vrai rôle de l'historien. S'il n'y avait qu'à enregistrer la mort, qu'à mentionner ce qui sembla vivre mais ne vécut pas, ce ne serait plus respecter la dignité historique, ce serait usurper la fonction des conservateurs de cimetières. L'histoire est plutôt une physiologie qu'une statistique. Complète extension de Royaumont soit sous le rapport intellectuel, soit dans l'ordre de la vie spirituelle, soit enfin au point de vue temporel et territorial : tels sont les faits qui se déroulent à nos yeux depuis l'année 1260 jusqu'au premier quart du quatorzième siècle.
Louis de France, fils aîné de saint Louis, né le 21 septembre 1243 (d'autres auteurs disent le 25 février ou 24 mars 1244), baptisé par Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris, faisait de brillantes études sous la direction de Vincent de Beauvais, et l'on va voir que Tabbaye de Royaumont devait accorder à ce prince une longue hospitalité. Au retour de la croisade, saint Louis avait remarqué bien des êtres disparus : son admirable mère, c< la dame des dames de ce monde, » comme l'appelait un contemporain S son frère, Robert d'Artois, et la plupart de ses bons chevaliers n'étaient plus'; les désastres de l'expédition d'outre-mer, le regret d'avoir quitté l'Orient sans que le but de la croisade fût accompli, toutes ces choses étaient de nature à assombrir l'horizon. Toutefois de douces espérances s'étaient mêlées à ce triste fond de tableau; le monarque possédait, à n'en pas douter, l'affection de tout son royaume ; et l'héritier présomptif de son sceptre, dodle élève de Blanche de Castille ', alors à peine figé de onze
*■ Matthieu ParU, dont les jugements sont quelquefois rigoureux envers eUe, p. 274, B.
* Le confesseur de la reine Marguerite parlant de Blanche de Castille dit : c Ce courage dliorome qu-elle porta dans un cœur de femme. > P. 64, A. -^ fltaHàfeiEiMisée aussi de Matthieu Paris : < Magnanima igitur
ans, faisait présager à la France, dès Tannée 125é) un digne successeur d'un monarque glorieux. Les lois générales de la monarchie s'opposaient à ce qu^on pût tenir fief ou suzeraineté avant l'âge de vingt et un ans accomplis. Néanmoins depuis la mort de la régente et quand saint Louis était encore en Orient, les actes de Tadministralion royale s'étaient rendus au nom du jeune prioc« Louis de France, qui gouvernait sous la tutelle de ses oncles, Charles et Alphonse ; une rare maturité d'esprit, une sagesse précoce, une aptitude extraordinaire avaient disposé les barons et les pairs du conseil à cette exception.
Depuis le retour de la première croisade, il ne se présenta quHm seul événement considérable; on venait de signer le traité d' Abbeville en 1259. Louis IX avait consenti à quelques sacrifices territoriaux du côté de la Saintoniie et de la Guienne ^ Henri III d'Angleterre renonçait, de son côté, à ses prétentions sur la Normandie, l'Anjou, le Maine, le Poitou, la Touraine. C^est sur ces entrefaites que le monarque avait arrêté les bases du mariage de son neveu, le comte Robert d'Artois, alors âgé de dix ans seulement, avec Amicie de Courtenay. A ces fiançailles, à b signature de la paix et à la proclamation d^un grand tou^ noi, le roi de France ajouta un autre projet qui allait attirer lattention de l'Europe. Louis de France venait d'être fiancé à Bérengére de CastiUe, sa cousine ; lien nouveau qui cimentait la paix, quoiqu'il ruinât ou é\o\f^ les espérances de Henri III sur la CastiUe.
Le jeune prince n'avait guère que seiie ans lorsque b pensée de cette union, depuis longtemps méditée, fut définitivement mise au jour en l'année 1259; et M^ phonse X, à cette occasion, envoya à Paris don Sanchf<
Biancbia sexu fœmina, consilio mascula, SeiDirami merîto oomparaL valcdicens seculo... v P. 832.
*■ Plusieurs historiens ont vivement blâmé cette concession fattf •• * Anglais. M. Guizot [CivilUatian en Europe) l'atténue, en indiquant la i^»'morale qui inspira cet acte.