LIVRE CINQUIÈME. 28i
mais l'autre moitié du chemin...? Saint Louis -était de ceux qui pensent que c'est à Dieu à la faire en venant audevant de nous ; telle était sa doctrine religieuse. Saint louis estimait que, pour la prière vraie, efficace, vivante, l'homme ne doit pas tout tirer de son fond ; que Thomme, tHre éphémère, plus fragile que la fleur des champs, doit avouer ici-bas sa dépendance, se défier de son propre orgueil, et en appeler à la force des forces. Saint Louis priait, parce que prier, c'est le commencement de la bonne vie, c est êlre prêt à bien vivre', et attirer en soi, pour bien vivre, les célestes effluves. La manière de prier de saint Louis, cette absoption parfaite de sa personne lorsqu'il se metlait en communication d'âme avec rinfini, procédait de sa foi. Saint Louis est un de ces types de catholique assez rares ; il avait tout à la fois la religion naïve et la religion virile. Le don de la croyance brilla dans cet homme, tout a la fois avec les caractères de la spontanéité, de la forme réflexe, et de la ténacité indomptable. On ne peut pas mieux représenter le beau côté du moyen âge. Il y avait une forte raison dans le fils de Blanche; il s'était nourri de la moelle des grands docleurs, sa foi était science, sa science devenait foi, en H-
* Un livre paraissait récemment à la libraire Michel Lé?y, intitulé : leg Troie fUfes de h Bible, par M. Ilippolyle Rodrigues. Le fond de ce livre, le voici : le Judaïsme, le Christianisme et le Uaho'métisme doivent finir par se réunir dans le Déisme, c'est l'espérance de l'écrivain : H La question religieuse ou la religion moderne, est à peu près fixée, dit-il, sauf les nouvelles formes du culte. On ne reconnaîtra, ajoute-t-il, à la prière que la vertu d une intention et peut- être d'une promesse. » (Sixième aux Mahométans, avant-propos.) On mesure ici l'abîme qui sépare le treizième siècle du dix-neuvième. — Nous sommes aujourd'hui tout indivirltialisme et êubjectivisme. Nous croyons qu'en religion, le tnoi, c'est tout. Le culte est uniquement subjectir. Ce n'était pas la croyance de saint Louis : a religion complète, selon lui, était à la fois subjective et objective. De Tiôme que la religion de la famille n'est pas une abstraction, et qu'elle ril des caresses distribuées au foyer, à des êtres vivants, de même, selon ^int Ix>uis, la prière, est une application à Dieu, au moyen d'une rei^ion objective et de formules explicites. A force d'épurer son culte, le ''rançais du dix-neuvième siècle tourne au nuage creux de l'Allemagne, et lu nihilisme.
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\rant passage aux électricités de l'infini au fini ; et ensuite sa Toi devenait prière. Cet homme, très-conséquent dans sa logique, n'avait garde d'arrêter Timpulsion partie d'en haut, et d'intercepter Dieu..., il n'importait par quel cristal passât l'électricité céleste, l'essentiel était de recevoir en soi le divin rayon. Il était de l'avis des grands esprits de son temps, d'Albert le Grand, de saint Thomas d'Aquin, et de Vincent de Beauvais; il était convaincu que la science, loin de nuire à la foi, ne peut que la fortifier, et que les ténèbres seules, c'est-à-dire les fausses croyances, sont dissipées par la lumière ; il était persuadé avec Tincent de Beauvais, que « la description des phénomènes de la nature, leur explication par leurs causes, leurs propriétés, leurs effets, leur contemplation poétique, religieuse et philosophique, étaient tout autant d'hymnes à la gloire du Dieu créateur S d
Le Christ était tout pour saint Louis ; c'était l'alpha et l'oméga des choses, le Verbe éternel, qui est latent au fond de toute raison humaine ; nous ne pensons que par le Christ, qui est la substance de toute pensée, en tant que Logos éternel ; il est, sous une forme mortelle accommodée à nos perceptions, le revêtement de la vérité. Le Christ était donc pour saint Louis rexplication Ai tous les problèmes de Tesprit et du cœur, de la vie et de la mort,*de la nature et de l'histoire; le Christ était le maître suprême, le juge de tous, le président A< toute existence, s'imposant au gouvernement de toutt vie d'homme ou de femme; saint Louis voyait dans Jè<u>' Christ le lien, le moyen terme, le passage du fini è Tinfini, de la corruption à la sainteté, de la faiblesse à L force éternelle. On doit se rappeler cette foi humble^ lumineuse et invincible de saint Louis, pour comprendr rachamement si beau de sa piété, qui se résolvait. -
^ ÉituUi sur Vincent de BemwaiSf par Tabbé Bourgcat; t856, p. 42.