LIVRE CINQUIÈME. âSS
Tabbaye de Royaumont, en prières multiples, en oraisons abondantes, en heures nombreuses consacrées à la récitation des divins psaumes. Arrière! aurait crié saint Louis a nos programmes de négation rationaliste et' à nos théories à nuances, dans lesquelles nous accordons au Christ d^une main l'auréole divine, que nous lui ôtons de l'autre main. Lui qui avait les habitudes psychologiques propres nux âmes saintes et méditatives, il aurait demandé où Ton trouvera une proportion plus adéquate, qu'en Jésus Christ, entre notre idéal divin et une personnalité historique; où, une expression plus parfaite des rapports appelés par le genre humain entre le fini et l'infini. La nature de saint Louis, sa force d'esprit, ses antécédents, l'équilibre de ses passions, sa sérénité intellectuelle, lui donnaient une aptitude particulière à sentir vivement et profondément les faits et les données de la sphère théologique ; et ce grand homme, qui était si familiarisé à la contemplation du caractère, de la physionomie et de la perfection morale de Jésus-Christ, et qui ne séparait pas les abstractions métaphysiques du dogme sur le Verbe d'avec les faits concrets de Bethléem, de Nazareth et du Calvaire, toute sa personne se serait révoltée devant le scandale d'une restriction quelconque de langage portant sur le degré divin de Jésus^ sur la manière de se figurer l'incarnation du divin en Jésus. Sans amphibologie et sans subtilité, saint Louis adorait son Dieu dans le héros couché sur la croix , qui pardonna en mourant à ses bourreaux ; il saisissait, comme par une intuition immédiate, l'existence surhumaine qui reluit dans la vie et dans les discours de Jésus.
Saint Louis était donc l'homme de la foi par excellence; d'autres rois pourront avoir ses bonnes intentions (il y aura un Louis XVI), mais nul ne sentira autant que lui la toute-puissance intellectuelle et la toute-puissance morale du Fils de Marie; nul n'aufa été autant pénétré
que lui, de voir Jésus réunir toutes les idéalités, Vinspiration de tous les prophètes, la sagesse de tous les philosophes, le génie de tous les poètes, la pénétration de tous les moralistes, la grandeur de tous les caractères. De là sa profonde vénération pour Tinstrument du supplice du Christ ; la croix était une religion pour saint Louis ; le respect qu'il avait pour ce signe symbolique k portait, lorsqu'il rencontrait devant ses pas des croix gravées sur des pierres tumulaires, à se détourner pour ne point les fouler aux pieds. Il introduisit dans sa chapelKet dans plusieurs églises Tusage qui subsiste encore aujourd'hui de s'incliner à ces paroles du symbole de Nicée, ou du Credo : Et homo factus est^ comme aiis^i de se prosterner à ces mots de Tévangile de la Passion : Inclinato capite, emisit spiritum^. Si saint Louis avait vécu dans notre âge de sceptiques, où je ne sais quel pv sitivisme philosophique, brouillant toutes les notions sur la personnalité en Dieu, dénature l'ancienne el universelle idée de Dieu, pour ne plus croire à d'autre Dieu qti*. l'homme, à l'humanité, à l'univers sensible et à ses ioi> physiques, si saint Louis eût vécu dans un temps d*une pareille incohérence intellectuelle, il aurait signé, a\ii' l'élan de son âme chevaleresque, celte formule de croyam e échappée à l'un de nos bons éçriyains : « Voici tantôt deu\ mille ans que la foule se presse aux autels d'un Dieu incarné) crucifié, ressuscité, d'un Dieu quia subi l'immilKttion de se faire homme pour racheter et purifier la natr.i ^ humaine; à sa place, quel Dieu nous proposez-vous? Al lieu d'un Dieu qui s'est fait homme, Thommc mùme dv\.i vous faites un Dieu! Celui-là, certes, ne fera pas de luiracles et ne ressuscitera pas; il demeurera, j'en répond-. dans le naturel, c'est-à-dire .dans la misère et dans l. mort. L'individu, dans cette nouvelle religion, pourra on.
* Histoire de êaint ïjnui, par Faurc, t. I, p. 500.