‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 153 sur 288 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

l'objet de son propre culte ; seulement radoration qu'il s'accordera, tous les autres s'accorderont à la lui refuser. Tant qu'il restera dans le monde une page de Bossuet, de Fénelon, de Pascal, les hommes n'iront pas plus au temple du Dieu-humanilc qu'à celui de la déesse Raison. Toute religion qui ne vient que de Thomme et ne retourne qu'à l'homme, est mort et néant. Voilà pourquoi, si vous voulez le savoir, nous.adorons dans Jèsus-Christ,*non le beau prédicateur de quelques vérités morales, mais le crucifié et le ressuscité, et pourquoi ïious l'adorerons toujours* ! »

Parmi les chapelles qu'on vénérait dans l'église de Royaumont, l'histoire cp signale deux dont l'une fut chère à saint Louis, et l'autre à la dévotion des populations croyantes de la contrée; c'était la chapelle de Sainte-Agnès et la chapelle de Saint-Sulpicc. Des raisons de spiritualité et de foi expliquent le grand concours qui eut lieu pendant plusieurs siècles, et jusqu'en i789, à ces deux chapelles de Sainte-Agnès et de Saint-Sulpice. Les souverains pontifes avaient accordé à ceux qui visitaient deux ou (rois chapelles de RoyaumonI, pendant le carême, la faculté de participer aux faveurs spirituelles qu'ils eussent [gagnées, s'ils eussent été à Rome même pour faire les stations à Sainte-Agnès*. Une autre largesse, d'ordre spirituel, ne contribua pas moins à confirmer la dévotion lopulâiredupays à saint Sulpice. Les prélats, assemblés à a dédicace anniversaire de l'église de Royaumont, concèlèrent quarante jours de pardon à tous ceux qui visiteaient l'église de l'abbaye, les jours de la fête de Sainlkilpice , de l'Invention et de l'Exaltation de la sainte lioix '. Toutefois des raisons spéciales valurent aux

* H. s. de Sacy, à propos du livre de M. Guizot : MMtaiions sûr V étal :tHel de la religion cltrétienne ; Journal deê De'baU du 1" août 186G.

* Voir ieCarkilaire de Royaumont et l'i4^/'^(^^dcGaigniéres. ^ Sous le pontificat de HarUn V.

deux chapelles de Saînte-Âgnès et de Saint-Sulpice de Royaumonl , la \ogue pieuse dont elles jouirent longtemps. L'une était la chapelle de la dévotion royale, Tautre la chapelle de la dévotion populaire, toutes deux, la révélation d'un sentiment. Un tableau d'un peintre du dishuitième siècle à Versailles représentait saint Lomseï prière* , avec une belle gloire d'ange. Le peintre a oublié de faire entrer dans sa toile l'image de sainte Agnès, et a méconnu par là un des secrets de l'âme de saint Louis. Cette nature d'âme est une des plus chastes et de plus pures qui aient été, et ce fait donne la clef des événements d'ordre intime qui avaient lieu à Royaumonl. Le nom seul de cette jeune fille' de quatorze ans, qu( l'Église a placée sur ses autels , le nom de cette jeune R» maine qui vécut et fut martyrisée vers Tan 262oubitï. 303*, et qui devint martyre de la virginité et de la pu deur, son nom seul embaumait Louis IX, et Tattirait ver> la pratique religieuse. Mais, tandis que saint Louis vêor rai t, dans la personne de sainte Agnès, son propre id'i<! de pureté et de dignité des mœurs, les habitants du czsS.^de Beaumont, d'Asnières, de Viarmes et des pays circonvoisins étaient attirés vers Saint-Sulpice par un s^^* timent puisé dans la reconnaissance du cœur des mens La légende racontait que le saint du septième siède.pVu de charité et d'entrailles, et doué d'un grand crédit aupn^ de Dieu par sa piété, avait ressuscité un jeune enfan' mort de faim et de froid ; de là, la confiance populaire

' Tableau du peintre Lemoine qui se voit encore à i'êgiise Saiot^Looi^ Versailles.

• Agnéê, c'esl-à*dire agneau en latin, et chasle en grec. Agun /<'* Agnam tignifical^ grasee castam ; erai quûd vocabatur. (S, il«f vttL ^'^ ccLx&iit, cap 6.; Selon le docte archéologue Maizochi, Agnès vient du .- V. son Calendrier de Végliêe de Napiet.

^ 11 y a divergence d'opinions sur la dale de ce marlyt^. Barooiu:' boUandtstes, Gorsini, Nibby et Bartolini, la placent, les uns sous Dialr et Maximin, les autres sous Aurélien, les autres dans les preniièrr$t&*' de Constantin. (Voy. leê Acteê Ou martyre de sainie AgnèM^ p»r BartoJS

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Tous Iqs ans avait Heu, à la chapelle Saint-Sulpice, un pèlerinage qui s'est perpétué jusqu'à nous ' ; les mères viennent apporter leurs petits enfants et les placer sous la protection du saint. On voyait, à cette dévotion qui avait lieu le 19 janvier, et ensuite le dimanche après TAscension, dans Téglise de Royaumont, quatre et cinq mille personnes. « La fêle duquel (saint Sulpice), dit un auteur « du dix-septième siècle, se célèbre tous les dimanches ce des octaves de l'Ascension de Notre- Seigneur, auquel a jour il y a grand concours de peuple dans l'église de a céans pour impétrer les grâces de Notre-Seigneur par « les mérites de ce grand saint *. »

Saint Louis connaissait-il les écrits de saint Ambroise et les poésies de Prudence ', qui fut l'historien de sainte Agnès? Sans aucun doute, puisque les contemporains ont raconté combien le saint roi était versé dans les lettres sacrées et dans les écrits des Pères de TÉglise. Il n'ignorait ni Véloge que saint Ambroise avait fait de la sainte dans son livre des Vierges^ ni l'hymne de Prudence, écrivain du même siècle \ On sait que les vers de ce chantre illustre des premiers martyrs ont toute l'exactitude et toute la valeur de l'histoire '. Néanmoins on se demande

* Aujourd'hui l'église de Royaumont étant détruite, le pèlerinage relatif à saint Sulpice a lieu à Téglise d'Asnières, également le dimanche, entre l'Ascension et la Pentecôte; les reliques de saint Sulpice furent transportées à Asniëres, après la vente de l'abbaye.

* Gaignières, Abrégé du Cartulaire de Royaumont, Bibliothèque impériale.

' Ruinart, Aci. sine, SS. NH. p 402, édit. Veronen.

* Aurelii Pinidentii, llymnus de Martyrio S. Agnetis. (Ex libro IIc^l srifstvwv, iiv.)

Pas plus au treiiième siècle qu'à l'époque dedom Ruinart, on n'avait encore retrouvé l'élégante épigrammc que le pape saint Damase avait fait graver sur la tombe de sainte Agnès ; il n'existait alors, dit Bartolini, que dans le manuscrit du Vatican d'où Serazano Ta extrait pour le faire publier, en 1G58, ovec d'autres poésies de ce ponlife.

' Saint Jérôme (du quatrième siècle et première période du cinquième), dans la Lettre cxxx à Ùemélriade; Sulpice Sévère (mémo époque)* dans un de ses Diatogues. II, p. 593; saint Augustin, dans son Sermon ccLxxni et dans le Sermon cccliv (Serm. ad populum, m classia, scilicet Serm. de Sanctii) }

si ce sont les religieux de Royaumont qui dëdièreot spontariément une chapelle à sainte Agnès, ou bien si l'initiative partait d'un désir du monarque fondateur de l'abbaye, interprété par les religieux. La tradition a tranché celte question sans attendre que l'assiduité du saint roi à la chapelle de Royaumont révélât tout l'attnit que rhisloire de sainte Agnos * avait pour Louis IX. Le^ particularités qui précédèrent le martyre de la jeune Romaine, I9 confession de sa foi, la passion du fils du préfet de Rome pour Agnès, origine des épreuves. qu*eul à subir la sainte, les circonstances dans lesquelles fut révélé son vœu de virginité et d'où il advint que h jeune fille fut livrée au juge et aux licteurs ; cet ensenibkde faits avait pénétré saint Louis ', et ce fut pour donner satisfaction à un désir positivement exprimé par la piêk

saint Maxime, évoque de Turin [cinquième siècle}, dans une de ses lloa»lies [Serm. li, in Natali S. Agnetis); saint Grégoire le Grand (ô90-^i dans son Homélie xi sur l'évangile de saint Mathieu, cli. xin. v. Zi-^^i prononcée dans la basilique de Sainte-Agnès; Venanlius Uonorius Clefm "tianus Forlunal (même époque], au livre III de sa Vie de saint liafftin - Tours; saint Adelm, premier évêque de Slierbum chez les Saxons cordentaux (mort en 709], dans le cli. xxv de son opuscule de fjmauçe é( -* virginité; le vénérable Bcde, du milieu du huitième siècle, dans son 1i:tyrologe; Hoswita. religieuse bénédictine de Graindersheim, «laiis la h ^' Saxe (qui llorissait au dixième siècle\ dans son poëme sur les Ai-te<> sainte Agnès; llildebert, né dans le Yendômois (du douzième siècle . '-, occupa tour à tour l'évèché du Mans et l'archevêché de Tours, et qui ^ laissé un petit poème en vers êlégiaques sur les Actes de sainte Agtit^ tous ces auteurs ou presque tous, que Bartolinî a cités, étaient famili^Ts saint Louis, et c'est là, sans doute, qu'il avait découvert ce type de v^desiie céleste dans une jeune enfant. Du reste, le prince des tttêolof x*^ saint Thomas d'Aquin, avait une dévotion spéciale à sainte Agnès; il ai 1 ■ rillustrc martyre avec une grande tendisse et se recommandait à interce^sion efficace; il portait toujours sur lut une précieuse relique <.v sainte Saint Louis, qui aimait à s'entourer des grands esprits, voyait ^ vent saint Thomas. La dévotion à sainte Agnès ctait-elle passée du Dix' angélique au fils de Dlanclie de Caslille?

* Depuis la mort de saint Louis, la chapelle de Sainte- Agnès s*a|k{chapelle Saint-Louis en mémoire des heures, si nombreuses, pendant •quelles le bon roi s'y était agenouillé; elle était située au Iranssept be|>' trional de l'église.

' a Saint Louis, dit Pierre Le Nain, avait accoutumé d'aller r devant l'autel de Sainte-Agnès.» [Histoire été Uteayx, I. Xï. p. i.. Tillcmont dit aussi : a Quand saint Louis était à UoyauœonI, iJ ta.^

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