‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 154 sur 288 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

royale, que les religieux de Royaumont mirent sous Tinvocation de sainte Agnès une des chapelles de leur basilique. « Le dict saint Louis portait tant de dévotion à « sainte Agnès, a écrit un des visiteurs de Royaumont « en 1GU4, qu'il voulust que son oratoire (la chapelle où « il priait dans Téglise de Royaumont) fust dédié soubs a son nom, quoique depuis on l'ait appellée la chapelle « de saint Louis*. » Les règles de Citeaux proscrivaient -sms doute les peintures de leurs églises, parce qu'ils voulaient que leurs temples se distinguassent par Taustérité et la simplicité. On a déjà vu que, par suite de la munificence du roi et des princesses, le chapitre général de Cileaux crut devoir infliger, du temps de saint Louis, une critique au monastère de Royaumont à cause des peintures admises dans son église. Toutefois, comme exception, il est de toute probabilité qu'on avait une image quelconque de sainte Agnès, une copie des antiques peintures représentant la sainte d'après lappai-ition miraculeuse dont les parents d'Agnès furent gratifiés après son martyre. La jeune suppliciée se présentait à ses parents entourée d'un chœur de vierges, velue d'une robe tissue d'or et tenant à ses côtés un agneau blanc comme la neige *.

Combien la diversité des attractions était marquée jusque flans les nuances de la dévotion royale et de la dévotion popuUnre! Les masses du treizième siècle n'arrivaient pas aux finesses de la pénétration d'esprit; elles ne descendaient pas aux subtiles délicatesses du sentiment. Le bon ùveque de Rourges avait été admirable par sa charité; il

optlinaircmcnt ses prières devant l'autel de Sainte-Agnès, qyi porte auJCHrifitui son nom. » Ue de saint ÎjouîSj 1. 1", p. i95.

• Mnnuscril de la I{iblinthèquc impériale : Gaignières, dans son Abrt^gédu Cariulairede Iloyaumont.

* Molanus, IlUtoire des saintes images, lib. \\\, cap. vi, p. 2Ô7. — H y a, dans fa messe du 28 janvier, seconde lètc de sainle Agnès (liturgie romaine), CCS mots : Stans a dextris ejus agnus nive candidior,

uvait fait du bien, et la puissance lui fut donnée du ciel en faveur des enfants. Voilà pourquoi les sympalhies féminines pour cette dévotion. On s'explique le naïf besoin qui poussait les populations du fieauvaisis et de rUe-de- France par milliers, à Royaumont, le 19 janvier; lafcwil^ secourable^ tel était Tidéal de ces populations ^ Et, pour saint Louis, ce qui le séduisait, ce n'étaient pas le renom et le fracas extérieur qui s'étaient attachés à la mémoire de sainte Agnès; ce n'étaient pas les chants lyriques de Prudence devenu le poète des glorieux combats des athlèl« du Christ; ce n'était pas la basilique célèbre élevée à Rome par Constantin en l'honneur de sainte Agnès ; ce n'étail pas cet entraînement qui porta plusieurs Romains à vouloit reposer, dans la mort, aux côtés de la tombe de sainte Agnès dans le champ de sa sépulture, sur la voie Numantane; la dévotion de saint Louis avait plus de profondeur. Un écrivain de ce siècle a rendu à la mémoire du sainl roi un de ces jugements équitables qui donnent la clef du mystère. « Avant la révolution, dit-il, l'Académie françai<i faisait prononcer chaque année, au 25 août, un panégyriqi^t de saint Louis; et cet usage avait été repris après 1810 Louis IX est celui des rois de France qu'on a le plus lou» et qui méritait le plus de l'être : parmi ses vertus on doi surtout remarquer celle passion pour la justice qui Tanim constamment, ce respect pour la vie des hommes^ dont i donna tant d'exemples au milieu des dangers et qu\-ï Irouve si rarement chez les maiires de la teiTe. «llï»'' « souvent, dit Joinville, son corps en danger et avenli' a de mort pour le peuple de son royaume. » Ce qui n'ini " ressait que lui ne pouvait l'émouvoir, ce qui inltTCS^Htl religion et le bonheur des peuples relevait au-dessus * toute crainte et de toute considération. Dans les cin» ' stances où la justice ordinaire cède aux intéréls de It-

* Consulter, quant à saint Sulpice, les Acta sanctorum des bolbuû^ -

Page 1