LIVRE CINQUIÈME
il ne consulta jamais que sa conscience; et celle probité scrupuleuse a frappé le monde d'une si profonde admiration, que les publicistes les plus hardis n'ont pas encore osé juger ses actions par des règles contraires à l'équité qui les inspira*. » La préférence accordée au culte de sainte Agnès n'achèverait-elle pas l'explication de la haute personnalité de saint Louis? Voir le monarque habituellement agenouillé devant cette chapelle de Royaumonl est plus expressif et plus révélateur qu'une longue page d'étude psychologique. La jeune Romaine, ayant fait une promesse solennelle à Dieu , comprenait que de telles avances ne sauraient être vaines, parce que l'idéal de la justice était profond et fort dans cette âme tendre et invincible d'enfant. 11 plut au fils de Symphronius, préfet de Rome, d'éprouver pour elle une passion qu'elle ne pouvait partager; elle résista aux flatteries, aux séduc- ' tions, aux menaces, au bourreau. Elle meurt, mais elle meurt juste, fidèle à sa parole et à son idéal. Force dans la faiblesse, attachement à Dieu par-dessus les choses éphémères, amour de la justice jusqu'à la chasteté; chasteté, parce que cette fleur suprême de la vertu humaine va se perdre et se confondre dans une idée transcendante de justice : c'est ce que saint Louis vil dans sainte Agnès, e'est en même temps le secret de sa dévotion à la sainte. Le 19 et le 21 janvier voyaient chaque année un double concours à Royaumout. Le 19, des flots de peuple cnvaliîssaient la vaste net et se pressaient autour de l'image de saint Sulpice : on exprimait des demandes pour les besoins matériels de la vie. Le 21, Louis IX se glissait, silencieux et solitaire, à la chapelle Sainte-Agnès pour y demander la justice dans son triple aspect, justice envers Dieu ou piété, justice envers les peuples ou sage applic»f ion du droit, justice envers soi-même ou chasteté. Une
* Un des coUabora leurs de Michaud.
202 HISTOIRE DE ROYAUliOM:
page de saint Âmbroise résumant le drame de la sainte, brillait devant, la pensée du monarque méditalir. « De quelle terreur, dit l'archevêque de Milan, le bourreau menace Agnès pour se faire craindre! que de caresses pour la persuader ! quelles magnifiques promesses pour obtenir sa main ! Mais la jeune vierge lui répond : « Cesî une injure faite à un époux que de lui différer nK*n amour; celui-là m*aura pour épouse qui, le premier, m'a choisie. Que tardez-vous à me frapper, licteur? Péris>» ce corps qui peut plaire à ces yeux dont je refuse le sourire! » Elle s'arrête, elle prie et courbe la tète. Vous eussiez vu trembler le bourreau comme si c'eût été lui 1-j condamné; sa main hésite, sa figure pâlit à la vue «in supplice d'aulrui, tandis qu'Agnès est impassible au milieu de ses propres tortures. Voici donc dans une scu.« victime un double martyre, celui de la pudeur et celui «! la religion'. » Après avoir lu ces pages, on compri^i. que saint Louis ait trouvé son idéal dans celte jeune mar tyre de la fin du troisième siècle, et qu'il ait ^e^selll d'une manière éminente l'enthousiasme qu'cprouvèrti.f dès les premiers âges, les habitants des rives du Tilqui élevèrent la basilique de Sainte-Agnès sous les nav de Rome.
Outre ses chapelles renommées, la belle église de Roy: mont fut illustrée, dès les premiers âges, par de ur breuses et précieuses reliques, dont une partie devait tir égarée plus tard par le malheur des guerres civiles et • guerres étrangères. Saint Louis donna des reliques o. vraie Croix et de la sainte Couronne *. On avait une reli* •» de sainte Agnès*. En 1240, Charles, empereur des Homa
* s. Ambrosii, ex lib. I, r.'e Virginilms ad hiarceUinam iororem^ c^f^
* Elles remplissaient deux croix d'arp:ent. Y. Inveniaire de* rri'^* cil 1090. Gui^rnièrcs : manuscrils Richelieu.
'Gaigiiières menlioniic « le broê de Sainte- Agnès, cncliass'* «li* cristal. » « Son corps, dit un critique moderne, est toujuurs i*!*^! • • basilicpie de lu voit Nuinantanc. Mais sa Kte, qui était tombce sous le .