‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 157 sur 288 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

breux pour enrichir de reliques les églises des principaux monastères de la chrétienté. Plus favorisé que de puissantes villes, Asnicres put envoyer à Tabbaye de Royauniont le corps entier d'une de ces vierges dont le nom, aussi miraculeusement conservé que les ossements, venait donner à la France une glorieuse part dans ce bienheureux

massacre V

On marcha processionnellement d'Âsnières à Royaumonl; le vénérable évoque d'Évreux s'était joint à Tarchevèque de Rouen pour rehausser la pompe de la cérémonie. Au monastère de Royaumont, attendaient, avec les religieux, le très-révérend père Robert, abbé du monastère, Tévêque de Beauvais, Guillaume de Grès, enfin le père abbé de l'abbaye de Clairvaux, Jean V\ qui avait commencé par être moine de Saint-Denis et qui, entré dans l'ordre de Citeaux, fut élevé au siège abbatial de Clairvaux ; il devint ensuite archevêque de Mytilène. L'église de Royaumont reçut le corps' de la sainte avec des honneurs considérables; l'archevêque de Rouen célébra pontificalement la messe, et le révérend père abbé de Clairvaux, prononça un discours conforme à la circonstance. Celle grande journée produisit une impression si vive, que Tarchevéque de Rouen crut en devoir consigner le souvenir dans son Regestrum^ avec un soin tout particulier. C'était pour lui autrement important que d'avoir vu une lettre, un autographe de Charlemagne, ou un manuscrit sur lequel Abailard aurait copié quelques versets de la Bible'.

On trouve dans ses notes la relation suivante: <x Ann. 1260, F. non, octobris. « Deportavimus, nos, una cum Domino «t Rege et venerabili fratre nostro episcopo Ebroycensi « (Evreux) processionaliter, astantibus multis nobilibus

< Ainsi s'exprime M. Bonin [d Êvreux), dans TiiUroduction du Hegestrum visiiationum arcliiepiscopi Rhotomagcnsis.

* Galiia chrisliana, iv, 806. Dom Bouquet, xxi, 581.

' La cathédrale de Sens, riche en choses précieuses, a un de ces manuscrits*

398 HfSTOlRE DE ROYAUMONT.

a et aliis, ossa cujusdam virginis, videlicet unius ei unc( deciitt millibus virginum quas nominatur Barga, de a AsneriisadabbatiamRegalis-Montis; et nobiscum mulla c( veneratione processionaliter occurrerunt abbates Garsa Vallis^ Reyalis-Montisy et conventus ejusdem loci; ibta dem existenle episcopo Belvacensi (Guillaume d&Grès, « évoque de Beauvais jusqu'en 1267); qui ossa dicly a virginis in quodam scrinio recondita celeberrime rec^ a perunt, et ibidem prœdicavit dictus abbas Clarae-Vallis. « Nos autem, per Dei gratiam, in dicto cenobio, in poo- « tificalibus magnam missam celebravimus ^ »

On célébra depuis, chaque année, à Royaumont, la fètr de Sainte-Berge le deuxième d oclobre, avec permissior. du chapitre général de Tordre de Citeaux.

Mais la grande particularité historique de l'abbaye nai>santé estdansjcette sorte d'unification entre Tabbavect^on fondateur, que les années rendirent de plus en plusélroile. Après que saint Louis eut médité à Royaumont ses croisades, il y réfléchit aux diverses améliorations Gnancières, aJministratives,judiciaires, qu'il introduisit dans le royaume;

il fit accomplir à Royaumont la portion chérie de soi programme royal, qui était le culte, la renaissance dt*^ lettres ; saint Louis venait à Royaumont pour pritr. pour y rajeunir son âme, y refaire les forces que nécessitent le devoir et le furdeau des choses publiques. On>c demande si saint Louis viendra jamais à Royaumont p<A.> y pleurer. Il est si doux de pouvoir pleurer à certain»* heures et de trouver pour les pleurs un lieu propice! Ii 1260, saint Louis va-t-il dire à Royaumont, selon la pan» d'un poète : « Marchons à Tavenir par-dessus les ton beaux', » lui qui plus que personne, en sincère chrêtin. savait et sentait que « mourir, c'est achever de nailre*'

* hegent, visitationum^ p. 353.

^Parole de Gœtlie, parole de courage à travers la diflicult<î «ka Xem\-

^ Ce que dit quelque part Shakespeare.

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