LIVRE CINQUIÈME
Des lombes s'élaieiil déjà ouvertes à Royaumont ; la morl avait fait des vides dans les rangs de la famille royale, et saint Louis avait exprimé la volonté que Royaumont donmU Tasiie du cloître à la dépouille mortelle des siens, et devint leur lieu de sépulture. 11 avait perdu plusieurs enfants en bas âge, ainsi qu'un de ses frères, un prince qui avait grandi avec lui, dans la maison de Louis VIII leur père. Le trépas vint embellir l'intérieur de la basilique de Royaumont par la lugubre ornementation des sépultures. Mais si les lombes ogivales ajoutèrent, dès le treizième siècle, à la funèbre décoration de l'abbaye, ce ne fut pas sans coûter au saint roi le plus pur de son sang et de ses larmes. Dans un des angles de l'église de Royaumont formés par les piliers gothiques, couverts « de bannières, d'ex-voto, de verrines en couleurs, avec les armoiries de l'abbaye royale, portées aux processions du soir, » la tète enfantine et coloriée d'un prince en manteau bleu, semé de billettes et de losanges d'or, reposait sur deux coussins de marbre supportés par des anges. C'était le mausolée d'un frère de saint Louis.
Tout autour, se voyaient sculptées en creux des fleurs
de lis et des cercles d'or; puis, au-dessus, s'élevait un/e
rangée d'arceaux ou niches à ogives qui renfermaient
alternativement un moine de Cîleaux couvert de son froc,
et un ange revêtu de la dalmafique azurée aux armes de
France. On lisait en vers latins sur le sarcophage : a Moi
a Philippe, ayant surnom Dagobert', je tends les mains
tf vers vous, ô mon Dieu ! brûlant du désir de retourner
a en voire sein ! Né d'un illustre père (Louis VIII), j'ai
K pour frère et pour roi un autre Louis, et pour mère la
« Né en 1212, er. selon d'autres, en 1222, mort vers 1227 ou 1229.— La gure de Dagobert ressemblait assez à celle de Louis, fils de saint Louis, on surcot avait près du col un appendice formant un triangle allongé ui fermait avec une boutonnière servant à en élargir l'ouverture et donnait, 31* suite, plus de facilité pour le passer. Il avait aussi par-dessus l'épaule ne pièce qui ressemblait assez au chaperon qu'on portail.au siècle sui-
« reine Blanche. Roi des rois, vous qui possédez le dia- « dème éternel, préservez-moi du feu de l'enfer, moi qui « suis de race royale! placé en ce lieu pour servir de jià- « lure aux vers, je m'efforce de ra'étendre vers vous, el c( avec moi se trouve éteinte toute la gloire qui in'al- « tendait! »
Non loin de cette tombe, s'élevaient deux auti'es mausolées d'une plus petite dimension. Le premier renfermait la fille aînée de Louis IX, Blanche de France, flUeule de la régenle, si impatiemment désirée par Marguerite, cl qu'elle perdit en 1243. Ce tombeau consistait dans une simple lame de cuivre émaillé, d'un travail exquis. Repn' seniée comme prête à lancer une paume. Blanche, pour^* livrer plus facilement à cet exercice, relevait sa tunique parsemée des lis de France et des tours de Castille, fipi* rés en losanges par une riche mosaïque. A côté, une tombe exactement pareille renfermait le second fils de Louis, Jean de France, mort en 1247 ; la plaque decui\r^ le costume, Texécution, tout était absolument sennblallt' à la seule différence que le prince portait une sorir . sceptre surmonté de fleurs de lis d'or. Ainsi la main frérc tenait le symbole d'une puissance illusoire el o 1
vant. Ce monument existe encore : on petit le voir à l'ègUsc de S Denis. Voici les épitaphcs en latfii; on y lisait:
Hic jacet Vhilippus cogmmen habens Dagoberii, fralcr S. Im4ùHH, k* monasterii ftmdatoris.
Colle épitaplie n'était formulée ainsi qu'apit^s la canonisation d<' - Louis, au commencement du quator}ièmc siècle. Kt dans un autre endroit ces vers :
Ecce Philippus c^^o cognomen habons Dagobrrli Ad to tendo manus, ad te volo, ChristP, rcv.^rli ; Natus maf^nifico patrc ve'/.e fui Ludovico Wcx meus ot Traler meus Ludovictis Dlanchaqtie mal^r. Rex. qiiifp^na roi^is, regium diadema perenne Me <(obolem régis tuearis ab i.'ne Gehenna». Vermibus liic ponor, oscas cxteiidere c-onor, Et sicut hic ponor» ponitur omnis honor, •