LIVRE CINQUIÈME
de la sœur paraissait arrêtée dans ses jeux naïfs par 1 étreinte glacée de la mort *.
Plus de quinze années étaient passées sur ces tombes; la vie de Louis IX avait été remplie, depuis 1243, de lant d'événements, que le temps avait sinon cicatrisé les blessures paternelles, du moins adouci leur âpreté. Les événements militaires, les expéditions lointaines, les épisodes curieux de cette croisade de 1248, la captivité, le retour en France, le mariage de la princesse Isabelle, l'une des filles de saint Louis, avec le roi de Navarre, l'intervention du roi en Piémont, en Flandre, en Provence, tant d'affaires nouvelles avaient occupé successivement l'esprit de Louis IX. La paix dont jouissait la France permettait à son chef de se vouer à de grandes réformes intérieures : il avait déjà doté le pays de mesures législatives et administratives qui étaient un notable progrès sur le monde féodal. Ce n'était pas ensuite une faible gloire pour un monarque d'avoir donné l'idée et provoqué, grâce à la collaboration de Rovaumont, l'exécution de l'Encyclopédie du treizième siècle, livre gigantesque qui devait contenir les principes de toutes les sciences enseignées dans les universités et dans les écoles théologiques. Le régne de Louis IX était donc au comble de la prospérité; il marchait à l'unité territoriale et à un certain agrandissement de la monarchie; il n'était pas de l'avis des différents barons de France qui protégeaient le morcellement; Louis IX pouvait déjà s'envelopper dans les plis du drapeau de la France devenue grande, homogène, compacte et forte. Et cependant de nouvelles catastrophes,
* Ces deux tombeaux existent. Grâce h M. Viollet-Leduc, on y réparc en ce moment les outrages faits par la révolution.
On lisait sur le loiiibeau de Blanclie : « llic jacet Blanclia exccUcntissimi Ludovic! régis Francoruni, primogenita, qusc in setate infantia} migravit ad Christuni aano graliai 1243. «
On lisait sur le tombeau de Jean : « llic jacet Joannes excellentissimi Ludovici régis Fruncorum iilius, qui in aMate infiUitie migraTÎt ad CJjrislum, anno gralia) 1247.
de nouveaux deuils de famille allaient frapper saint Louis, après Tannée 1259, et assombrir l'abbaye de Royaunionl. Tandis qu'on touchait au moment de la conclusion d une alliance qui devait être une garantie pour les intérêts français, la maison et la dynastie de saint Louis allaient être soumises à de nouvelles épreuves; la famille royale n'échappait pas à la loi commune; le rire d'aujourd'hui ne cache souvent que les pleurs de demain, de même que Ton voit les productions les plus riantes mûrir sur \^ flancs sinistres de ces monts qui s'apprêtent à vomir h fumée, la lave et la désolation ^ C'est que la joie de saint Louis était voisine d*une profonde et prochaine triste>^e. 11 s'agissait donc d'une alliance depuis longtemps projetée pour l'héritier présomptif de la couronne de France. Le traité concernant le mariage entre Louis de France, fils aîné du roi saint Louis, etBérengère, fille d*Alphons^\ roi de Caslille, avait été rédigé selon les formes • : on > stipulait les possessions et les héritages puissants qui devaient retourner à Bérengère; on y faisait les hypn thèses nécessaires; on y avait prévu les diverses éventualités que pouvait entraîner tel ou tel décès dans la f;.mille régnante d'Espagne. Thibaut, roi de Navarre, conil de Champagne, avait assisté à la rédaction et h la signatufî de la convention matrimoniale datée de Paris Tan l^r»» . mois d'août, le vendredi avant l'Assomption. En cvti» année 1259, le chiUeau royal d'Asnières était tout à Fall • gresse et à l'espérance : tandis que Vincent de Beau%?i* avait contribué à l'éducation scientifique du jeune liour^. saint Louis avait dû former en l'Ame du jeune prince *:* caractère viril et royal, « aimant mieux gagner les esi»ï par la douceur et les exciter par la récompense, «jne • faire tout par autorité; doux à ses ennemis et ne p<>u:-
' Ainsi le lacrytna Chrisii mûrit sur les flancs du Vésuve. * Mémoires de M. de Brienne, vol. liiv. Tillemont, oui pièces de mmi nuscrit sur saint Louis, t. II.