‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 161 sur 288 · LITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LITRE CINQUIÈME

Tambilion est d'isoler les funérailles de toute prière chrétienne. Louis IX était à la fois l'homme du réalisme et de la prière; il était de ceux qui se sentent vaincus par Tidéal et dont le cœur accepte volontiers l'abri des voûtes consacrées, la mnjesté des temples, la poésie suppliante des psaumes, pour communiquer à nouveau avec les 6(res qui ne sont plus visiblement de ce monde. Fermement persuadé de Timmortalité de Tâme, il estimait que c'était rationnel et doux de venir, dans un lieu à part, pleurer, prier, espérer pour ceux qu'on a aimés et qui ne sont plus. Le cœur a des besoins e! une logique, d'ailleurs, auxquels Louis IX, père et chrétien, ne voulait pas avoir le triste et atroce courage de résister. Il n'est donc pas étonnant que le tendre père ait voulu donner un éclat particulier aux funérailles de son jeune fils, Louis de France, et qu'il lui ait fait élever à Royaumont un mou* solée important. En voyant s'ouvrir cette tombe, le souvenir des qualités dont le jeune Louis avait fait pressentir la beauté, montait dans le cœur du père pour le déchirer. L'ayant fait appeler un jour auprès de lui, à Fontainebleau, pendant qu'il était malade lui-même d'une grave maladie dont l'issue était incertaine, il adressa à son fils ces mémorables paroles : « Biau fils, te prie que te fusses aymer au peuple de ton royaulme; car vraiment, tedis-je, aymerais mieulx que ung escot (Écossais) vint d'Ecosse, ou quelque autre lointain estrangicr qui gouvernast le royaulme bien et leaumcnt, que si le gouvernois mal et en reproches ! »

Le noble rejeton s'était déjà « faict aymer du peuple de France; w aussi sa mort excita-t-elle une douleur universelle, partagée par la cour d'Angleterre qui s'apprêtait, en ce moment, à s'éloigner. Henri III, présent encore à Paris, depuis le traité d'Âbbeville, suspendit son départ et voulut assister, ainsi que tous les siens, aux obsèques de son royal neveu; il vint unir ses prières à celles des

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religieux de Sainl-Denis et de Paris qui passaient les nuils à veiller sur le cercueil de Louis, et il assista aux funérailles. Peut-être s'élatt-il déjà mis en chemin pour retourner en Angleterre après la cérémonie de l'hommage, lorsqu'à la nouvelle du malheur qui frappait le roi, il s'empressa d'accourir. Après un service solennel célébré en grande pompe, le corps du prince fut transféré à l'abbaye de Boyaumont au milieu d'un concours immense de chevalerie et de peuple. Plantagenet, comme baron et pair de France *, porta pendant une derai-lieue le cercueil funèbre sur ses épaules, durant une partie du trajet de Saint-Denis à Tabbaye de Royaumont; les barons d'Angleterre et ceux de France rendirent le même honneur aux restes du prince si regretté. « Il avint, dit Guil- « laume de Nangis, que Loys, li presmier fiex le roi de tt France trespassa a Paris, de ce siècle, et fu porté la « première nuit à Tabbaye de Saint-Denis, pour eslrc c( enterré a Royaumont. Icele nuit vellia devant le cors li « couvent de Saint-Denis, et distrent le service des mors « et leurs sautiers moult dévotement. Lendemain matin li (c roys llenris d'Englelerre et li plus noble baron qui là « furent, pristi ent le cors et le portèrent aucun poi Ipelitc a partie du chemin) de la voie à leurs propres espaule*^ « jusques a Royaumont, cl firent fère le service et Tob- « séque, si comme il appartenoit a royal enfant. Après ce, « li roy llenris d'Engleterre cl li barons pristrent congio « au roy de France, qui moult les honnoura, cl retour- « nèrent chascuns en sa terre et en son pays \ »

Ces témoignages touchèrent profondément Louis d Marguerite. Alors arrivèrent près du roi des hommes

• Voir Guillaume de yangis, p. 412, B ; il3, C,— Chroniques de Sgiut-Na:* p. 119, 1).— Los plus grands seigneurs du royaume (dit l'auteur de^ £"'* historiques sur Paris, t. 11 ;, portèrent alternai ivement le rcrcucil sur Itf^ épaules, et Henri lll, roi d Angleterre, qui éiail alors à Paris, le porta \*'même jtendant assez longtemps connue feudataire de la couronne.

* Annales du rvgne de saint !sOU s, par Guillaume de Nangis.

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