‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 162 sur 288 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

vénérables et de saints prélats, pour le réconforter. Odon Rigault, archevêque de Rouen, lui dit de ces mots, empruntés aux livres saints, qui ont une grâce spéciale pour ranimer Tâme flétrie ^ Le pape et presque tous les souverains de la catholicité écrivirent au roi de France des lettres de condoléance, remplies de témoignages d'affection et de sympathie. Vincent de Beauvais, précepteur du jeune prince, écrivit aussi à saint Louis au sujet de la mort de son jeune fils, une lettre. en forme de Traité de consolaiiorij dans laquelle il citait Platon, Cicéron, Salluste, Horace, Virgile, Valère-Maxime, les tragédies de Sénèque, Quintilien, Claudien, Macrobe, etc., mêlant des autorités morales et politiques aux préceptes puisés dans les livres saints et les traités ecclésiastiques *.

C'était surtout sur le tombeau de ce prince que désormais venait s'agenouiller le saint roi ; ce nouveau tombeau faisait couler dos larmes plus vives que les autres cénotaphes de Royaumo'nt érigés à de jeunes fleurs à peine épanouies. Louis IX ne perdait pas impunément un fils enlevé à l'âge de dix-sept ans, prince pleuré par la France entière; sur la pierre funéraire du jeune Louis, on put graver sans flatterie cette épitaphe : « Adolescent agréable « à Dieu et aux hommes ! qui se distingua toujours parla « pureté de ses mœurs *. »

' La Chratûque de Rains, p. 236, contient le curieux apologue que Rigault, archevêque de Rouen, crut devoir faire à saint Louis pour le consoler. C'est une mésange qui fut prise au jardin d'un paysan par un oiseleur, et qui persuada à l'oiseleur de lui rendre sa liberté, moyennant qu'elle lui enseignerait des secrets merveilleux. Une fois libre, la mésange rit; (lie dit' entre autres à Toiseleur: « Tu mènes tel deuil de moi que tu « n'auras jamais. » — c Sire, dit l'arcbevêquc en finissant son apologue, « vous veez bien que vous ne povez recouvrer vostre fils, et bien devex t croire qu'il est en paradis, si vous devez conforter. • [Histoire de saint IjouiSt par de Villeneuve-Ti-ans, t. III, p. 452.)

* Gy commence Tëpistrc consolatoire faite parfaicte par Fr. Vincent de Ueauvais, de l'ordre des frères prescheurs, et envoyée à très-glorieux saint monseigneur saint Louis, principalement pour le consoler de la tristesse qu'il avait pour la mort de son fils aisné qui avait trépassé en sa jeunesse.

^ Dom Nartène et dom Durgind lisaient, en 1713, l'épitaphe latine : « Hic

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Le sculpteur, se conformant sans doute aux inlenlions du monarque, avait représenté Louis de France étendu sur le sarcophage, les mains croisées, reposant sur un coussin de pierre, la tête coloriée au naturel, et ayant les cheveux taillés en rond comme les clercs. Pardessus le surcol s'entrevoyait la <c cotte hardie .» à grandes manches; le manteau d'azur semé de fleurs de lis d'or était jeté sur les épaules ; une couiToie à boutons d'or attachait les souliers recourbés en pointe. Couché s>ir la pierre, Louis de France était placé sous une niche à ogives, à sculptuits festonnées, légères, dentelées, à feuillage gracieux et à flèches élégantes, qui terminait le monument ^ Plusieurs autres arceaux gothiques, d'un fond en verre bleu, entouraient le sarcophage, où les couleurs les plus éclatantes loutre-mer* surtout, brillaient ù profusion ; les petiles figures qu'ils renfermaient concouraient à retracer naî\cment la cérémonie du convoi funèbre*. Sur l'un dos côtés l'on voyait les prêtres en habits sacerdotaux ; It'i clercs tenant en main le bénitier, le goupillon et renccnsoir ; les moines et deux femmes en pleurs marchant à la suite ; enfin le char funéraire porté par les barons de France et d'Angleterre ; à leur tête, le sculpteur avait eu soin de faire marcher un personnage couronné, ayant sur le^

jnccl Ludovicus, filius sancti Ludovic! IX, régis Franciap, rt Hargariu mise comitis Provincial, qui obiit anno setalis suffi 16, anno Domioi 1-'*^'. el sepultus est in loco isto in octavis Ëpiphaniic Domtui, adolescent Iko'i liominibus gratiosus, honestate moruin adornalus. » [V4fyage lUUreiff et deux Jeunes Bénédictins, 1715. — MiUin, Antiquités nationales en 1?<>! li'épilaphe a disparu, mais le monument subsiste encore : il fut traibieu, en 1791, à Saint-Denis.

' Les pieds du prince s'appuient sur un chien; sa tète est posée sur un coussin. Son corps est placé sous une niche gothique; la pointe en flÀ^( de l'arcade se compose de feuillages; les deux montants de celte m ti^ étaient dorés : le pied du montant droit était orné d'une tête compt^^^*' de feuiUes qui formaient les cheveux, les sourcils et la barbe d'une ibinière assez singulière; l'autre montant a pour ornement un oiseau.

' Le bleu lait avec le lapis-lazuii.

' Sur l'un des côtés du cénotaphe ce sont des moines de diflérenls Cl.^' tûmes qui suivent le convoi en pleurant. Ces petites figures, dit M: ^^ [Antiquités nationales), ont de roriginalitc et do Icxpressiuii.

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