LIVRE CINQUIÈME
épaules un des bâtons du cerceuiP. Au-dessus d'une niche plus élevée, formée par des palmiers surmontés d'anges et figurant comme une voûte aérienne au milieu des nuages, rayonnaient les statues de la Vierge mère et de Jésus-Christ. A leurs pieds, on voyait le patron de Citeaux et le royal fondateur de Royaumont, qui, tète nue, prosterné et en oraison, offrait sur un linge « les trois clous et la couronne d'épines V »
Tel était l'ensemble de ce monument, où étincelait tout l'art du treizième siècle , et où l'artiste avait réussi à produire la plus douloureuse illusion. Le visage du jeune prince^ semblait respirer ; ce mort paraissait vivant dans sa robe de pierre; on eût dit que ses yeux répondaient aux regards, et « le fils de France revivait en quelque sorte, sous ces.voûies silencieuses, où la grandeur évanouie se trouvait en face de Téternelle grandeur,» où des liens brisés sur la terre ne devaient se renouer qu'aux cieux. Mais n'oublions pas un des bas-reliefs de l'un des côtés du mausolée, celui où le sculpteur, après avoir représenté Henri III portant le cercueil du prince, personnifiait une jeune âme montant vers le ciel, symbole suprême de la consolation et de l'espérance.
Tels on avait fait les tombeaux deRoyaumont au temps de saint Louis, tels ils sont parvenus jusqu'à nos jours, si bien quun judicieux archéologue de notre temps en
* te tombeau, qui est de pierre, a été placé à Saint-Denis. On verra à In fin de ccl ouvrage que l'intéressant bas-relief représentant la particularité du roi d'Anglcierre assistant au convoi et portant quelquefois sur ses épaules le cercueil, pendant la route, avec les autres barons, avait disparu du mausolée à l'époque de sa trans'.ation, en 1791, au musée des Auguslins, et qu'on l'a retrouvé au cimetière du Përe-Lachaisc incrusté au tombeau célèbre d'IIéloï$-c et d'Abcilard. Nous dirons comment ce bas-relief a été restitué au tombeau de Louis de France, grâce à l'interveniion de M. Yiollet- Leduc et de M. de Guilhenny.
* Histoire de saint L uis, par de Villeneuve-Trans, t III, p. 146^
^On a remarqué l'étonnante ressemblance de la figure du fils de suint Lnuis avec colle du rci Louis XVllI. (De Guiliiermy, Monographies ûe SninC- Di'u's)
510 HISTOIRE DE ROYÀDMONT.
a pu faire Tentiëre description. « Les deux princes, dit-il de Philippe- Dagobert et de Louis de France, sont (juchés sur leurs tombeaux; ils ont le visage imberbe, les traits juvéniles, les cheveux courts et coupés en rond, les mains jointes, les pieds posés sur des animaux. Une ogive portée sur deux colonnettes et surmontée d*un pignon feuillage, encadre la statue de Louis ; des clochetons, des mascarons et des crossetles décorent aussi cette architecture. Une première tunique de couleur rouge, un vêtement Je dessus peint en bleu et or, qui peut passer pour unes^ conde robe ou pour un manteau, des bottines d'azur rehaussées d'or, composent le costume des deux jeunes princes. Les têtes garnies de cheveux d'or ne portent point de couronnes. Le manteau de Louis est à grandes manches pendantes ; celui de Philippe, dépourvu de manches, a quelque ressemblance avec une dalmatique. Philippe ^' représenté dans l'attitude calme, ordinaire aux figure^ couchées sur des tombeaux. Louis tend les mains en avant et semble invoquer avec une ferveur toute particulière la divine miséricorde. De toutes les figures sépulcrales S celle-ci est la seule à laquelle la sculpture ail voulu donner le mouvement de la vie. Un lévrier d'or se tient couché sous les pieds de Louis; un lion ayant enlie ses pattes la cuisse d'un animal qu'il a vaincu, est accroupi au-dessous de Philippe. La tète du premier de ces princt^ repose sur un simple coussin ; Tautre a un double oreite près duquel sont agenouillés deux anges portant la navette et l'encensoir. Par une singularité des plusbiiarrcN les traits de l'une de ces petites figures, qui a consent sa tète ancienne, rappellent d'une manière frappante ct^u^ de Louis XVIII, l'autre tète n'est qu'une copie de celle-l' « Les sarcophages sont très-remarquables ", celui de PI»-
* L'auteur parle ici des tombeaux réuDÎs à Saint-Denis depuis \'^\-
* On a retrouvé les bas-rcIiefs qui environnaient les quatre cùlo •"' tombeaux et qui en avaient été séparés pendant quelques années.