LIVRE CINQUIÈME
saint Bernard : ainsi la logique, la rhétorique, la grammaire, Téconomiquc, la politique, le gouvernement, les lois, le droit, Pélat des personnes publiques ou privées, les affaires sacrées et'profanes, un code pénal, les juridictions ecclésiastiques et civiles, les arts mécaniques, les spectacles, la guerrc,le commerce, la navigation, Tagriculture,ralchimie,la médecine, lanosologic, la chirurgie, laphysique, les mathématiques, la métaphysique, la théologie, toutes les sciences eurent leur exposition méthodique dans le mironer doctrinal. Saint Louis avait également demandé un mirouer hystorial^ et, en effet, par les efforts de Vincent de Beauvais et de ses collaborateurs, l'histoire universelle fut compulsée et résumée ù l'usage des lecteurs français. L'histoire était reprise au premier âge du monde, conduite à travers les monarchies asiatiques et menée jusqu'au temps de saint Louis. L'encyclopédie de Vincent de Beauvais qu'on peut appeler, à certains égards, l Encyclopédie de Royaumont, n'a pas créé l'astronomie, la géologie, la physique et la psychologie ; elle n'a pas connu les langues savantes, comme on les connaît aujourd'hui ; elle n'a pas soumis l'histoire au contrôle d'une critique aussi sévère, aussi minutieuse, que celle qui se pratique de nos jours; néanmoins l'encyclopédie de Royaumont rendit de grands services ; elle commença la classification véritable des sciences; elle légua au monde a undcs plus gigantesques monuments que nous montrent les fastes delà littérature*. » Cette encyclopédie dut influer sensiblement sur les progrés de l'instruction générale*, en môme temps qu'elle témoigne du milieu intellectuel de Royaumont, et du niveau de ce milieu.
Sous le règne des premiers successeurs de saint Louis jusqu'à Textinction de la première branche des Capétiens,
* Ainsi s'exprime le savant auteur d'une consciencieuse étude sur Vincent de Beauvais dans la Biographie universelle de Michaud.
• Voir de Viileneuve-Trans dans son Histoire de saint ÏJ>uis^ t. UI.
318 HISTOIRE DE ROYAOMONT.
on vit Philippe III le Hardi, Philippe IV dit le Bel, Louis Xdit le Hutin, Philippe V ditle Long, Charles IV dit le Bel, occuper successivement le trône de France, el se complaire dans une abbaye qu'avait fondée et aimée un des plus grands rois de leur race. Comme saint Louis n'avait rêvé que de faire de Royaumont une abbaye grande et forte, un centre répondant à Fidéal qu'il portait en son cœur, rimpulsion qu'il avait imprimée pour le développement moral et même temporel de Royaumont, se continua, après sa mort, dans le treizième siècle et bien longtemps après : « Comme les serviteurs et subjets, dit un écrivain consciencieux, imitent volontiers leurs maistres, tous les princes el seigneurs presque de la France, voire même les plus éloignés prirent plaisir à favoriser le dit monastère de Royaumont par quantité de le^'^ pieux, d'exemptions et de privilèges, surtout les souverains pontifes*. » Effectivement Philippe le Hardi et Philippe le Bel, se plurent à confirmer et à amortir toute'les acquisitions territoriales que Royaumont avait faitt^ depuis 1228 jusqu'au commencement du quatorzième siècle'. Plusieurs de ces princes séjournaient volontiers à Tabbaye. Aux termes d'anciennes ordonnances, It-^ monastères étaient obligés de loger les équipages df chasse des rois de France'; outre cette obligation Jt^ abbayes, fondées par nos princes, étaient tenues de lo^r: un pauvre soldat estropié et de lui faire servir une portion monacale * : on ignore si ces détails furent obser>ê< »• Royaumont, el si, d'après Tusage féodal, cet invali<i sonnait les cloches et balayait l'église de Royaumont. \
' Copié moderne du Cariulaire de Hoyautnont, par Gaignières.
* PJiilippc le Bel en 1294, en 1304 et en 1317, confirme les droits t*' ritoriaui de Royaumont, accorde i'amoriissement et reconnaît et ct^nii . toute la justice féod;tle que les religieux ont. dans leurs dumaines. k^%* moyenne ei batte. Cartulaire de Royaumont, p. 47, 52, G2.
* La Cumc de Sainte-Palave, Mémoires hUforiquet sur la cha»9r. u V p. 257.
* Daniel, Hittore de la milice française, t. Il, p. 505.