‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 169 sur 288 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

qui est sûr, c'est qu'après la mort de saint Louis, plusieurs de ses successeurs faisaient de fréquents séjours à l'abbaye; et dans les bâtiments on entendait jour et nuit les aboiements des chiens et les cris des oiseaux de proie. Les religieux furent obligés même de supplier l'un de ces princes de porter remède à un état de choses qui constituait un abus et un préjudice matériel : « Depuis la mort « de saint Louis, écrivait le voyageur de 1694, ami du a duc de Saint-Simon, plusieurs de ses successeurs et « enfants se sont plus dans la demeure de Royaumont ; « et entre autres, le roi Jean (surnommé le Bon, célèbre « par sa captivité en Angleterre), la reine, sa femme, a Charles, son fils aîné, y séjournaient si ordinairement, « que les religieux furent obligés de supplier Sa Majesté c< de ne plus permettre à ses domestiques de mettre leurs c( chevaux dans leurs bergeries, au grand dommage de « leurs troupeaux; ce qu'il leur accorda*.^ » Le roi Jean intima l'ordre tant à ses officiers qu'à ceux de la reine, son épouse, et du dauphin son premier né, de ne loger, ni eux ni leurs chevaux, dans la ferme située près de la porte de l'abbaye'. Le roi Jean considérait la souveraine afTection que son aïeul saint Louis avait portée a Royaumont; il était forcé de convenir qu'on causait aux moines un dégât et une perte considérable ; que le droit et le devoir de l'hospitalité ne pouvaient les obliger à subir le grand préjudice qu'on leur occasionnait ; qu'on s'emparait du seul local que les religieux possédassent pour tenir les animaux d'où provenait leur principale subsistance, « ex qmbus procedit magna pars suslentationis religio* « sorum.,» inde posset oviri damnum et periculum^ x> ainsi que s'exprime le roi Jean, d'après le cartulaire. Le roi, en conséquence, par une ordonnance donnée à Paris le 2 novembre 1353, déclara les messieurs de Royaumont à

> Copie moderne du Cartulaire de Bayaumontj par de Gaignières. •* Voir le Cartvlaire de Rouaummtf t. I.

330 HISTOIRE DE ROTAUMONT.

jamais exemptés de la servitude qui les avait obligés jusque-là à recevoir et à entretenir la suite du roi et des princes, « itaque nuUusjns ibi hospitalitatis valeai de cea tero reclamare^. »

Une bulle du pape Alexandre IV, du 18 mars lîba, avait révélé déjà le besoin qui, depuis longues années, se faisait sentir, de protéger les abbayes contre la tendance croissante à les considérer exclusivement comme des hôtelleries ouvertes à tous les passants. Innocenta interdisait aux évoques diocésains ou autres d'essayer de changer en obligation, de la part des couvents de l'ordre ic Cîleaux, rhospitalilé qu'ils avaient reçue dans Icsdfc couvents en plusieurs occasions *.

Du moment que tout le treizième siècle et le commencement du quatorzième restèrent dominés par une seule figure, celle de saint Louis, la gloire propre de Royaumont résidera toujours aussi dans les premières eonl années de son existence, et dans T identification complète entre l'illustre monarque et le monastère bernardin is^u de sa pensée. Alliance qui ne fut inutile ni au prince, lu aux religieux, ni à la contrée d'Asnières et de Borau' alliance 'féconde, où Royaumont servit les plus haub intérêts de saint Louis, où saint Louis contribua a èle^t le niveau de la piété et la splendeur morale de Royaumont. Cependant à mesure qu'on s'éloigna de l'époque «1" saint fondateur, d'autres faits se produisirent, et rablia)^ allait suivre ses destinées. Royaumont fit quelques acqui* sitions nouvelles de terre, après saint Ix>uis; il aciiuiquelques domaines, nécessaires aux différents seni^^ d'un monastère constitué avec tous les mécanismes d* sa vie complexe. Il lui manquait une demeure^ un Im^-

* Voir le Carlulaire de lioyaumont, ibid.

* Napics « XY kl. aprilis, pontiûcatns nostri anno primo, > kU > se trouve dans la collection des chartes de H. le marquis Le Ver, iuM' teur-di visionnaire dos monuments historiques.

Page 1