LIVRE PREMIER
10 juin 1226, le siège d'Avignon, cité républicaine attachée à la fortune politique du comte de Toulouse et où commandait le podestat Spinus de Surrexina.
La ville n'avait été emportée qu'après trois mois d'une résistance opiniâtre; elle ouvrit ses portes le 12 septembre 1226- Louis VIII, d'un grand Courage, mais d'une faible santé, ne força pas impunément les trois cents bastilles fortifiées qui hérissaient Avignon ; il prit aussi, sous ses murs, une maladie grave,* soit à cause des épidémies qui se répandirent dans le camp des croisés, soit à cause des fatigues de la guerre ; et quand, à son retour du siège, le roi repassa à Montpensier, il renouvela, dans ce second voyage, ses dernières volontés.
Les faits de T histoire succèdent aux faits, tantôt par la relation des effets s'engendrant d'une cause qui les contient, tantôt par le simple accident du choc fortuit d'où jaillit rétincelle, par où se rapprochent des événements sans aucune connexion logique; une ville nait au milieu d'une campagne déserte, sur les pas d'un prince quittant le voisinage des royales sépultures^; ici la tète d'un monarque tombe sur Tèchafaud, pour avoir retenu dans le port de Londres quelques hommes qu'il empêchait de se rendre vers les bords habités par une démocratie naissante*. Là, un ancien rendezvous de chasse se transformera plus tard en asile de la prière. On voit sortir la vie de la mort, dans les institutions humaines, comme dans les différents règnes de la nature ; un dernier soupir de mourant prépare et enfanté l'immortalité d'un empire. Royaumont devait sortir d'une intention exprimée dans une chambre re-
* Louis XIV quitla Saint-Germain, parce que la vue de la basilique de Saint-Deuis, sépulture des rois, ne lui souriait point. Cela donna naissance à Versailles.
* L'infortuné Charles !«', qui retint à Londres Gromwel, liampden et quelques autres qui voulaient se réfugier en Amérique.
cueillie de malade, à la pâle lueur de la lampe solitaire, dans les intervalles libres et lucides de l'insomnie.
Parmi les legs pieux consignés dans le testament du fils de Philippe Auguste, on distinguait celui-ci : « Nous des- <c tinons le prix de la vente de nos joyaux et de nos cou- <x ronnes à l'érection d'une nouvelle abbaye de Tordre de <c Saint-Victor ^ » C'est en exécution de ce legs qu'on devait bâtir l'abbaye qui va nous occuper. Le château de Montpensier', très-fort, très-avantageusement bâti sur la plateforme d'un rocher, laissait découvrir à l'horizon les Cevennes, le Mont-Dore et la Limagne. Une vue magnifique s'offrait aux derniers regards du monarque expirant; mais il était impossible à l'œil d'atteindre jusqu'à l'endroit du royaume où devait se réaliser le désir de Louis VIII.
Cherchez, à vingt-quatre kilomètres au nord-ouest de Paris, à l'extrémité septentrionale du département de Seine-et-Oise, sur les bords d'une rivière charmante, un pays qu'on nomme Asnières-sur-Oise, ancienne ville gracieusement posée à la base d'une colline, comme un massif de fleurs. La géographie ne vous laissera point ignorer que ce pays devait avoir et posséda efTectivement un voisinage illustre et séculaire, celui de l'abbaye deRoyaumont*.
J'entreprends de retracer l'histoire de cette abbaye royale de Notre-Dame de Royaumont; je veux raconter comment elle est née, au treizième siècle, d'une idée de Louis VIII et de Blanche de Castille ; comment cette idée fut transplantée du château de Montpensier en Auvergne
* Duchesne, t. V, p. 324.
' Démoli en 1631, à la suite des troubles occasionnés par Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII.
^ Royauiuout se trouve aux limites de l'ancienne Ile-de-France , dans la direction du nord, ainsi qu'au' nord de l'ancien diocèse de Paris. Hiérarchiquement cette abbaye relevait de l'évêchc de Beauvais et de l'archevêché de Reims. Sous le rapport civil, Royaumont e^ Asnières-sur-Oise étaient du ressort du Parlement, Intendance et Généralité de Paris et du Bailliage de Senlis. Depuis François 1*% Royaumont était une abbaye i