LIVRE PREMIER
jusque dans l'ancien diocèse de Beauvais, près de Beaumonl el de Luzarches ; je veux redire les six cents ans écoulés dans Fenceinle de certains vieux murs restés debout jusqu'à nos jours, après diverses péripéties de splendeur et de décadence.
Royaumont a eu assez de lustre pour que l'histoire lui consacre quelques pages ; et ce n'est pas toujours d'avoir joué un grand rôle politique qui confère le droit d'occuper la postérité. L'abbaye de Royaumont est identifiée à un des plus grands noms, à un des noms les plus populaires de la France, au nom du roi saint Louis. On séparerait plutôt le lierre ou la mousse d'un vieil édifice qu'on ne désunirait l'antique abbaye de la poétique et pieuse mémoire du « benoiz roy x> dont Joinville est le témoin attendri et immortel.
Les murs de Royaumont, consacrés à des immobilités spéciales d'existence, n'abriteront pas de roman et ne cacheront point, comme les châteaux, des aventures de grand seigneur. Pourquoi une abbaye serait-elle un sanctuaire de mondanité et d'élégance? La jeunesse s'y est cachée, immolée, et on y a vu des vieillards y garder longtemps la fraîche adolescence du cœur. Depuis saint Louis jusqu'au dernier prince de Condé, n'y aura-t-il pas de nobles caractères, des âmes douces et craintives, des bienfaiteurs de l'humanité, de belles et honnêtes natures qui s'épanouiront, dans ces solitudes recueillies , par la progression des vertus?
Il est dans les lois de la méthode ou'en redisant l'his-
nomination royale. Dans la classificalion de lldl, Hoyaumont fut compris dans ie district de Gonesse. Aujourd'hui Royaumont fait partie de la commune d'Asniéres-sur-Oise, du canton de Luzarches, de l'arrondissement de Pontoise, et a pour chef-lieu de préfecture Versailles. Le chemin de fer du Nord y conduit en une heure et demie, en laissant le voyageur à la station de Beaumont ou de Boran. (Voyez les Almanachs des dix-septième et dixhuitième siècles; le Dictionnaire d'Expiilj^; le Recueil général des Bénéfices de Jacques I^epelletier, de 1690; la France ecclésiastique , de 1779; les Antiquités nationales de MilHn,)
toire d'un grand homme et celle d'une abbaye qui fut sa fondation, on dépeigne le lieu de la scène et qu'on touche aux annales du pays: l'histoire d'Asnières- sur- Oise est concomitante de l'histoire de Royaumont, elles se fondent l'une dans Taulre. les deux pays seront confondus dans ces pages, comme ils le sont dans la géographie, aussi bien que dans notre amour de cœur et dans nos affections esthétique**..
Aujourd'hui que tout a été sécularisé dans les idées et dans les usages européens, et que le moine n'est plus pour plusieurs qu'un mythe*, l'attrait de l'inconnu s'attache aux vieilles abbayes, ne serait-ce qu'à titre d'institutions devenues étrangères à nos mœurs, dont on a cru autrefois, dont on croit encore aujourd'hui, dit-on, la constitution incompatible avec l'état social actuel. Royaumont a, entre toutes les abbayes, une fortune exceptionnelle ; tandis que la plupart de ses compagnes des vieux siècles ont disparu à jamais depuis 1792, sa destinée était tout autre. La pierre de son sépulcre se brisera après soixante-quatorze ans de sommeil; un cri de résurrection, parti des bords de la Méditerranée, retentira puissant et fort, et une colonie pieuse, une colonie d'hommes jeunes et pleins d'espérance, quittera Marseille et les lieux où s'embarqua autrefois saint Louis pour sa dernière croisade. Guidée par l'étoile de sa charité et de son zèle, et embrasée du feu des saintes conquêtes, cette jeune colonie viendra dans le nord, sur les bords de l'Oise, évoquer les nobles traditions du bon roi ; elle fera refleurir, sous une forme nouvelle et avec les modifications imposées par les races modernes, l'antique abbaye de Royaumont.
Il est impossible de raconter Thistoire d'un groupe humain ayant fourni une longue carrière, dans un ordre donné de faits et de civilisation, sans î^tre mis sur la trace
< Lor!»que son idée ne provoque pas des répulsions et des colères àc forcené, comme dans un conguSi d'une ville hollandaise en 1865.