LIVRE CINQUIÈME
de Boniface VIII comme attentatoire à l'indépendance de la couronne; ils ne pouvaient se séparer de la nation dans un péril imminent, mais d'autre part, ils ne pouvaient ignorer que la conduite administrative de Philippe le Bel était gravement répréhensible sous bien des rapports. On donna lecture, dans les assemblées de Paris, de la bulle pontificale, on en commenta le texte, puis on demanda que chaque ordre eût à donner son avis. Les barons et les députés des communes déclarèrent que le sceptre et la couronne de France ne relevaient que de Dieu seul, que l'autorité royale n'avait point de supérieur sur la terre, et qu'ils ne souffriraient jamais que le roi reconnût un chef au-dessus de lui. Cette déclaration était nette, elle brisait avec toute idée Ihéocratique en matière de politique. On mettait à néant les traditions de Grégoire Vil, d'Urbain II, d'Alexandre III, d'Innocent III, de Grégoire IV, de Martin IV. Le moyen âge finissait, mais le clergé et les abbés des monastères étaient dans une situation plus perplexe. On se trouvai! placé entre le chef du pays et le père commun des fidèles, entre celui qui représentait la patrie temporelle, et celui qui représentait In patrie religieuse ou spirituelle. Un Français ne saurait blâmer la susceptibilité française, mais pourra-t-on espérer que ces députés des communes et ces barons, si susceptibles à l'endroit de l'indépendance politique de la FVance vis à vis du souverain pontife, seront, dans les siècles suivants, aussi délicats en susceptibilité patriotique à l'égard des monarques anglais qui voudront s'intituler rois (le France? Écoutons, du reste, le judicieux Fleury dans l'exposition du fait principal : « Le roi fit lire son acte d'appel, portant en substance qu'après avoir onlendu ce qui a été proposé par Nogaret et du Plessis, il est d'avis de convoquer le concile où il prétend assister en personne, offre de le procurer de tout son pouvoir, et prie instamment les prélats d'y travailler de leur côté.
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Cependant il appelle au concile de toutes les procédures que pourrait faire Boniface. Les prélats formèrent ausM leur appel portant les mêmes clauses, auxquelles ils ajoutèrent qu'ils y étaient contraints par une espèce do nécessité, et qu'ils ne voulaient point se rendre parties. Or ils étaient au nombre de trente-sept : cinq ajchevèques, savoir, ceux de Nicosie en Chypre, de Reims, de Sens, de Narbonne et de Tours ; vingt et un évoques et onze abte, entre autres ceux de Cluni, de Prémontré et de Cîteaux. On peut ici remarquer le respect des évèques etdeloiil le clergé pour le saint-siùge. Non-seulement ils laissent à des laïques le personnage d'accusateurs contre le poN\ mais ils ne veulent pas même se porter parties, et in' consentent à la convocation du concile que par la nôro*^site des maux de l'Église \ »
Tels sont et l'état auquel Royaumont était parvenu à la Iim de la première époque de sa longue carrière et les affaiiv^ au milieu desquelles il se trouva placé dès l'origine; li seconde époque de cette abbaye célèbre va commenctr se soutiendra-t-elle, dans la suite de rhistoire, à la ha-:tour qu'elle avait conquise, après cent ans d'existence, «t maintiendra-t-elle son idéal de pureté? La suite va uou> l'apprendre, mais on voit qu'à peine après son inslallati^n dans le monde, les rudes labeurs de la vie commençaient. 11 y a quQjquefois pour les compagnies, comme pour 1'^ individus, des lois de retour; lorsque la jeunesse ou \^ première parlie de la vie s'est écoulée doucement sa i > secousse et sans nuage, l'arrière-saison de Texisten^* n'est pas de môme, et l'on voit le ciel se cIiarjjiT «I brouillards. L'abhnyc de Royaumont termina sn pn'HU'i' époque au milieu de sinistres affaires, alors que » monde était rempli de pressentiments.
On a fait connaître les conditions primitives et In (»>■
^IJist. de r Eglise, ï. XC.