LIVRE CINQUIÈME
la contrée. L'abbaye de Royaumont était devenu célèbre, . et la haute confiance des populations se manifestait par Vaffluence aux solennités du monastère, par les fondations qu'y faisaient les fidèles en y demandant des prières, par Thonneur qu'ils sollicitaient d'y avoir leur sépulture. Et toutefois, quand le premier siècle d existence de Tabbaye de Royaumont finissait, ses religieux voyaient l'horizon très-sombre. Si Boniface VIII méconnaissait la disposition réelle des esprits, en France, la perspective était douloureuse pour des Français ; d'autre part, s'il était à craindre que, dans l'état d'exaspération présente, Philippe le Bel, l'héritier de tant de rois qui se disaient les fils aînés de l'Église, ne continuât la guerre jusqu'à rompre avec le saint-siége, l'idée d'un schisme de la part de la France avait quelque chose d'horrible pour les cisterciens. Il n'y eut pas de schisme. On exerça une pression sur le clergé des différentes provinces de France; néanmoins, plusieurs refusèrent de s'associer à des démarches contre le pape, et opposèrent une résistance énergique. JeanII,dePontoise, qui était abbé de Citeaux depuis 1 299, supérieur général, par cela même, des bernardins de Royaumont, fut un de ceux qui osèrent faire une opposition directe à Philippe le Bel, au Louvre, au sein de l'assemblée de Paris. Seul, tandis que tout le monde en appelait au futur concile, comme le rapporte Bzovîus, l'an 1505, il osa être d'un avis contraire, et protester contre l'enfraJnement de la passion royale; il ne fut pas de ceux que récole historique deRohrbacher accuse de pusillanimité^ et l'école du protestant Sismondi de servitude^ Le chef des bernardins savait à quoi il s'exposait, en bravant les
* a C'est aloi^i^, dit de Sismondi, que pour la première fois la nation et le clergé s'ébranlèrent pour défendre les libertés de l'Église gallicane. Avides de servitude, ils appelèrent liberté le droit de sacrifier jusqu'à leur conscience aux caprices de leurs maîtres et de repousser la protection qu'un chef étranger et indépendant leur offrait contre la tyramiie. » {Hist* des Hépubliques italienne*, t. lY, c~ xxiv, p 141.)
303 HISTOIRE DE ROYAUHOKT.
calé t'nlie Ips années 1662 et i676 7 On avait pu croire en plusieurs circonstances, que Louis XIV avait renoncé tacilemcHt au traité de Montmartre ; les affaires survenues a paix d'Aix-la-Chapelle, en 1666, les préleïles dont s'emparait le roi pour déclarer la guerre à Charles IV, le rOte du duc de Lorraine quand se Tomiala ligue de 1668, entre l'Angleterre, la Suède et la Hollande, la prise des places de Lorraine par les vingt-cinq mille liomiiics de l'armée du maréchal de Créqui, et le pillage du pakiis du duc à Nancy, la mortdeChfirles IV lui-même, en 167j, tout semblait avoir mis en pièces ce fameux Irailé de Montmartre, fondement contesté de la prëémineocedes Lorrains installés en France. Les d'Armagnac- Lorraine lurent-ils pressés d'enfoncer les obscurités qui s'amassaient autour de leurdroit? Ëlaîent-ils éblouis de la prérogative d'être considérés comme princes du sang, ol d^élre préférés, en celte qualité, à tous les princes souverains rliangers? Voulurent-ils, à cet égard, s'affirmera Royaumont, en gravant leurs titres sur le marbre d'une tombe? Il n'est pas contre l'histoire de le soutenir; ils ne rquaient pas qu'ils souscrivaient par là, eux-mêmes, il l'cxlinclion de leur propre maison. Mais, au point de vue du dioil, jamais, dans les négociations postérieures au Irailé lie 1662, Louis XIV n'avait donné que de prétendues assurances verbales^ relatives à la succession ; et s'il avait laissé entendre qu'il renonçait h cette succession, et aiu conditions qui y étaient annexées . jamais aucun acte nplîcilc et authentique n'avait ratiQéune pareille renoocia- -e roi s'était même refusé, au traité de Harsal, de stipuler par un article formel qu'il renonçât à la succession des £tals; les ministres qui traitèrent en son nom. dirent que tes rois ne cassaient jamais, par des actes publics, lus traités qu'ils avaient signés. Bien plus, »frif la mort du duc de Lorraine en 1675, tandis qu'il ne s'était trouvé aucun Étal ni aucun prince dans toute l'Europi'.