LIVRE CIHQCIËHE. S
qui n'ont qu'à mourir. Il s'était' établi dans le moyea âge un droit qui admctiail la déposition des souverains par 1ns papes; la persuasion universelle qui avait subordonné ta puissance temporelle à ta puissance spiriluellc, était bien antérieure à (îrégoire VII, quoiqu'il soit regardé comme le premier qui ait fait usage du pouvoir de déposer les rois. Mais, peut-être, fallait-il comprendre, au quatorzième siècle, que cette connea-io» étroite, dont parle Leibnitz', qu'ont entre elles les clioses sacrées et les profanes, cl en vertu de laquelle on avait cru que le pape avait reçu quelque autorité sur les rois eux-mêmes, allait s'affaiblissant, déjà du temps de saint Louis. Toutefois, celte dictature des papes, qui fut si opportune et si utile à son bcure cl qui nous étonne aujourd'hui, doit être jugée avec les idées du temps, avec le moyen âge. Il est vrai que, au milieu du treizième siècle, les choses étaient changées; et quand Grégoire IXdèposa l'empereur Frédéric H, personne en France dans la société laïque, s'il fnllait en croire un historien, n'aurait considéré pré* ciséinent comme légale celle déposition ; le temps n'était (Icjk plus où la décision du souverain ponlife pouvait seule enlever à une couronne le caractère de la légilimile.
Ce que fut l'attiludc des bernardins de Itoyaumont pendant les démêlés de Philippe te Itel et de Boniface VIII, on ne peut que le conjecturer : ils durent prendre une position expectante, ferme, résignée, attachée au saintsiège à l'exemple de l'abbé de Clteaux, dévouée, dans les liiiiilos lit" l'ipiilii'iinxiv, (■(iiiifiic (l'Ile du clergé de Beau-
rl-8Ur-l'0isi', ;iu snuvpriiin temporel auquel plusieurs hlOS nittarhaienl. Ih s'efforcirent de pratiquer une ulrahlè que leur insfiira le génie d'une double •♦qui di;\eiinil je la conciliation, évitant '"**«». pùti. Il
t. IT, p. 330}.
d'accuser le pape d'avoir voulu meflre Philippe le Bel en tutelle, évitant de soupçonner le roi d'avoir voulu rompre avec l'unité catholique et avec Torlhodoxie; ils partagèrent ces sentiments contradictoires des prélats français qui n'auraient voulu ni déplaire au roi, ni contrister le père commun des fidèles, et qui, après a^oir formulé des maximes dans les assemblées du Louvre, dans le sens de Philippe le Bel, s'empressaient d'envoyer des collègues en députation au pape pour lui expli* quer leurs démarches , lui rendre compte de ce qui venait de se passer, de la contrainte qu'on venait d'eiercer envers eux, et le conjurer avec les plus vives instances d'ouvrir les yeux sur les dangei^ qui menaçaient le catholicisme en France. On raconte que Simon de Clermont, évéque de Beauvais à cette époque, en formulant l'acte d'appel avec les autres prélats, déclara en termes exprès qu'il n'entendait nullement se rendre partie contre le chef de l'Ëglise; et que les monastères du diocèse, Boyaumont par conséquent, iniitcrent lear évoque en cette circonstance* : Louvet ajoute, dans st-^ Antiquités du BeauvaisiSj que toutes les abbayes du diocèse, à l'exemple de Simon de Clermont, firent parvenir au pied du trône l'assurance de leur fidélité*. Et, qui n^aurait été ballotté, comme nos aïeux, entre des sentiments opposés, également pénibles, dans une circonstance >i délicate ?
Aujourd'hui les esprits les plus fermes, les plus honnêtes, hésitent devant ce problème si compliqué des demêlés de Boniface et de Philippe le Bel : « C'est en tremblant, écrit dom Louis Tosti, religieux duMont-Cassin^ qih nous arrivons à la fameuse lutle de Boniface avec Phi li^j^ le Bel ; premièrement parce que la mission de rhistoi:
* Labbc, Us Conciles. — Hist, du dioc. de Beauvais t par Delettre. t p. 379.
* Louvet, t. I. p. 195. — Labbe, t. Il, p. 147 1.