‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 186 sur 288 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

est très-délicale dans les faits de la nature de ceux qui Tont se dérouler devant nous ; secondement parce que l'amour de la vérité nous force à nous séparer d'opinions d'hommes que nous nous plaisons à reconnaître comme (rcs-respectables^ » L'historien J. Âlzog dit à son tour : a On ne peut méconnaître la fermeté de Boniface ; mais il faut avouer qu il ne jugea pas toujours sainement son époque; qu'il n'eut souvent d'autre mesure de conduite que iB droit rigoureux^ et ne comprit pas que le droit le mieux fondé, quand on veut le faire régner sans condition et en tirer toutes les conséquences, peut dégénérer en insupportable tyrannie '. >i Complication terrible ! quand on a dit que « jamais le saint-siége n'avait affirmé plus énergiquement la suprématie de son glaive, » on s'appuyait sur une phrase de la pièce, reconnue apocryphe, que Pierre de Flotte attribua à Boniface VIII devant les ordres assemblés. On y faisait dire au pape, lécrivant à Philippe le Bel : « Apprenez que vous nous êtes soumis par le spirituel et par le temporel. » Mais ce qui n'était pas une fiction, c'était la lettre, si connue, de Philippe écrivant à Boniface : « Philippe, par la grâce de Dieu, roi de France, à Boniface, soit-disant pape, peu ou point- de salut : Sache ta très-grande fatuité que, etc*. »

Bornons-nous,, en achevant le parcours de la première époque de Boyaumont, à remarquer que l'abbaye, après SCS premières cent années, pendant lesquelles elle avait été si soutenue par la présence et par le souvenir récent do saint Louis, se trouva brusquement abandonnée à ellemême, à répoqueoù les complications d'une nouvelle péfiode historique allaient commencer. Les colères de Philippe le Bel finirent par l'attentatd'Ânagni, alors que le pape l'ut souffleté et emprisonné. L'attentat d'Ânagni est un de

« Hisi. de Boniface Vlït, t. II, p. 185.

* Hisi. unioen. de V Église, t. Il, p. 355.

3 V. Hist. univers de VÉglise, de Rohrbacher, t. XIX, p. 470.

ces énormes faits révolutionnaires qui annoncent une transformation sociale. Ânagni devait entraîner la translation des papes à Avignon. Royaumont allait commencer son âge de maturité, au moment où le monde s'agitait dans la perturbation. U y avait déjà le germe des géncraks sécularisations, que quelques siècles après on voudn étendre aux institutions cénobitiques. Un écrivain françaU* voit dans l'attentat d'Ânagni la source d'une malêdiclion qui, pendant un siècle, a été une cause de calamités pom laFrance, età laquelle la Puccllc d'Orléans a mis untemn La France ainsi reconciliée, dit-il, a repris son rang naturel à la tète des nations. La délivrance d'Orléans tu: pour tous un signe manifeste que Dieu avait oublié le crime d'Anagni. Le ciel, dit à son tour un autre modenv écrivain italien, voulut punir le sacrilège d'Anagni tri instruire la postérité par la sévérité et Tamertume iii"> châliments. Les principaux acteurs de cet affreux dnn-it. Philippe et ses satellites, étaient Français ; mais Sciair. (qui osa frapper Boniface Vlll), mais les traîtres ûf campaynequ'} y avaient pris part, étaient Italiens: ni.:* Ânagni était Italienne. Une fois donc que Philippe lel' eut été châtié dans sa race, qui s'éteignit aux pieds <' trône, Tltalie dut, comme siège particulier du poutiti^;! subir un plus rigoureux châtiment et être punie par elle avait péché. On vit, à rétonnement du monde enti: la chaire de Saint-Pierre transférée de Rome dans n' ville de Provence, à Avignon; cette translation ne fui !. cessilée ni par une inondation de barbares, ni par le^ i vages de la peste ou de la guerre, mais elle fui Tœin d'une main invisible, qui déconcerta tous les esprits v un événement dont ils ne voyaient ni les causes ni . moyens. L'épouvanle occasionnée par les violences Philippe le Bel et par celles de la famille des Ursins. I.

' Éiudei 9ur la papauté au comniencement du q^atorùème éiètir . ' M. Gautier.

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