LIVRE SIXIÈME
tous les points, Tabbé l'acceptait et terminait par ce souhait : k Que Dieu nchëve en vous ce qu'il a si Ijcureusement commencé! » La communauté répondait: nAmen!» c( le postulant se retirait après une dernitrc inclination. Le troisième jour après cetle cérémonie, on le conduisait à Tappartcment des novices, et dès ce moment commençait son année d'épreuve.
Comment se recrutaient les moines de Royaumont au quatorzième siècle? On peut le voir par Ihistoire de tous les monastères. C'étaient des. ûmes saines et robustes que celles qui se présentaient en foule pour peupler les solitudes. Ces vocal'wns venaient du « sentiment précoce et raisonné de la vanité des choses humaines, du spectacle de la défaite constante du bien et du vrai sur la terre. » Il y a de ces âmes qui, de bonne heure, aspirent à ce qui csl grand, beau et fort ; la conviction du triomplie trop facile du mal ici-bas les saisit dès le jeune âge, et le besoin de réagir s'empare d'eux. Lorsque dom Jean de Dammarlin*, dpm Clément de Guillouville", lorsque Alexandre, Radulphc, Robert IV de Verneuil, Jean 1", Guillaume II, Pierre II de Canavilla, etc. *, venaient frapper aux portes de Royaumont, ils n'entendaient pas y chercher un asile de mollesse ni une retraite pour Tincapacité, la misanthropie ou la pusillanimilë. La vocation monastique n'était ni ne pouvait être cela. Quand, par exemple, cetle noble figure dechevalier et de moine, un de ces paladins fameux des chansons de gestes^ Guilhem de Gellone, veut, au neuvième siècle, quitter le monde pour le cloître, ce n'était pas par un accès de fainéantise, mais pour suivre Ta (trait d'une vocation positive. Pareillement, au qua-
* Jean de Oammartin devint on 1537 procureur de l'albayc de Royaumont. Canulaire de t abbaye, \. III, p. 1178, Manuscr. Dibl. imp.
* On le voit en 15ii, a^cla charge de procureur, d'après un acte consig^né dans le Cartulaire, t. II, p. 700.
'* Ce .sont ces six religieux qui eurent la dignité abbatiale à Royaumont, pciKlant le quatorzième siècle. Alexandre ëiait encore abbé en 1302; et ri(.M*re II de Canavilla occupait le siège abbatial de Uoyauiuont en 1398.
torziëme siècle, lorsque chez quelqu'un des habitants de la contrée du Beauvaisis, de Beaumont, de Sentis, d'Asnières ou de Luzarches se produisait spontanément ce dégoât des choses humaines qui monte au cœur, qui saisit plus souvent les belles et bonnes âmes, c'est alors qu'il leur venait en pensée de demander à entrer dans l'abbaye de Royaumont. Ce n'étaient pas des gens qui fussent hors d'état de servir la société dans le monde; mais une force intérieure et irrésistible les poussait à servir la société humaine, sous une forme déterminée et spéciale, en prenant rang dans la milice des monastères qu'ils considéraient comme l'arène des forts.
Pour quelques-uns, l'idée de la guerre personnelle à soutenir contre le mal, était la partie dominante dan> Tattraclion ressentie par eux pour Royaumont ; ils voulaient déplacer les conditions de cette guerre. Si tout homme doit lutter contre les perfides tentations du sensualisme, tout homme n'est pas aussi apte à triompher en restant dans le monde. Tel ce jeune et bel Irlandais qui, dès son jeune âge, sentait frémir devant lui mille séductions. S'alarmant au bruit des provocations qui venaient l'assaillir, il se décida à quitter la maison do ses parents, sortit de la province où il était né et se réfugia dans une vie nouvelle, pour mettre une barrièro entre les sollicitations du monde et son cœur ^ Pour d'autres, quand il serait vrai que les blessures de la vie factice des sociçtés profanes eussent tourné leurs reganls vers la solitude, pourquoi serait-il défendu à quclqut'i^ hommes d'avoir la vocation de l'existence retirée et îgnc^ rée? Un des esprits les plus indépendants de notre siècle ne voyait dans ce fait que le légitime exercice d'un droit
* Saint Colombaii était né dans la province de Leinster, et se réftigis a Bangor parmi les moines. — Jusque-là vainement il se plong«ait tWirétudc de la grammaire, de la rhétorique, de la géomi^trte, do TËcritur^ sainte,, pour échapper à d'importunes provocations.