‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 190 sur 288 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

et la marque de nobles et grandes natures. « Nous concevons très-bien le genre d'attrait qu'a, pour certaines âmes fatiguées du monde et désabusées de ses illusions, cette existence solitaire, qui n'a point aspiré à quelque chose de pareil ? qui n'a pas plus d'une fois tourné ses regards vers le désert et rêvé le repos en un recoin de la forêt ou dans la grotte de la montagne, près de la source ignorée où se désaltèrent les oiseaux du ciel? La vie du cloître, régulière, calme, intime, et, pour ainsi dire, retirée en soi, tient une sorte de milieu entre la vie purement terrestre et cette vie future que la foi nous montre sous une forme vague encore, et dont tous les êtres humains ont en eux-mêmes Tirrésistible pressentiment. «Espèce d'initiation à la tombe et à ses secrets, elle a pour les âmes contemplatives une douceur qu'on soupçonne peu. Il se trouve aussi dans les monastères de remarquables intelligences qui comprennent d'autant mieux le monde qu'elles l'observent de plus loin, et ne sont offusquées ni par ses passions ni par ses intérêts; et par le même motif, c'est laque se développent le plus naturelleihent les nobles instincts de Thumanité et les sympathies qui la consolent. Le vrai moine est peuple et ne peut être que peuple, ne fût-ce qu'à cause de sa pauvreté, au moins individuelle ^ »

Quand venait donc à Royaumont une nouvelle recrue, il s'enchaînait à l'abbaye par trois vœux : vœu de chasteté, vœu de pauvreté et vœu d'obéissance*, et il faisait

* H. de Lamennais dans le récit de son voyage à Rome en 1831, avec MM. de Montalembert et Lacordaire.

* Les règlements de Citeaux étaient trës-sévëres dans l'origine, pour assurer Tobservation du vora de chasteté. On chassait de la maison ou de l'ordre un moine coupable. IngtUuiion, cap. gén. Gist. Dist. x, c. x, ap. Wom Ciêi.f 340. U était défendu aux femmes de pénétrer dans tous les iciix habités par les religieux. On ne devait pas même les recevoir dans 'enclos des granges. La discipline faiblit au quinzième et au seizième icVIes. Un statut de 1484 permit aux princesses et aux grandes dames Kentrer dans les églises cisterciennes. Apud Marten. En 1495, 1«»« »riMt^dA

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ces trois vœux avec entrain, avec élan. Il semblait qiril fit ces vœux à Toreille même de saint Bernard, Tlionneur et le guide de tout bernardin. Mais, à Royaumont, il exissait une particularité en plus. L'image vivante de sain! Louis planait sur Tabbaye entière, activait le zèle, inspirait riîéroïsme, inculquait l'amour du sacrifice.

Bien qu'aucun document n'exprime ce que Ton possédait, à Royaumont, comme portrait du royal fondateur de l'abbaye, la possession d'un portrait quelconque r.c saurait toutefois être révoquée en doute. Les vitraux tl*» Notre-Dame de Charlres ont conservé la forme du bonm^t de fer, du casque fermé, appelé heaumCy que portait saiiîl Louis. Les religieux d'un monastère de Paris avaiml peint, dans leur cloilre, un épisode de la vie de Louis I\ ' ., il appartenait à Royaumont de nous dire, dans ses v'h Iraux ou dans ses peintures, la physionomie entière du vainqueur de Taillebourg et du législaieur qu'abrita lo chêne de Vincennes. Il y avait, à Royaumont, autre cIiom* qu'une réminiscence matérielle de saint Louis. Sa touibo était fermée depuis un demi-siècle, mais il se dégage;nl

Paris reconnaissent aux moines le droit de faire entrer les gran«î«^ dames dans les lieux réguliers ou logement des religieux. — Ce mot «ie grande dame était très-élastique.

La règle de saint Benoît était formelle pour la pauvreté individuelle ; lr.-rt devait élre commun à lous ; un moine n'avait rien en propre; il Fec«>^:- : chaque chose des mains de l'abbé; il rendait compte à Tabbè dt's val»^i i^ qui lui étaient conûùes. L'abbé lui-même ne pouvait avoir de revenus tU::t^ncts de ceux de la communauté.

L'obéissance était assurée chez les cisterciens, par des [-cincs sè>ô: < qu'encourait Tinfracleur des lois cisterciennes, telles que : être lattti !• verges, la privation de certains aliments, le changement de maison, 1 1 %pulsion définitive. On a vu, dans les livres précédents, qu'à partir du iir^ziéme siècle, il y eut des prisons dans cha(|uc abbaye : mesure prescrite }u r ui) statut du chapiire général de l'an 1229

' Les carmes de la place Haubert avaient peint dans leur cloître le f . .: suivant : il était raconté que saint Loui^, quittant la terre ^aiute, ivjctt" p^ r un coup de veut sur lescùtesdu uionlG'jr.nel, avait été visiter les relis:ici du Mont-Carmel; qui! en avait amené quatre, et leur avait fait U'«ti une église et un couvent sur le bord de la Seine, au lieu où tuivnt de|4 ^ les céU^tins : cène fut que sous IMiilippc le Bel que les carmes passât «^i à la place Maubert.

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tout vivant de son lit de mort avec le prestige nouveau que le temps donne aux saintes renommfies. Quand un héros est parti pour le monde mystérieux d'en haut, ses actes et ses exemples ont plus d'autorité ef de poésie qu'ils n'en avaient de son vivant.

Le fils de Blanche de Castille apparaît sous les traits les plus charmaniss dans les vitraux de la sacristie de Saint-Dcnîs, quand il insiruil ses enfants. Une tête de Louis IX, dans une verrière de Poissy, nous le montre jeune au moment de son sacre*; à Versailles, une copie d'une peinture sur bois conservée jadis à la Sainte-Chapelle, représente le roi à Tt^ge de treize ans.

Avait-on, à Royaumont, au moins une copie du portrait

authentique donné par Philippe le Bel, tiré sur la figure

en or que Ton voit à la Sainte-Chapelle'? On Tignore.

Sans doute saint Louis était beau à contempler avec ses

longs cheveux bouclés, légèrement séparés sur le froni,

«ses grands sourcils, ses yeux largefTs et doux; il avait le

nez long et bien fait, les pommelles saillantes, la bouche

finement coupée, spirituelle, avec un bon sourire. » Mais

les bernardins avaient mieux à faire que de lire sur la

figure de saint Louis tout un poème d'exploits. Que leur

importait d'étudier une image périssable et de rechercher

si les yeux du saint découvraient au loin dos perspectives

mystérieuses, « si ses narines respiraient les parfums de

ferre sainte, si son visage avait de l'enthousiasme, si sou

* EUe ne fut faite qu'au quatorzième siècle. [Monifaucon, t. II, p. i5i.) Sîiiiit Louis n'avait que onze ans. Le jeune roi porle une couronne à fleui'r)iis, il tient de chaque main un scrpire d'or, son manteatr couleur d'azur e>t charge de Heurs de lis d'or.

^ Le buste de la Sainte-Cliai)eUe de Paris fournit le véritable portrait de s:iint Louis ; il avait été donné à la Sainte-Chapelle par Philippe le Bel, et i*c'|)i*aduisait aulhentiquenienl les traits du saint loi.

On croit posséder une effigie sculptée de saint Louis, la seule qui serait du treizième siècle; c'est une stai uel te i[ui se peut voir au fond du tympan de ce que Ton appelle la porte rouge de l'église Notre-Dame de Paris. l\ y it lieux statuettes qui seraient .«>aint Louis et Marguerite de Provence. (Voir un fravail archéologique sur les monuments de Paris, par M. de Guilhenny.)

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COU nerveux portait une forte tête. » De telles investigations familières à nos écoles réalistes touchaient peu les bernardins de Royaumonl aux premières années du quatorzième siècle ; ils auraient été sensibles à d'autres indices. La magie du regard et l'effet que produisaieol les muscles de cette figure calme et forte de saint Louis, laissaient pressentir ce génie de la justice si largement incarné dans cette nature royale. La force sereine, \oilà le résumé de la physionomie de saint Louis. Les bernardins de Royaumont avaient à se demander où sera la sèrèniti\ si elle n'habite pas les solitudes qui avoisinent le ciel.

Pour les individus comme pour les corporations, le^ conditions générales d^exislence se modifient d'âpre trois influences fondamentales. On a en soi des aplitudes, des instincts et des facultés ; et selon ces faculWs et ces instincts, la vie est belle ou petite. On dépend es second lieu du groupe immédiat au milieu duquel on vil du terrain moral sur lequel se déploie Texistence habituelle, de l'atmosphère ambiante qu'on respire. Enfin un troisième cercle enveloppe notre vie ; il s'agit de la manière d'être générale, des conditions heureuses ou troublées de la nation à laquelle on appartient et des phases de son histoire, qui influent inévitablement sur tous et sur chacun. Tout religieux de Royaumont trouvait un élément de ^ie personnelle dans ce qui faisait son essence comme rooine. Ses trois vœux de chasteté, de pauvreté individuelle et d'obéissance, en même temps que c'étaient des chaîne^, servaient de barrières et se changeaient pour Thommeon force. Rien au commencement du quatorzième siècle n'autorise à dire que le moine de Royaumont eût fait aucun* brèche à ces trois vœux. La chasteté est la réglementali'n des passions sensuelles. Quand on a le bonheur de s'^v treindre à certaines précautions, quand on est fidilo * certaines pratiques quotidiennes et qu'on cherche de b force là où il y a de la force, il se trouve que la nalu:>

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