LIVRE SIXIÈME
si on distribuait fidèlement aux pauvres les portions des défunts, si la porte était soigneusement fermée ; en un mot si cequi intéressait la bonne renommée du monastéi*e était observé : il passait ensuite à la cuisine et au réfectoire de la communauté, interrogeait le cellérier sur les pulments réguliers, les pulmétats généraux, les pitances et autres objets qui rentraient dans son office, et ne dédaignait pas de descendre au cellier, au magasin des provisions, afin de s'assurer si la maison de Dieu était sagement admi* nistrée et par des hommes sages, et si les biens des pauvres n'étaient pas détournés à des usages sacrilèges. Le vestiaire, le dortoir, l'infirmerie, Thôtellerie, la ciiambre du procureur n échappaient pas à ses investigations; et dans les ateliers, dans les emplois particuliers, il s'informait secrètement de chacun des employés s'il n'y'avait rien à réformer. Cette visite achevée et les comptes examinés, le Père immédiat di*essait sa carte de visite et la montrait ù l'abbé pour voir s'il n'y avait rien à ajouter ou à retrancher pour le bien des âmes. Enfin le troisième jour, au chapitre de Royaumont, après la lecture de la sainte règle et des constitutions, dom Henri faisait la correction des abus parvenus à sa connaissance, expliquait tous les points de la carte de visite, recommandait au chantre de la lire aux époques fixées par les constitutions, c'est-à-dire à tous les samedis des quatre-temps; puis après avoir recommandé aux frères le respect et Tobéissance envers leur abbé, aux officiers la charité, à tous l'amour mutuel, il ordonnait des prières pour le souverain pontife, pour le roi, pour le révérendissime abbé de Citeaux, quand son délégué faisait la visite, et pour leur propre abbé ; il s'y recommandait lui-même et levait la séance en leur faisant ses adieux ^
Ce sont l'exactitude et la périodicité de ces visites qui maintinrent longtemps Royaumont en le stimulant.
* Hituale eut., lib. VUf, cap. xii. -^ Annales tfAigueMU, 1. 1"
L'abbaye de Royaumonl recevait, en eOel, régulièrement celle \isite annuelle faite soit par Tabbè de Citeaui lui-môme, soit par les abbés commissaires, députés de Mgr l'abbé de Citeaux. On était fidèle à cette pratique fondamentale, puisque nwefitaire de la manse comeniudli de Royaumont^ dressé en 1763; mentionne (à la page 510. une liasse contenant les caries de visites Caites depuis Tannée 1617, 19 décembre, jusqu'au 11 octobre ilW Quel objet d'une curiosité bien vive, si Ton retrouvait. d< nos jours, quelques-unes des cartes de visites dressées j Royaumont, au treizième et au quatorzième siècles, p les délégués de Tabbé de Citeaux I Mais, les siècles n al<o tirent pas ce point important de la constitution.
Il est d'aulres circonstances que l'histoire ne doit p omettre, parce qu'elles répandent quelque clarté e\pi cative sur les annales de Royaumont. Lorsque des i»uilt tudes sont tournées vers les idées généreuses, une soil^ de courant irrésistible s'établit; et celui qui a Thonneu^ de faire partie d'un noble corps, quelque tièdes que fusent ses sentiments individuels, serait obligé de s'éb au niveau commun. Le phénomène qui a été oW'' pour nos armées modernes aurait eu lieu au besoin p"! chaque individualité de Royaumont. Faible dans Ti ment, on. devient fort en se centuplant dans le noml tel moine de Royaumont, s'il fût resté à son foyer ii: aurait végété dans l'incurie et dans Tégoïsmc ; inaisr^: dans l'abbaye de Royaumontà d'aulres frères fervent voués, et inébranlables dans le bien, il devenait lui-ni capable d'une persévérance courageuse et d'une abn tion vraiment sublime '. Inévitablement la viecoUtn
* c Je vois partir un paysan pour rejoindre son réginnent. 11 ^^ -' souvent il pleure. La pensée qu'il va défendre son pays le toui-^H* il ne songe qu'à son champ, & ses petites afiaires, à ses petits iaieu^ va quitter. Il maudit le devoir qui l'en arrache malgré lui. Cn aa ^^ apporte les lettres que ce même homme écrit à sa faoïille. Il $'? prêt à tout supporter pour bien remplir son devoir roiliiaii^. Il ^»■ •