LIVRE S1X1È1IF
VOUS gagne, vous vous trouvez enlacé dans .une organisalion, une discipline, une coutume, une vie régnante ; la tradition cistercienne avait fait cette âme d'élite qui eut nom saint Bernard. Il y a d'ailleurs des précédents qui embaumaient cette sainte maison de Royaumont; comment oublier cette belle et édifiante série, ce calme et cette modestie des abbés du treizième siècle, qui étaient passés silencieusement de la vie à la mort? Ces premiers religieux de Royaumont n'avaient-ils pas été « les représentants de la virilité sous sa forme la plus pure et la plus énergique, de la virilité intellectuelle et morale, de la virilité condensée en quelque sorte par le célibat^? » iS'avaientils pas créé une tradition de noblesse morale, une giande école d'originalité *?
On jouissait à Royaumont, dès les premiers jours du quatorzième siècle, de la poésie puissante des sépultures monastiques. On possédait déjà une de ces listes d'abbés décédés, à la fois immortels et obscurs, qui constituaient les ancêtres de Royaumont; des devoirs naissaient de cette liste, spectacle permanent de rassemblée des ancêtres penchée sur le lieu de la scène, là où leurs descendants combattent encore. Xes abbés, par le principe d'obéissance, avaient commandé à leurs frères,
soldat doit sacrifier sans peine à chaque inslanl son bien-être et sa vie dans l'intérêt de Tannée. — (Uéfleuons de M. de Tocqueville : Lettre à madame Swetchine, en 1855.) — Comme le militaire houvedej niaxjmesetdes coutumes établies et les prend avec la casaque mililaire, ainsi, on peut le dire, le cistercien en prenant. l'habit de moine (quoique l'habit ne fasse pas le moine), prenait en quelque sorte le goût des saintes choses, et ne se croyait pas le droit de repousser a priori ce qui est héroïque dans la vie.
' M. de Montalembert envisage surtout l'état monastique comme étatit fe contraire de l'inertie ; ou, si l'on veut, un besoin positif de réagir éner- ^iquement contre le mal qui triomphe sur la terre.
* € 11 est certain, a dit M. Ernest Renan, qu'en perdant ces institutions de la vie monastique, l'esprit humain a perdu une gmnde école d'originalité; or, tout ce qui a contribué à maintenir dans l'humanité une tradition de noblesse morale, est digne de respect, et, en un sens, de regret, lors même f]ue ce résultat a dû être acheté par beaucoup d'abus et de pr^ugés. » {Jour^ nai deê D^Mê du 16 janvier 1855.)
mais la plupart se démirent du pouvoir aussilAt qu^ils le purent; le premier abbè de Royaumont, Barlholoinée, avait gouverné l'abbaye très-peu de temps'; Ni^elon, qui lui succéda, fut inhumé dans le cloitre *. On vovait aussi, à l'entrée du cloître, la tombe en pierre de Robert !•', abbé en 1240 ; il était de ceux qui se demandent à quoi bon tant tenir à occuper une place dans la mémoire des hommes. « Pourquoi consumer ses jours pour apprendre à la pojstérité les deux ou trois syllabes muettes qui composenl votre nom ? Qu'est devenue la poussière qui fut Alexafldre ? » Longtemps avant sa mort, Robert s'était démis df la dignité abbatiale, comme on le voyait d'après l'épilapltf de sa tombe ^. Ivon, qui lui succéda comme abbé^roarcha sur ses traces. On voyait également son tombeau i l'entrée du cloîtfe; lui aussi avait résigné le tilre d'abbé longtemps avant sa mort*. Ainsi vécurent el passèrent les autres abbés de Royaumont du treizième siècle Reginald', Adam de Saint-Leu*, Robert II, exécuteur latamentaire de saint Louis % Théobald', Robert III de Beau-
* Primus abbai, d'après le Nécrologe.
■ Y. Kécrologe.
s Son épitaphe : Hic jaeet Dùmnu» Boberiut tfuandam Mm Setm- Moniis, qui anie obUum suuiu reliqttH offieium abbatis, Robert éuit i'M de Royaumont quand Charles, empereur des Romains, donna à RojaiuDiN' une relique de saint Jacques le Mineui*.
* Abbé jusqu'en 1247, mort en 1273; ii renonça à sa fonction d'abbé!» . temps avant sa mort ; son épitapbe, au cloître, était semblable à cék ^ Robert, !•'. V. Registres de Val-Marie ou de Sainte-Marie du Yêl,
^ Abbé en 1247, il acquit quelques territoires des inagistcats de Villk^ V. la Gallia Christiana, t. IX.
* n était abbé de Royaumont en 1256, et intervint dans un débat entrr couvent de B. Marie-Royale et Guillaume de Vernon, seigneur d'Auiv > tombe était également au cloitre. Le confesseur de la reine Hargucni' f désigne : Adam de Saint-Ï^eu. GaUia Christi.
^ Septième abbé de Royaumont, d'après les archives de Beaubec,en i-'^* il Tétait aussi en 1275; il vendit au chapitre de Rouen ce que te Rot avait donné sur l'église de Neuville. C'est en février 1260, que saiot !<le nomma son exécuteur testamentaire. -—De son temps auasi, TardiP^t ' de Cologne donna à Royaumont quelques corps de saints qui furent \^ près du maltre-autel de la basilique.
■ Il mourut le 8' abbé, eu 1288. On ne peut reprocher Temphase i * épitaphe ; elle n'a que ces mots : c II mourut ta veille des ides d'a^Tt..