‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 20 sur 288 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

mêle puissamment aux œuvres de charité et de dévouement. Que la sincère et complète abnégation de soi, au profit de la société, brille en lui d'une manière patente, tous comprendront alors qu'il faut des hommes vivant à part, se plaçant par le dévouement au faite de la société et la dominant par le bienfait incessant, par le don de soi aux autres. Une réelle charité, une charité qui, loin de se contenter de paroles faciles, se met nuit et jour à la disposition de ses frères, et qui s'ingénie à créer des œuvres secourables et populaires, tel sera l'un des passe-ports valables pour quiconque prétendra dans l'avenir exercer une mission sociale.

A côté de la sainteté, à côté de la charité et du dévouement, est-il possible d'exprimer une nouvelle exigence? Oui, les sociétés modernes ont d'autres exigences encore. Le moine des temps nouveaux réussira à s'affirmer, comme au temps de son initiative, en se montrant l'homme de la science. Si le moraliste a le droit de se substituer un instant à l'historien, on croit devoir indiquer ici quelle sera la nature du nouveau traité de paix qui sera signé entre nos sociétés industrielles et la société religieuse. Le monde n'acceptera de bonne grâce les nouveaux religieux qu'à la condition qu'ils formeront beaucoup de vocations aux services sociaux, qu'ils donneront beaucoup de missionnaires pour la diffusion de la lumière évangélique, pour la propagation de la morale ; le monde attend d'eux des savants, comme il attend, dans le clergé des paroisses, des hommes de dévouement et de charité. Il y aura des moines dans l'avenir, pour qu'il y ait des ouvriers nouveaux infatigables non-seulement dans les Sciences morales, historiques et théologiques, mais aussi dans les sciences naturelles, physiques et d'application industrielle. Le siècle veut que le nom de moine demeure le synonyme de savant, comme il l'était aux anciens âges. Los ordres religieux n'ont qu'à restera la tète de chacune

10 HISTOIRE DE ROYAOMONT.^

des branches des connaissances humaines, il faudra qu'on aille chercher les premiers physiciens, les premiers chimisles, les premiers ingénieurs, les premiers astronomes, les premiers industriels parmi les moines. Les grandes missions sociales ne se comprendront désormais' qu'à ce prix*. Les livrées de la science seront généi*alement requises ; on demandera les aptitudes intellectuelles et les spécialités qui rendent digne de remplir un grand service public; on devra revenir, en un mot, aux grandes corporations savantes d'autrefois. Tel est le saint programme que les races de l'avenir imposeront aux vocations claustrales ; il est utile de le dire au seuil du Royaumont ancien, qui allait inaugurer la vie ascétique. Plus tard, le Royaumont moderne dirigera dans ce sens les carrières d'exception, il indiquera ta route à ces natures d'élite, à ces cœurs de missionnaires nouveaux, sur lesquels Dieu versera tous les parfums de son amour, tous les signes de son adoption ; il inscrira à sa porte, en lettres étincelantes, ces nobles mots : Piété, Charité, Science, Travail. L'histoire de Royaumont a paru pouvoir se diviser en trois périodes ou époques ; c'est : 1" la période de splendeur qui comprend la fondation et la grande époque de Royaumont ; elle commence en 1228 et va jusqu'à la fin

* On ne parlera pas ici d'une raison qui intéresserait les hommes d'État et qu'avait touchée le comte de Haistre. a Toutes les fois, dit-il, qu'on peut amortir des volontés sans dégrader les sujets, on rend à la société un service sans prix, en déchargeant le gouvernement du soin de surveiller ces hommes, de les employer et surtout de li»s payer. Jamais il n'y eut d'idée plus heureuse que celle de réunir des citoyens pacifiques qui IrsH vailient, prient, étudient, cultivent la terre et ne ûemandetU rien à taut(h rite. > {Le comte de Maistrc, du Pape^ p. iôO.) M. de Hontalembert ajoutOp qu'à cause de cela môme, dans les temps où les ordres religieux étaient devenus à peu près él rangers à la vie politique, littéraire, extérieure «lu monde, et qu'on a couiumc d'opposer comme un reproche aux partisans de l'inslitut monastique, les maîtres du monde nouveau auraient dû accorder une indulgente tolérance aux moines, a par cela seul qu'ils se amcen traient de plus en plus en eux-mêmes. » [Us Moines d'oeàdent^ t. 1", p. CXXVIll.)

Page 1