‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 201 sur 288 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

sieurs millions de Français, a parce que, dit un plaisant historien, un archevêque s'était fâché contre les longues chevelures; parce qu*un roi avait raccourci la sienne et s'était fait raser la barbe, et parce qu« sa femme l'avait trouvé ridicule avec des cheveux courts et un menton rasé *. » Il n'est que trop vrai que notre armée périt à Crécy, en 1346, et que Tannée suivante (1347) les Anglais s'emparaient de Calais pour deux siècles.

Mais avant d'aborder des époques violemment trpublées, le moment est venu de raconter ce qu'était une journée à Royaumont au commencement du quatorzième siècle, et de nous rendre compte de la vie intime de Tabbaye à son âge de splendeur. L'ordre de Clleaux, vaste réseau de monastères qui, depuis le douzième siècle, s'étendait sur tous les pays de l'Europe, avait besoin d'un régime intérieur sage et fort qui réglât cette vaste corporation. Voyons donc ce qu'était chaque journée d'un monastère et :^mment, à Royaumont, on arrivait du matin au soir, au jualorziëme siècle. La journée étant nécessairement divisée ;elon les lois et les usages cisterciens, voici les exercices ournaliers de Royaumont'.

Toute la colonie marchait avec ensemble ; les heures (aient les mêmes pour tous ; la vie individuelle devait se >ndre dans la vie collective. Se lever, «e coucher, vaquer Lix diverses occupations du couvent, il n'y avait d'excepon pour personne. Venait d'abord Theure du lever, après la régie de saint Benoit, on devait, depuis les

f Essais hiêtoriq. iur Paru, par Saint-Foix. t. II, p. 197, tdit. 1762. ' On a consulté, pour refaire une journi'e de Royaumont au quatorzième de : !• le Cartulttire de Royatmont; 2* le NomaêHeon Cistercietue sett iquiares orâ. Cisi., Constilutiohes, a Vairc Juliano,abbateFulcardimontc, fol., Parisiis, 1664; Z* U$tts ttnîiqniùreê crû. Cut., apitd Nomaii.; 4* 7.f- ///jf aniiquarum deflnHnmum ord, CUl., apnd Nomoii.; 5* la Vie desatni is, par le conf. de ia reine Marguerite; â** le Thenur. Anecd. de 1 Martène, t. IV; 7* les Annales ecelesiattici de Ang. Hanriquet; 8* les ^^^s cisterciennes y par N. d'Arbois de Juba in ville; 1)* diverses monophies : VUut. de V abbaye de Morimond, par Talibé Dubois ; la Vie de t Etienne Harding, par le V. Dalgairn!*. Hc.

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calendes de novembre jusqu*à Pâques, se lew à la huitième heure de la nuit, c'est-à-dire vers iettx \imum deux heures et demie du matin. Le sommeil des moines était court ; ils se levaient pour commencer è Vègk TofTice de la nuit, appelé les Vigiles ou Nocturne. Ainsi, Ton sonnait Matines toute l'année à deux heitres du malin, les jours de simple férié; et à une heure du maftnles dimanches et les jours de fête*. Les convers, qui travaillaient plus que les moines, avaient droit à plusdesocn meil.

Pendant le sommeil du monastère, deux seuls objets veillaient; c'étaient les deux lampes solitaires qui brillaient toute la nuit, Tune dans le dortoir, l'autre A^ l'église. Le moine chargé du réveil général réparail l^ deux lampes, puis sonnait la grande cloche; et dam u: moment tous les yeux étaient ouverts, toutes les rm^ faisaient le signe de la croix, tout le monde était 5ir pied. Semblables à des soldats à la veille des batailles, i^ couchaient tout habillés, comme pour être plus prompi au premier signal. Un jour de ces années de i3Sl à i5i'> la cloche du monastère sonnait, comme d*habituilo* une heure ou deux heures du matin, au milieu dest^;^ bres ; elle appelait les religieux au chœur. Un voya:<'> reçu en hospitalité aurait pu voir ces moines descend avec allégresse et dans le plus protond silence le bel t^ lier qui conduisait des dortoirs à Téglise de Royaunw- Leurs pas même n'étaient pas entendus ; et dans l'ok*"^

< RefftU. s. Benedict., c^p, yUl kWS.^Slatul. Copi/ail. fffnerûl.fM'^ i4S9, dans Martène, Thesaur. Atmdotr IV, 1578.~0n racontait qufKK C'pur de iion, se rendant en Palestine, vit, un soir, une terrible w^ assaillir le navire qui le conduisait. Cette tempête se prolaiHr<>^- ^ d'Angleterre était en péril : « Quand donc viendra Thcure, s'ccria-N les moines gris se lèveront pour louer Dieul je leur ai fait tant d* Sans doute ils prieront Dieu pour moi. » Précisément, on dit que la u*. ■ s'apaisa au moment où les moines cisterciens se lèvent, c'est •àniin' deux heureê du matin. (Gésaire, Dialoff. Miracul., dtst. x, cap. u" Bm. pair. Ciêterc, II, 506.)

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