LIVRE SIXIÈME
. sait à haute voix sa faute en prësenee de tout le couvent ; il se levait de son siège, ôtait son capuce pour que tout le inonde pût voir son visage, puis se couvrant la face et la tête, il se prosternait de tout son long sur le dernier degré du lutrin, sans dire une sedle parole. Après quelque temps, le P. abbé Robert de Verneuil rompait le silence et lui demandait : Que dites-vous ? Le frère répondait : Mea culpa^ c'est par ma faute. Alors on lui ordonnait de se lever au nom du Seigneur, il découvrait de nouveau sa figure, confessait sa faute, et après avoir reçu une pénitence, si on le jugeait nécessaire, il retournait à sa place sur un signe du supérieur.
C'était au chapitre que l'on donnait lecture des lettres de faire part de décès, connues alors sous le nom de brefs ou rouleaux des morts ^ C'était aussi au chapitre qu'on indiquait, une fois chaque semaine, le nom des semainiers qui devaient ôlre en fonctions la semaine suivante. C'était au chapitre qu'avaient lieu les harangues sacrées. Les jours de fête, l'instruction de l'abbé était plus développée et plus solennelle: on la qualifiait alors de sermon. Il devait y avoir sermon à Royaumont le premier dimanche de TAvcnt, à Noël, à rÉpiphanie, le dimanche des Rameaux, ;i Pâques, à l'Ascension, à la Pentecôte, le jour de la Trinité, à toutes les fêles de la Vierge, le jour de Saint-Pierre et de Saint-Paul, la fête de Saint-Benott, de la Toussaint, de la Saint-Bernard et de la dédicace de l'église '.
La célébration du sacrifice de la sainte messe avait sa place nécessaire dans la matinée. Outre les messes privées dîtes par tous les moines qui étaient prêtres, on chantait ïos jours ordinaires une messe de communauté; les dimanches et les jours defête, on en chantait deux que Ton distinguait en messe matutinale et en messe solennelle. La messe matutinale des dimanches et jours de fêle, et la
* Umu autiquiores ord. CUt., LXX, ap. fiom. CUi,, 165 à 109. ^ lùiU, \ d'Arhois de JiibninviUe^ Éinde sur Clairvanx.
7>U UISTÛIRE DE BOYAUMONT.
si l'on en croit Saint-Simon, la quintessence de sa charçe (lu gouvernement et des biens de son mari ; on la représente également avare et magniûquç ; on dit qu'elle Irai- (ail ses enfants comme des nègres, et leur refusait toul, ctcc|)té à ses filles, dont on vante la charmaule amabilité. Or, François-Armand de Lorraine eut un grand mécompte par'suite d'un conflit d'intérêt et d'argent avec sa mÈre. Ouvrons Saint-Simon :
« Tout ce qui avait alTaire à elle, la redoutait. Elle nop son fils, l'abbé de Lorraine, parce qu'il vouliil partager au moins avec elle le revenu de ses bénéfices, et en ayanl ûii gros, ne pas les lui laisser toucher en entier, cl <)<jpendre d'elle comme un enfant; il avait la nomination de Portugal, que le duc de Cadav&l lui avait procuri^; elle avait eu l'agrément du roi et de Rome.
« Cette considération n'arrêta point sa mère; elle s'en prit à ses mœurs, qui en effet n'étaient pas bonnes, clic lurça M. le Grand à demander au roi de l'enfermer à Saint-Laiare. Le roi y résista par bonio,' il représentas M. le Grand, que, son Gis ctant déjà prêtre, il le perdrail Rans ressource, par cet éclal ; M. le Grand, poussé par sa tcmme, insista. L'abbé de Lorraine fut mis à Sainl-Laiare, i-t demeura perdu, sans qu'il fût plus question de $a nomination, dont Home ne voulut plus ouïr parler, elque U; Portugal retira. Il fut assez longtemps à Saint-Laiare, L't n'en sortit qu'en capitulant avec sa mère, sur le revenu <ic SCS bénéfices. Il vécut depuis obscur, et bien des an* nées, sans oser paraiire'. a
Lfi nature du caractère personnel et le genre d'opinions ({uc l'on professe, sont les deux principaux agents pour expliquer la rapidité ou ta lenteur des hommes qui veulent faire leur chemin et s'avancer dans le monde. François-Armand de Lorraine ressemblait beaucoup à son
' Mémetfa àe Saint-Simon, I. IV, p. li, 7ï, éUit. Uicbetie, io-II.