LIVRE SIXIÈME
de labours, de moissons, avec la méditation et la prière constante des cisterciens? Au temps de la moisson, le couvent tout entier était dans les champs. Mais, outre les Iravaux agricoles, comme il était de principe que les moines devaient trouver dans leurs monastères tout ce dont ils avaient besoin, il fallait que les diiTérenIs arts mécaniques, nécessaires à l'habillement et à la nourriture, fussent pratiqués dans l'intérieur des monastères, soit par les religieux, soit par des serviteurs attachés à la maison ^ On n'avait pas encore découvert, comme l'ont fait, dit-on, les saint-simoniens, qu'il y eût des hommes nés avec la charmante vocation de brosser pour leur agrément, du matin au soir, les bottes de leurs frères; les cisterciens prenaient soin eux-mêmes de leurs chaussures; les règlements prévoyaient les objets pour lesquels les religieux pénétreraient au chaufToir ; ils pouvaient y entrer notamment, pour graisser leurs souliers*. Saint Bernard graissait luimême ses chaussures'. Les moines faisaient aussi; chacun à leur tour, le service de la cuisine. Le pape Eugène III parle de cet usage quand s'adressant à Louis. VII, roi de France, il lui dit que son frère Henri, né d'une race où la royauté était plus que séculaire, était devenu moine et lavait les écuelles dans le monastère de Clairvaux *. A RoyaUmont cependant, et chez les cisterciens en général, la plupart des arls mécaniques nécessaires à la nourriture et aux vêtements étaient pratiqués par les convcrs exclu-
* Reg, S. Bened.f cap. lvii, lyi. « Je ne doute pas, a dit Blanqui l'Économiste, que la véritable origine des industries et des corporations indus* trielles ne soit contemporaine avec celle des couvents. Partout, en effet, dans nos chroniques, on voit les évéques et les abbés. s'occuper d'architecture, faire élever des temples, encourager les artistes, faire éclore leurs chefsd*œuvre, diriger des travaux agricoles» faire bâtir des moulins, édifier des usines et peupler des étangs. »
* Unuord. CUt., cap. lxxii, §3, ap. Nom, Citi.j i7ï.
' Ou raconte que le démon, choqué de cette humilité, vint un jour railler saint Bernard, qui ne discontinua pas de graisser ses chaussures.
* D. Bouquet, XII, 91, B. —Cf. Ui.atUiq., ord, Citt., cap. lxziu, ap. Nom. CM., 174. — D'Arbois de JubainviUe, Becherch, cUU, p. 50.
sivement*, les moines s'occupant seulement d'agriculture ; des convers, des oblals et des hommes à gages partageaient avec eux les travaux des champs ^ Du resie, lorsqu'on constraisit Royaumont, de 1 228 à 1^5, tous les religieux, moines et convers, s*étaient mis à louvrage; les uns coupaient des arbres, les autres taillaient des pie^ res, ceux-ci construisaient les murs, ceux-là élevaient les digues et aidaient pour l'organisation des étangs et des eaux du monastère ; saint Louis travailla lui-même à la construction de l'abbaye*. Il est entendu que les moines de Royaumont se bornaient aux occupations agricoles auxquelles ils pouvaient se livrer, sans un trop grand dérangement pour leurs exercices claustraux. Les travaux qui exigeaient une résidence prolongée à poste fixe hors de rabbaye,^taient réservés aux convers et aux mercenaires'. Le jour venant à poindre, les travaux commençaient; envoyait alors tous les serviteurs de Dieu se rOTdreau\ postes qui leur étaient assignés- Les uns chargés de leui's pioches, de leurs bêches ou de leurs pelles, de leur> sarcloirs, prennent le chemin des champs; d'autres vont scier du bois ; la monastique colonie comptait des ouvrier de tout genre. Y avait-il là des mains, parmi celles qui tenaient la charrue, qui eussent antérieurement porlrépée? Cela se voyait et se voit encore*. Un voyager/
A II y avait des maçons, des pêcheurs, des tisserands, des cordonniers. " tanneurs, des boulangers, des foulons, des forgerons... ap. Martcr. Anecd.f IV.
* On raconte que saint Bernard travaillant un Jour à la mois»»! au< ro frères, les forces lui manquèrent et il ne savait point faire ce genrv travail;^ il reçut l'ordre de s'asseoir et de se reposer. Saint Remani pleura de tristesse, il pria, il demanda à Dieu la force de pouvoir m^.^ sonner, et il l'obtint ;<^un homme de la valeur de saint Bernard, qui pK-i pour obtenir la faveur de moissonner, n'est-ce pas un grand spectacle^ .^> S. Bemardi, auctore Guillelmo, lib. I, cap. iv, ap. MâbilLf S. Benr op., vol. Il, col. i07S.)
^ Vie de saint Lms, par le confeas. de la reine Marguerite.
* C'étaient les convei^ qui étaient bouviers» valets de charme, berp ^ charretiers, vignerons. Hartène, Tke$. Âneed^, 1650.
* On voyait, dans un couvent bernardin de ce sidde, un religieui, acv^