LIVRE SIXIÈME
repas permis ne consistait qu'en pain et en eau. Il n'est indique nulle part quel était le volume ou le poids des rations; on peut présumer qu'elles étaient fortes, et que le bon appétit des moines leur permettait de se dédommager de la mauvaise qualité des aliments parla quantité. . Un jour que, devant un P. abbé, on s'étonnait de voir que des chevaliers, des bourgeois et des clercs riches fussent entrés dans une abbaye, et qu'après avoir été si difficile dans le monde, on jpût se contenter de pois, de lentilles et d'autres légumes sans assaisonnement, Tabbé répondait qu^il avait trois grains de poivre dont il assaisonnait ces mets grossiers, de sorte qu'on ne laissait jamais rien dans les écuelles : 1" se lever de bonne heure pour chanter matines; 2» le travail des mains; 3^ l'impossibilité de choisir une meilleure nourriture ; voilà les trois grqins qui donnaient aux mets un goût exquis*. On voit par le chapitre général de 1350, qu'on accorda, comme une grâce particulière, aux maisons où l'on ne pouvait avoir (le poisson sans beaucoup de peine et de grandes dépenses, la faculté d'user de laitage pendant TAvent; ce qui démontre qu'encore en ce temps-la, dans tout l'ordre, on ne mangeait ni beurre, ni fromage, ni laitage durant TA vent, et que tout était accommodé au sel et à l'eau ou avec un peu d'huile. Ce chapitre renouvelait la défense de manger de la viande hors de l'infirmerie, quand môme on serait en voyage, ou qu'on passerait par les maisons des •eligîcuses de l'ordre, ou qu'on serait assemblé à Citeaux >our le chapitre général.
Le chapitre de l'alimentation des moines de Royaumont
te doit point être terminé sans faire observer l'importance
e la nourriture en maigre adoptée à l'abbaye, au point de
ue de Péconomie politique et de l'économie agricole.
Lorsque de la fenêtre de sa cellule ou des terrasses du
' L'iibbc d'IIimlnelrod : V. Césnirc, Dialog. miracul., disl. ÏY, c. lxxviii, *. Jiiùi. pair, dit., II, 112.
couvent, dil un judicieux écrivain, le religieux voyait de nombreux troupeaux paitre dans de belles prairies couvertes autrefois de stériles bruyères, il pouvait se dire le plus souvent : Nos sueurs les engraissent ; mais d'autres en seront nourris. De quelle utilité ne dut pas être à ïmnomic rurale, dans le principe, la règle qui inlerdbii Tusage de la viande aux ordres monastiques ? Combien, dans des siècles du moyen âge, où les sociétés ^eligieua'^ étaient si multipliées, la propagation des bestiaux dut cire favorisée par cette abstinence perpétuelle de tant de milliers d'hommes vivant uniquement de poissons, de légumes, d'œufs et de laitage ! Ainsi, nos campagnes furoni en grande partie redevables de leurs moissons et de leu:> troupeaux, non-seulement au travail des moines, mais en core à leur frugalité et à leur pénitence *. p Ajoutons, à un autre point de vue, que les bernardins du ti^izième cl lii^ quatorzième siècle étaient loin de souscrire aux grotesque programmes de quelques-uns de nos réformateurs tr*dernes, d'après lesquels les hommes ne seront réhaVililr que quand, groupés mathématiquement selon leurs àgr leurs goûts et leurs talents, «c ils se lèveront chaque me: au son des instruments de musique^ pour s'asseoir à u"table commune^ sur laquelle on servira environ su fori. de potages j vingt espèces de vihj seize variétés de from, force volailles, force rôtis, force ragoûts, et des petits / à satiété *. »
De la nourriture du corps, passons à une nourrit^ plus élevée. Outre l'assemblée du malin, que Ton «•• mait chapitre, les moineç de Royaumont en avaient n autre chaque jour le soir avant compiles. Elle corre<| dait à ce que l'on nomme aujourd'hui dans les conii nautés religieuses lecture spirituelle. Les lectures I tuelles des premiers moines de Royaunionl nous ^
^ Fleurs tnonastiquetf par llaiiiiic de Moiil-noiid, p. \l\». * V. Vlliêtoire de Vabbaye de Morimonà^ par l'abJ>é Dubois.