LIVRE SIXIÈME. . 40r
indiquées par des historiens du treizième siècle. On y apprend quelles légendes pieuses et quels faits héroïques charmaient leur imagination, nourrissaient leurs âmes, cniretenaient leur soif de perfection et d'idéal *. Le confesseur de la reine Marguerite nous rapporte que les bons moines de Royaumont étaient presque passionnés (si ce mot était admis dans la lajigue ascétique) pour les Vies des PèreSj comme aujourd'hui les foules des temps modernes sont passionnées pour les romans. Le confesseur de la reine Marguerite, racontant une cérémonie qui avait lieu à l'abbaye de Royaumont chaque samedi, signale comme détail essentiel de la cérémonie a qu'pn lisait une leçon ordinairement tirée de la Vie des Pères, » Cet historien du treizième siècle n'explique pas si c'était la Vie des Pères de VÊglisey ou bien la Vie des Pères du désert ^ qu'on aimait à lire à Royaumont. Peu importe. Dans l'une ou dans Tautre, il y avait de quoi animer des âmes simples et remplies de candeur ; il y avait de quoi entretenir rKune nourriture forte et mâle les êtres les plus en possession de la vie, qui étaient venus s*ensevelir dans cette retraite. Pas de plus grandiose épopée que le cjcle des Pères de TÉglise, pas de figure plus imposante, pas de vie plus accidentée que celle des Polycarpe, des Ignace d'Antiochc, d'Athanase, d'Ambroise, de saint Augustin, de saint Jérôme, de saint Chrysostome. Avec de tels hommes, on se trouve dans la grande lumière, on se trouve avec do iics caractères virils qui portent l'homme à sacrifier les ;jjses de la vie, à mourir pour sa foi, pour ses convictions. Vn des princes de la belle et grande critique littéraire /fMnçaise au dix-neuvième siècle adonné une marque de
* BI. ICTicomte llersarl de \û Villemarquë, membre de TlnsUlut, parlant il<>s abbayes d'Irlande du septième siècle, qui furent le berceau de toutis |<>.s communautés celtiques, exprime ce point de la distribution des jourtt4>r'fi : « A la lecture ordinaire de la Ff^ dM Pires, qui se faisait chaque soir «« n près le repas, se joif^nit parfois la relation de quelque vision i*êcenle . ciont on ne parlait qu'en tremblant. » (fut Ugende ceUique. p. 51.)
sa sagacité et de son bon goût, dans l'entrain aveclquelil a manifeslé sa haute et entière admiralion pour le caractère autant que pour les talents de ces grands hommes': et nous ne ferons pas un grand effort, nous modernes, en nous inclinant devant les grandes figures des Pères de l'Église. Mais il est certain que les religieux de Ro\oumont mêlaient à ces lectures celles de la vie des Père$ Ji désert*. La Thébaïde, avec les'existences qui s'y sonlêcotlèes, serait, pour les gens du monde, à un point devu.* purement profane et sérieux, même un des plus poétique? romans que nous connaissions. Il y a incroyablement dt sève dans ces récits simples et graves. Par un côlè, c^ Vies des Pères du désert satisfont l'imagination, qtfell^ lancent dans un monde de merveilles. Par un aulie, elir ramènent au monde réel, elles apaisent et calment, elW demandent un retour sur soi.
Cependant, les moines désignaient par un nom parli culier cette alimentation intellectuelle de la fin du jour ils nommaient la lecture spirituelle collatio, parceque|<r< cisément chez tous les cirterciens on lisait les eollatv''i' conférences, ou Vies des Pères^ Vies des premiers moi" par Cassien*. Cette lecture spirituelle, qui se faisait le son devait toujours avoir pour objet un ouvrage de piété; n était destinée, non pas à instruire, mais à édifier \ Cev, lait pas une nourriture qui s'adressât à l'esprit en L qu'esprit ; il s'agissait de nourrir l'âme, de lui procu. de CCS lectures qui exercent une salutaire influence sur ! ressorts de la volonté, et* qui déterminent à bien mv:
* M. Villemain, dans ses telles études sur rèloquencc chrvli^nv quatrième siècle.
• C'était la coutume cistercienne de lire les Pères du désert, ti, l-^ mUs d'Aiguebelle, — les Abbayes cUlerciennes, par d*ArLois A» J ville.
^Abbay, cisterc, par M. d'Arbois de Jubainville. p. 20.
♦ Règle de saint Benoit, cliap. xui : c Mox ut surrexerint a copm. î«. omnes, et légat unus colla! iones et vilas Patrum, aut certe alkpiM. rpdificet audienlos. »
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