LIVRE SIXIÈHE
CcUc assemblée dcvnît fiire présidée par l'abbé ' ; mois aucun document du quatorzième siècle ne nous indique s'il y avait à Iloyaumont une salle spéciale destinée h la lecture spirituelle. Quelle moralité dans ces drames de ta vie des Pérès du désert! Ils étaient de nature h Taire de chaque moine un Cincinnatus chrétien. Après avoir géré les affaires de leur pays, ils pouvaient se retirer dans la solitude pour passer le temps b prier Dieu et à méditer t-c qui est écrit dans les livres. On ne repoussait pas h Royaumont ces légendes merveilleuses, qui, sous une forme populaire, avaient pour objet de réconforter l'homme. L'aventure de Conant, sire de Ricliecourt en Lorraine, élail en grande circulation et ne pouvait être ignorée à Royaumont*. Ce châtelain, croisé vers 1240, détroussé et saisi par les Sarrasins*, s'en allait être misa mort pitoyable, les pieds et les mains déjà liées de grosses et massives diaines de fer. Il requit alors bonne assistnnce de Monseigneur saint Nicolas de Port-lés-Nancy ; il fut bien inspiré en recourant à ce saint, car on raconte que le benoit évéque de Myrre lui apparut et le délivra incontinent; puis, non content de cetle délivrance, il le tianspoita en Lorraine jusque devant son mousfter,donl le prieur, vieil et infirme, qui sommeillait alors, ne voulut pas lui ouvrir. Mais, pour obtenir qu'on l'écoutàt, Conants'ètant avisé de déclarer le révc que venait de faire le prieur lui-même ', on reconnut sa voi;i et le miracle. Le sire de Richecourtlo-Châleau, en mémoire, appertdlt aux piliers delà nef les Jourdes chaînes dont il était encore chargé'. L'auecdoto
' i'gus antiqiâoTet Ord. Cii( , c»p. lxixi, ^\'. V"iii, Cùl., 18*.
* I,e sire de Joinvillp, nu siècle pr#eétSeiil, ainil piilenilu rncouler i-ruirlii-onique.
= Consnt de Ricbccourt demeura quatre ans prisonnier des SaiTtiiinf .
* C'oiiant dit qu'il Ee troutait pai* miracle devant le pHeuri5, cl iiajaulail. pour preuve de la lérité de son dire,-" que iv (nieur rivait eu ce nio-
i<»nt que l^s rais rongeaient < les courroies <le ses sandale?. « '• En raison de cette cbronique, le sire de Joinville engagm Uartiueritcdc rovence h faire un viru h saint ^iMllas de l'nrl-lte-I(*iu*.
du sieur de Richecourt n'était pas un article de foi, et l'Église, moins que personne, n'exige notre assentimeni à de ces récils merveilleux, dont peut-être la certitude ne soutiendrait pas l'épreuve de notre critique, et qui sonl d'ailleurs en dehors du grand cercle de la dispensatioo providentielle des choses religieuses. Mais au fond, que savons-nous sur le degré d'intervention de Dieu dansiez affaires humaines et dans nos intérêts privés.? L'avcnlure de Conant de Richecourt rentrait dans le cycle de ces mille et une innocentes croyances qui ont ému nos pères p ridant des siècles, et qui, en défînilive, dans leur apparei! surnaturel, n'étaient que la manifestation naïve de la boni* puissante de Dieu et de la dignité de Thomme. Cesbc*)^ moines croyaient assez à la grandeur native de l'homn». à la beauté de la ressemblance divine imprimée en nous pour ne pas nous juger inaptes à ces communications t miliéres entre le monde visible et le monde invisible^
Les moines sympathisaient avec ThistoiredeMargueri^ (ou Perle), une sainte des déserts d'Orient; ilsadminucette attitude de l'évêque Nonnus, quand Marguerite, al^ mondaine, était passée, dans toute l'insolence d'une i<^ Ictte qui éveillait l'attention de la ville entière d'HénJ^ en Egypte, devant les évêques assemblés. Tous lespnî avaient détourné leurs regards. Nonnus seul, fixant b * * médiennc, avait réfléchi et conclu : « Quoi I celte fen:^ se donne tant d'industrie pour chercher à plaire, a qu. ce qu'on nomme des hommes. Et nous, que Taisons-r pour plaire à Dieu? » Ainsi, a Royaumont, on allait l> a tour des récits orientaux aux histoires occident.'! D'ailleurs, il y avait en circulation, dans les abbayes, récits naiTs faisant partie des annales elles-méme^ Tordre cistercien. Ainsi, Ton contait qu'un convers, i
^Poiir Vnutoire Oe Cofunit ôc nicliecourt, F. dora Calmet, lli. r»i, 57. — V Histoire de saint ïjotiis, par de Villeneu?€>-Traii5. «• 1». 107