LIVRE SIXIÈME
naturelle se substituait ti la famille naturelle ; on ne détruisait pa^ la nature de l'homme, on agrandissait le sentiment. Telles ne sont pas les explications que Tinduslrie moderne pourrait donner des agglomérations manufacturières. Dans les ateliers et les usines, « tout ce qui constitue rindividu disparait ; » on oublie ses alTaires, toutes les volontés s'inclinent de vant cette trinité suprême, le règlement, le patron, le moteur, a Chaque malin, avant le lever du soleil, père, mère et enfants partent pour la fabrique; la dispersion commence au seuil même de la maison. Il est déjà nuit quand ils rentrent au domicile commun, accablés par treize heures et demie de fatigue. Le salaire des enfants, quelque minime qu'il soit, leur donne une sorte d'indépendance dont ils sont prompts à se prévaloir, et le père, absorbé par son travail, tenu loin d'eux dans une autre manufacture, ne peut ni les gouverner, ni les protéger ; ils ont, comme lui, leur atelier, leur patron, leurs compagnons et leur tâche. En signant le contrat d'apprentissage de ses enfants, le père a signé son abdication ^ » N'y a-t-il pas quelque différence du couvent il la manufacture ? Une journée de Royaumont n'était-ellc pas noble, agrandissant l'individualité humaine, illustrant le travail, moralisant la volonté, stimulant les énergies vertueuses? Et, si Ton accepte la manufacture, avec lc!:> ronséquences qui en sont inséparables, il n'y a pas de raison pour refuser de voir les sublimités des journées de lioyaumont au quatorzième siècle.
Mais, outre les occupations qui étaient communes à tous les habitants de l'abbaye, il y avait à Royaumont des exercices qui ne revenaient que quelques jour s de la semaine, cl (les fonctions quin'étaient spéciales qu'à tel ou tel moine. A la suite de l'assemblée du chapitre, était Yauditoire.
« TeUc Chl l'observation de M. Jules Simon, dans son livre de IVutriere, après avoir étudie les niunufuclurcs de Lille, lluubaix, Saint-Quentin, Mulhouse^ lleiins.
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C'csl là que l'abbé,dans Tintcrvalle qui sèparail matiocsde laudes, entendait les frères qui avaient à lui parier, soit pour la confession de leurs fautes secrètes, soit pour la direction de leurs consciences. Ce n'étaient pas les seules communications verbales de frère à frère. Pendant le jour, une salle servait aussi d'auditoire au P. prieur. Toutes lc> fois que les frères avaient quelque chose à se communiquer, ils se présentaient devant lui, ayant soin de n'entrer qu'après avoir frappé et entendu le signal qui le leur permettait. Ils ne pouvaient cire que deux, à moins quclo prieur n'eût quelque chose à dire à un plus grand nombrv. La communication faite, ils se retiraient sur-le-clianip . Tous les samedis, avant la lecture de complies, on faisait aux cloîtres la cérémonie du mandalum, mandéyOnlivcment des pieds. Les serviteurs préparaient les vasi^, les linges et l'eau nécessaires; on pouvait y mettre d» herbes odoriférantes, si on en avait. Les religieux se pliraient selon leur rang d'ancienneté des deux côtes do L chaire du R. P. abbé, qui avait le père prieur à sa im{t les convers se mettaient à la suite des religieux ; les iiovii > de chœur avaient leurs sièges des deux eûtes de celui ù lecteur; les novices convers, puis les donnés ou oblat.s^ plaçaient à leur suite. Le serviteur qui terminait la scmaiu. et celui qui commençait la sienne, quittaient leurs coij1<^ et se rendaient devant la place du supérieur. Le R. P. abi» étant arrivé, ils lui faisaient ensemble une inclinatio!) c'est par lui qu'on commençait le lavement des pieds : < i lavait ensuite ceux du prieur et des religieux desoni*ôi' Durant toute la cérémonie, les religieux chantaient csaints cantiques pour s'exciter à la charité fraternelle, lî^ étaient lires des préceptes que Jèsus-Christ fit à ses aftrès dons la dernière cène, où, après leur avoir la\c -^ pieds, il leur donna le précepte nouveau de s'aimer I
^ liages de CHcaux, iutcrprclcs dans les Ànnotn d'Àigtichlir, p. 01.
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uns les autres, comme il les avait aimés lui-même. En ôtant et en mettant les chaussons, on tenait les mains sous la coule, et on évitait de montrer ses pieds ; celui à qui on les avait lavés aidait le serviteur à se relever et le saluait ensuite. Celui qui terminait la semaine lavait et essuyait Ie3 pieds, saluant chaque religieux après s'être relevé ; Tautre présentait l'eau et le linge ; il avait soin de placer toujours les bassins du côté où Tautre serviteur se trouvait en ce moment. Tout étant achevé, ils emportaient les bassins et le linge, puis se lavaient les mains, reprenaient leurs coules, et se rendaient devant Timagc de la sainte Vierge, aux cloîtres, marchant Tun devant Tautre. Arrivés devant l'image, ils lui faisaient une inclination, et allaient s'asseoir chacun à sa place, où ils saluaient leurs voisins par une inclination, qu'ils faisaient avant de s'asseoir ^ Les religieux de Citeaux furent toujours fidèles observateurs de ce point de la règle, qui s'est conservé soigneusement jusqu'à nos jours; et Ton a vu qu'au treizième siècle, saint Louis avait un vif attrait pour celte cérémonie touchante, et qu'il aimait à y assister quand il était à Royaumonl.
Les travaux des champs n'étaient pas les seuls auxquels fût employé le moine de Royaumont ; il faisait la cuisine à son tour, et les frères se remplaçaient chaque semaine pour cet office; il pouvait encore être cellerier, infirmier, maître des novices, portier, ou être pourvu de divers autres emplois ayant leur importance. La charge de cellerier n'était pas dans la communauté une mince charge : c'était à cet officier qu'était confié le département des vivres, c'était ù lui que devaient s'adresser les cuisiniers et les frères lais surtout, pour tout ce qui était de sa juridiction, c'iHaitlui qui pesait à chaque moine la quantité de nourriture voulue par la règle. Le procureur de l'abbaye était
* lieg. s. DenedU'i., — \c confesseur de la reine Marguerite,
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chargé de l'administration des intérêts temporels de la maison, sous la direction du R. P. abbé.
Deux fonctions délicates et pleines d'intérêt metiaienl en rapport soit avec les pauvres, soit avec les hôtes, sût avec les voyageurs qui passaient à Royaumoitt.RoyaumoDt comme tout monastère cistercien, avait un portier qui était moine, et logeait dans une cellule près delà porte. Qaasd un étranger frappait u la porte, le portier lui répondait : Deo gratiasj lui ouvrait, le priait de lui donner sa bénédiction, et lui demandait ce qu'il voulait. Si cet étranger désirait entrer, et pouvait régulièrement être admis, le portier le recevait à genoux. Ensuite il le faisait asseoir dans sa cellule et lui disait : a Attendez un instant, je ni^ annoncer voire arrivée à l'abbé, et puis je reviens auprb de vous. » Alors il allait chercher Tabbé dans toutes le^ parties du monastère, jusqu'à ce qu'il le trouvât, ou s'assurait de son absence. Dans ce dernier cas, il s'adressait au prieur; Tabbé, ou à son défaut le prieur, envoyait a^cc le portier un moine qu'il chargeait de recevoir rèlranger de sa part, à moins que, par exception, il ne crût devoirlf recevoir lui-même. Le moine représentant l'abbé, el t portier, arrivés près de la porte, se mettaient à genoui ,uux pieds de l'hôte; ils le conduisaient à l'église, priaieBt avec lui, lui faisaient une lecture, la lui expliquaient mI était nécessaire, puis le conduisaient à l'hôtellerie du monastère*.
Si Royaumont intéressait par sa manière d'accueilli» les hôtes, s*il y avait de la poésie dans la réception et Thospitalîté donnée aux étrangers et aux visiteurs, p«i^qu'en Taccueillant on se prosternait devant l'hôte, et qu'où l'adorait en quelque sorte, Tabbaye inspirait de la smm palhie par un autre endroit ; on y faisait l'aumône, lou^
* Usas antiq.t Ord. cist., c. lxxxvu el cxi, ap. Nom. cist... p. W, 1^* 241, 242. — lieg. S. Bened,, c. Liii.