‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 215 sur 288 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

les jours, aux pauvres. Saint Louis, dans le treizième siècle, avait fait la donation de la baronnie de Roupi, pour qu'on pût pratiquer l'aumône quotidienne. Le portier était aussi chargé de la distribution des aumônes de l'abbaye. On ne devait donner les secours aux pauvres qu'à la porte du monastère ; le portier devait toujours avoir dans sa cellule des pains tout préparés pour les distribuer aux passants qui en avaient besoin ^ En outre, les pauvres avaient droit : 1^ aux restes des repas* ; 2"" aux distributions fondées à leur profit par les bienfaiteurs de l'abbaye ; 3^ à ce qu'on appelait pti/m^ta defunctorum^ c'est-à-dire aux parts représentants la nourriture des derniers religieux morts ^« Quand un moine était décédé, on donnait pendant trente jours sa nourriture aux pauvres ^ ; cette aumône variable et accidentelle ne nuisait pas à l'aumône fixe et quotidienne.

11 y avait à Royaumont, comme en toute abbaye cistercienne, un c/i(iu//btr,dont la destination était de permettre aux moines de se réchauffer aux temps les plus rudes des froids hivers. C'était encore là que l'on saignait les frères quatre fois par an. Les cisterciens étaient partisans, en iliérapeutique, de la saignée. On saignait dans l'état de santé parfaite, ce qui avait lieu en février, avril, septem^ Jbre, et vers la saint Jean. C'était l'abbé qui désignait, en chapitre, les religieux auxquels le minutor devait tirer du sang'. Cette opération s'appelait minuHoy ceux qui la sufiissaient minuit ou minuendiy le religieux qui la pratiquait minutor. Pour que les exercices et les travaux de la com^ munaulé ne fussent pas interrompus, on ne saignait pas ious les religieux à la fois, mais par division et successi-*

* Usas antiq,, Ord cist*, c cxxii, op. Nom. cist., p. 24'i.

* laid., c. cxvii..., p. 230.

3 làid., c. Luvi et txx, p. 179, 240.

* A Citeaux comme à Climy.

^ lustU.j disîi XIV, ct XVII, Nomoê», p^ 3G1. — Us. aniiq*, cap. xc, Kom«, p. 197.

veménL La r^le ne prescrivait ces observances insoliles que dans un but moral et expiatoire. Elle voulait diminuer le corps pour grandir l'âme, appauvrir la chair pour enrichir Tesprit. C'était à l'époque de la saignée que les religieux étaient plus spécialement invités à rentrer en euimêmes, à pénétrer dans les profondeurs de leur wiïscience. Celait un temps de pénitence et Xejvbiléiumi^ selon l'expression de Nicolas de Clairvaux*. Aussi un moderne se montre, dans ses livres plus qu'excentriques, grand partisan de ces saignées monacales, comme m^ efficiente de la haute moralité du moyen âge. « Si le prâr? du moyen âge, dit Michelet, parlait au nom de l'espri', i en avait quelque droit, ayant acheté le pou voir spiril* ' par le suicide du corps. Les longues prières de nuit auraiec suffi pour l'user; mais on y pourvoyait plus direclenui par l'excès du jeûne. Le jeûne était le régime de cespaavres et rudes écoles des mendiants, des cappets, donl i table famélique vivait d'arguments. Demi-morts avantlà. d'homme, ils glaçaient leur sang par des herbes d'un friH mortel, et l'épuisaient par des saignées. Le nombre i-^ saignées auxquelles on soumettait les moines était pn^ dans leurs règles. L'estomac ne manquait guère de ^ détruire, les forces ne se réparaient plus. Saint Bem?:^ et sainte Thérèse étaient affaiblis par de continuels ^^mir sements; le sens même du goût se perdait. Le mot i mortification n'était pas alors un vain mot ; il n'y a\ait "i isolement du corps et de Tâme, mais bien suppression i corps. »

Du reste, on ne trouvait pas à Royaumont que ce r trop de quatre saignées par an. A lire les r^lemcnts \ concernaient la saignée, on croirait plutôt que c'était u.

* Annal, cist., 1. 1, p. 59 (Taccre namque et jacere pnpcepimur. iii rcfectorio sicca, sicut heri et nudius tertius ; non laborare po5 i:: lu}c spaiio, spirituales viri secretissimos conscienciarum suarum i * invcbtigant).

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