‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 218 sur 288 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

les arbres, les végétaux, avec un édifice. On est frappé (le tout un ensemble vivanL On sent qu'il y a là une cité qui respire avec des idées d'un ordre à part et des mœurs spéciales ; l'artiste vous transporte dans une atmosphère moins dense, moins lourde que les atmosphères grossières.Toutela colonie fonctionne au milieu d'une na* ture reposée et solitaire : ici s'étalent des livres et un rouleau de papier où écrit le saint abbé; là des moines, dont les visages sont empreints du sentiment idéal et de la grâce évangélique, paraissent méditer dans les bois et dans les champs ce qu'ils avaient appris dans les Écritures ^ Ailleurs, un personnage, qui parait être l'abbé lui-même, presse la main d'un vieillard appuyé sur des béquilles. Plus loin, tout au fond de la perspective, on relève et transporte saint Bernard, qu'on a trouvé en syncope dans une chapelle rustique. En un mot, Filippino a voulu mettre en scène tout un intérieur d'abbaye d'Iiommes, avec la manière d'employer les journées, avec les incidents qui peuvent nuancer une existence s'écoulant dans un ordre éternellement le môme. Ses olivetains du treizième siècle ressemblent considérablement aux bernardins de Royaumont du quatorzième, et le peintre méridional semblait avoir cherché ses inspirations dans notre abbaye du Nord. « Le charme du tableau de Filippino Lippi réside, a-t-on dit, dans le sentiment qui l'apime, dans l'expression ravissante des tètes. 11 n'y a point de ballade germanique où soit mieux rendue la poésie surnaturelle de la légende, où s*épanouisse plus heureusement la grâce morale de la doctrine évangélique, et des affections, des émotions qu'elle engendre*. » Mais de même que ce sont les auditeurs qui dans les foules inspirent

* Le saint Bernard, qui fut le contemporain d'Abailard, dëclaraif, d'après la iéçetide dorée, qu'il n'avait point eu de meilleurs maîtres que les cliêncF, rt il nommait les hêtres ses nmîs.

s M. Alfred Michiels.

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les orateurs, ainsi Filîppino Lîppi dut l'épanouissefflent de son f aient au monde qui l'entourait. Il s'imprégna de> spectacles de la vie cénobitique aux treizième et quatorzième siècles, et la conception de son tableau de la M» en demeure la preuve éloquente. Comment Filippino aurait-il imaginé cette attitude de la Vierge, dictant à sainl Bernard, avec cette pose pleine de componction, de souT^ nirs et de tendresse ; comment aurait-il trouvé de ces physionomies de moines, ces manières de tenir les mains. ces regards où respirent à la fois la naïveté, la pièlc,!^ respect et l'affectuosité? Où aurait-il pris ces types, ces positions de tète, ces révélations d'un sentiment supranaturel' Lippi possédait sans doute une riche imagination, il a\ait reçu de la «nature un vif sentiment de la poésie éTangclique. Cela ne suffisait pas; un monde vivant parla à son génie inventif; il avait assisté aune journée, àplosieur journées de monastère, dans ces âges de foi; il aialt surpris, sur le fait, la vie, le phénomène vital cënobili que, et ce sont ces visions du monde réel qu'il a transportées dans la splendide toile exécutée pour la chapell' de François del Pugliese. Avant que la grâce morale, q» la poésie intime fût dans ses conceptions, il Pavait \uetY action dans les cloîtres. Pour le génie, interpréter. Induire, c'est créer. Mais il faut reprendre la. suite desê^^ nements généraux.

Jusques avant 1346, les contestations entre la Frar et l'Angleterre n'avaient eu rien d'antipathique et f' violent, mais la préférence accordée à Philippe de YaW sur Edouard III d'Angleterre inaugura le commencr ment de rivalités interminables. Robert de Vemeuil ^ A Royaumont Philippe VI ; c'était une tradition royale ifréquenter cette abbaye; l'abbé Robert se trouva ain^ placé sur les confins d'un ancien état de choses, >^ le seuil d'un monde qui avait été calme et favon! au développement de Royaumont et qui finissait* ^

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