LIVRE SIXIÈME
l'entrée d'un inonde nouveau qui amenait les agitations et les désastres. Déjà Crécy était une page bien douloureuse de noire histoire, puisque 30,000 Français étaient restés sur le champ de bataille ; mais sous Jean, fils de Philippe, on pourra regretter même le temps du premier des Valois ; Robert, qui eut pour lot d'assister aux premières ébullitions, aux premières lueurs de l'incendie qui devait éclairer la désolation de la France, Robert a laissé la mémoire d'un homme supérieur et sincèrement pieux, qui marcha sur les traces des pieux abbés du treizième siècle. Il fut pendant vingt-six ans à la tète du monastère, et sous sa sage administration, la discipline, les vertus évangéliques, la charité fleurirent i\ Tabbaye de Royaumont. Il y a des êtres que leur étoile fait naître à des époques troublées ; si Ton pouvait surprendre leur âme dans le cristal de leur regard ou dans les plis de leur front, on y lirait une manifestation prophétique de la mélancolie de leur temps. Robert IV n'avait rien négligé pour le spirituel et le temporel de ses religieux. Le roi Philippe VI de Valois lui vendit quelques terres près d'Asnières, en 1340*. On n'a pas d'autres détails de cette existence modeste. On l'ensevelit dans le cloître de Royaumont avec celle épitaphe : « Ici repose Robert de Verneuil, de sainte mémoire ; il fut à la tête de Tabbaye de Royaumont pendant vingt-six ans, et il .s^acquilta d'une manière bien louable de ses fonctions spirituelles et temporelles; il mourut Tan du Seigneur
A Robert IV de Verneuil qui gouverna Royaumont pendant vingt-six ans, jusques en 1347', succéda Jean V\
« Ap. (klHa Chnst., t. IX.
* « Hic jacet bons memoriie domnus Robertus de Vernolio... quondam abbas hujns Ecctesise XUl, qui per XXVI annos huic inonasierio in spiri- (ualibus et temporalibus budabiliter pnofuit ac profutt. Obiit anno Domini 13i7, octavo die Pebruarij. •
3 Depuis l'an 1321.
qui n'occupa le siège abbatial qu*une année, en \ôk^\ Il passa le fardeau à dom Guillaume II, qui le porta pendant douze années, années bien longues, bien laborieuses, de 1549 à 1562*. Le temps des moines du qualriènif siècle était passé; alors un religieux arrêtait par sa seule présence le lorrcnt des Barbares'. Donnera-t-on, deMcl les armées étrangères, à l'abbé Guillaume II, Tèloged*'cerné par la chronique saxonne à un abbé qui se dislingua pendant les vicissitudes de la conquête normande c< Ce fut un bon moine et un honnête homme, aimé «t»' Dieu et des honnêtes gens *? d
Philippe VI de Valois étant mort en 1550, Jean 1", ^: fils, lui succéda sur le trône; et son règne devait (tre n des plus funestes peut-être pour la monarchie française L'abbaye de Royaumonl reçut, en 1550, la visite del'^ vêque de Bcauvais, en des conditions qui en firent u> fête véritable ; ce fut un de ces moments où le ciel, chsK de tempêtes, disperse un instant ses nuages pourni*>v trer un visage serein. Les désastres de la bataille de Cr: ' avaient laissé des traces déplorables ; des querelles et c ^ brouilleries divisaient la nation française, principalem t dans les provinces du Nord. La noblesse du Beauvjh^ et celle du Vermandois étaient l'une vis-à-vis de l'aui dans des dispositions tellement hostiles qu'il en rt'sull de fréquentes provocations et des rencontres pre^:
* Abbé en 1348, dès le 2 mars, d'après les chartes de réalise df l vais.
' 11 était abbé en 1349, d'après les notes authentiques de V- ^' gnières.
' Valens gouvernait comme empereur d'Orient. Les Barbares tllu^ venaient. Valens était arien. Les moines s'étaient accrus au m\h malheur des temps. Valons les fit enlever à main armée, enrôl»' <^>'* légions. 11 y eut une grande lutte entre les soldats romains et lf< ;«' gothiques que le Daimbe séparait ; l'empereur Valens sort un jour «V stantinoplc : un moine (Isaac), quitte sa cellule, et lui dit : « Où tjM as fait la guerre à Dieu : il n'est plus pour toi ; ce<«se ton impiété ■ ' moine ch étien remplaçait le philosophe antique.
^ Fuit bonus monachus et bonus vir proptereaque eum diUsrrujH i boni viri (Chron. saxon.. , ad ann. tl37).